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L'Europe de la "tech", sa dépendance mortelle aux USA de 2025

Posté : 24 janvier 2026 12:58
par UBUROI
Un excellent article du Monde du 24 janvier De la défense aux systèmes de paiement, les multiples dépendances de l’Europe à l’égard des Etats-Unis
Décryptage La détérioration des relations transatlantiques met en lumière les fragilités européennes dans de nombreux secteurs économiques stratégiques comme la défense, le spatial, les télécommunications, les services numériques, l’énergie ou encore les réseaux de paiement. ne fait que confirmer les craintes de ceux des Français qui ne se prosternent pas devant les nouveaux fous de dieu, ces Poutine et surtout ce Trump bis.

Le lien https://www.lemonde.fr/economie/article ... _3234.html

J'ai pensé qu'il serait intéressant de lancer le débat en ouvrant un sujet pour chacun des thèmes abordés par les journalistes Marc Angrand, Marie de Vergès, Pierre Manière, Olivier Pinaud et Alexandre Piquard.

Le spectre d’une « coupure » des Gafam

Imaginez que la Maison Blanche « interdise à toutes les entreprises américaines de la tech de continuer à fournir leurs services au Danemark et à son économie ». Publié sur LinkedIn, le 25 janvier 2025, ce scénario de politique-fiction inventé par Henri d’Agrain, le délégué général du Club informatique des grandes entreprises françaises (Cigref), prend une résonance particulière avec les récentes menaces du président américain, Donald Trump, de s’emparer du Groenland.

Un tel « embargo numérique » coupant les services de Microsoft, Google, Amazon, Meta, Apple ou OpenAI « paraissait il y a peu comme un scénario sorti de [la série dystopique] Black Mirror, mais aujourd’hui ? », s’inquiète Michel Paulin, ex-dirigeant de l’opérateur SFR et président du comité stratégique de filière « logiciels et solutions numériques de confiance ».

Consciente des inquiétudes liées aux tensions transatlantiques, la ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle (IA) et du numérique, Anne Le Hénanff, organise ce lundi 26 janvier, à Bercy, des « rencontres de la souveraineté numérique ». Elle y annoncera confier le nouvel observatoire de la souveraineté numérique à l’ex-ministre Clément Beaune, désormais haut-commissaire à la stratégie et au plan. La ministre présentera aussi « l’indice de résilience numérique », un nouvel outil à destination des entreprises et des collectivités. « Il s’agit de cartographier nos dépendances technologiques et leur niveau de criticité, afin de pouvoir agir pour les réduire », explique-t-on au cabinet de Mme Le Hénanff.

Le niveau de dépendance de l’Europe envers les services numériques d’entreprises américaines est vertigineux. Celles-ci captent 83 % des dépenses liées aux logiciels et services cloud à usage professionnel en Europe, soit 265 milliards d’euros par an, selon une étude commandée par le Cigref en avril 2025.


La ministre déléguée chargée de l’intelligence artificielle et du numérique, Anne Le Hénanff, à Rennes, le 20 novembre 2025. DAMIEN MEYER/AFP
Outre l’hébergement de données (Amazon, Microsoft et Google), les géants des Etats-Unis dominent la recherche en ligne (Google), les assistants d’IA (OpenAI, Google et Meta), les environnements mobiles (Google et Apple) et de bureau (Microsoft), les réseaux sociaux et la vidéo (Meta, X et YouTube)… De plus, en l’état actuel des choses, le numérique français « perd des parts de marché, malgré sa croissance de 10 % par an, car l’ensemble du numérique croît de 15 à 18 % », selon M. Paulin.

« La dépendance technologique des entreprises est un danger phénoménal. Cela fait extrêmement peur », estime Christophe Grosbost, le vice-président d’Innovation Makers Alliance, une autre association française de directions technologiques et innovation de grands groupes et administrations.

Il cite la « liste un peu folle » de menaces de Donald Trump, qui avait, fin août 2025, évoqué l’idée de « restreindre l’exportation des puces informatiques de pointe et des technologies hautement protégées » américaines, préfigurant des restrictions sur certaines IA. « Trump n’a aucune limite. (…) Il peut tout couper. Il l’a déjà fait », a mis en garde sur X l’eurodéputée et coprésidente de Place publique, Aurore Lalucq, le 18 janvier. Une référence à la coupure d’accès aux services numériques de neuf magistrats de la Cour pénale internationale (CPI), en rétorsion au mandat d’arrêt international contre le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou.

Mais combattre cette domination est loin d’être évident. Ainsi, l’idée de taxer les géants du numérique en rétorsion à d’éventuelles sanctions douanières des Etats-Unis − soutenue notamment par Mme Lalucq − ne fait pas consensus. « Malheureusement, l’exposition des entreprises françaises est telle que cela aurait des conséquences trop grandes », explique Maya Noël, la directrice générale de France Digitale, le lobby des start-up, qui craignent, comme les grands groupes, des hausses de prix des services américains. « La situation montre l’urgence d’imposer une préférence européenne dans la commande publique de services tech », plaide Mme Noël.

Cette mesure est réclamée par la France depuis des années, en vain. « On a pu le faire dans la défense » et les choses avancent, nuance-t-on au cabinet de Mme Le Hénanff. « Le sommet franco-allemand de Berlin [sur la souveraineté numérique européenne], en novembre [2025], a constitué un point de bascule », croit l’entourage de la ministre, citant la création d’un groupe de travail commun chargé notamment de définir des « indicateurs de souveraineté » dans le numérique. La ministre prône aussi « l’exemplarité de la commande publique » en France et veut « favoriser la prise de conscience de l’écosystème privé ».

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Sur ce point, Damien Lucas, le directeur général du fournisseur français de cloud Scaleway, veut voir des « signes positifs » dans certaines annonces récentes : la capitale du Danemark, Copenhague, ou la BCE, pour l’euro numérique, ont décidé d’héberger une partie de leurs données chez cette filiale de l’opérateur Iliad (fondé par Xavier Niel, actionnaire à titre individuel du Groupe Le Monde), note-t-il, et Airbus a lancé un appel d’offres pour un « cloud souverain » consacré à certains services critiques. « Il y a ces clients qui disent haut et fort opter pour des services européens et d’autres qui sont plus discrets car ils n’ont pas d’intérêt à communiquer », assure M. Lucas.

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Les revendications des partisans de la souveraineté numérique avancent toutefois lentement : la France n’a pas, jusqu’ici, réussi à imposer dans les textes européens un critère d’immunité aux lois extraterritoriales américaines pour le choix des hébergeurs de données publiques et sensibles. « Il reste un travail de conviction à faire, mais la donne a changé depuis l’été », argue Mme Le Hénanff. « Les menaces de Trump peuvent être une opportunité fantastique et forcer l’Europe à se réveiller », veut croire M. Grosbost, tout en reconnaissant que « les choses prendront du temps ».

Re: L'Europe de la "tech", sa dépendance mortelle aux USA de 2025

Posté : 24 janvier 2026 15:44
par vivarais
N'incitons nous pas chaque année 250 milles de notre élite à émigrer pour faire valoir leurs talents ailleurs
Aussi bien aux USA que dans les autres pays émergeant
Même patchouli parle de sa fille tout comme mon fils qui est partie au canada pour cela

Re: L'Europe de la "tech", sa dépendance mortelle aux USA de 2025

Posté : 24 janvier 2026 17:48
par papibilou
Là encore, comme pour le spatial, je ne vois pas comment on pourrait faire sans USA ou Chine.

Re: L'Europe de la "tech", sa dépendance mortelle aux USA de 2025

Posté : 25 janvier 2026 15:10
par jeandu53
Les zélotes de la construction européenne nous ont toujours expliqué que la France, seule, ne peut pas lutter contre les USA, la Russie, la Chine, qu'elle doit donc s'unir car "l'union fait la force".

Mais que constate-t-on aujourd'hui ? Que l'UE est en réalité dépendante des USA pour les nouvelles technologies de l'information et de l'informatique (parmi d'autres dépendances). Elle n'a jamais été capable de développer des champions industriels capables de concurrencer les GAFAM américains. Par contre, pour définir des normes sur la boite de Camembert ou les chiottes dans les bateaux de pêche, l'UE est très forte. On a les priorités que l'on peut.

Du coup, on peut vraiment se demander à quoi sert l'UE.