L'Europe des TRANSACTIONS BANCAIRES, la dépendance mortelle aux USA de 2025
Posté : 24 janvier 2026 13:03
Un excellent article du Monde du 24 janvier De la défense aux systèmes de paiement, les multiples dépendances de l’Europe à l’égard des Etats-Unis
Décryptage La détérioration des relations transatlantiques met en lumière les fragilités européennes dans de nombreux secteurs économiques stratégiques comme la défense, le spatial, les télécommunications, les services numériques, l’énergie ou encore les réseaux de paiement. ne fait que confirmer les craintes de ceux des Français qui ne se prosternent pas devant les nouveaux fous de dieu, ces Poutine et surtout ce Trump bis.
Le lien https://www.lemonde.fr/economie/article ... _3234.html
J'ai pensé qu'il serait intéressant de lancer le débat en ouvrant un sujet pour chacun des thèmes abordés par les journalistes Marc Angrand, Marie de Vergès, Pierre Manière, Olivier Pinaud et Alexandre Piquard.
Décryptage La détérioration des relations transatlantiques met en lumière les fragilités européennes dans de nombreux secteurs économiques stratégiques comme la défense, le spatial, les télécommunications, les services numériques, l’énergie ou encore les réseaux de paiement. ne fait que confirmer les craintes de ceux des Français qui ne se prosternent pas devant les nouveaux fous de dieu, ces Poutine et surtout ce Trump bis.
Le lien https://www.lemonde.fr/economie/article ... _3234.html
J'ai pensé qu'il serait intéressant de lancer le débat en ouvrant un sujet pour chacun des thèmes abordés par les journalistes Marc Angrand, Marie de Vergès, Pierre Manière, Olivier Pinaud et Alexandre Piquard.
Visa et MasterCard gèrent plus de 60 % des achats par carte
Et si Donald Trump privait les Européens de l’accès aux grands réseaux de paiement internationaux ? Là aussi, la menace relève d’un scénario hollywoodien ; elle est pourtant bien réelle.
« On pourrait tout à fait imaginer que l’administration américaine coupe temporairement l’accès à Visa et MasterCard pendant vingt-quatre heures pour faire pression sur l’Europe. A l’échelle européenne, 60 % des transactions par carte seraient bloquées du jour au lendemain », explique Geoffrey Laloux, spécialiste des paiements au cabinet de conseil Square Management. Les précédents existent, des sanctions internationales contre la Russie après l’invasion de l’Ukraine en 2022 à celles qui furent prises par les Etats-Unis contre des magistrats de la CPI en 2025.
Visa et MasterCard, tous deux américains, assurent aujourd’hui 61 % des paiements par carte effectués dans la zone euro, selon la BCE, et sont incontournables dans une large partie de l’Union : en 2025, 13 des 21 pays de la zone euro, dont l’Espagne, l’Irlande et les Pays-Bas, dépendaient entièrement des réseaux internationaux pour ce type d’opérations.
La France, elle, échappe à cette dépendance totale puisqu’elle dispose encore d’un opérateur national, CB (Cartes bancaires). « Nous avons nos “rails” au sens ferroviaire du terme sur toute la chaîne, pour tous les usages de la carte : retrait d’espèces, paiement sans contact et paiement mobile inclus », assure Philippe Laulanie, directeur général de CB, qui met en avant le « réarmement » engagé depuis plusieurs années déjà par le groupe.
Reste une faiblesse historique du secteur européen des paiements : l’impossibilité de payer par carte entre deux pays sans avoir à passer par un réseau américain. Dans ce domaine, toutes les tentatives des vingt-cinq dernières années ont échoué, faute d’accord entre banques ou entre Etats.
« La principale dépendance européenne tient à l’absence de système de paiement par carte transfrontalier. Dans ce domaine, la dépendance technologique européenne à l’égard des acteurs américains disposant d’une puissance financière énorme est totale », constate Martina Weimert, directrice générale d’EPI, l’opérateur du système européen de paiement Wero.
Présent aujourd’hui dans cinq pays (France, Allemagne, Belgique, Pays-Bas et Luxembourg), Wero est encore loin de combler ces manques. Limité pour l’instant au paiement entre personnes, le réseau doit s’étendre progressivement au commerce en ligne puis au paiement en magasin d’ici à 2027. Parallèlement, il s’est accordé en 2025 avec l’Alliance Europa, qui regroupe l’Espagne, l’Italie et le Portugal, sur un projet d’interconnexion de leurs systèmes, pour l’instant incompatibles.
Le temps presse pour rivaliser enfin avec Visa et MasterCard, mais aussi avec d’autres acteurs comme PayPal, américain lui aussi, devenu premier instrument de paiement en ligne en Allemagne, et les services intégrés aux smartphones tels Apple Pay, Google Pay ou Alipay.
Moins exposé mais tout aussi stratégique, le secteur des paiements interentreprises explore de son côté de nouvelles voies pour s’affranchir de la toute-puissance américaine. D’autant que la numérisation des transactions a franchi un cap en 2025 avec l’adoption par le Congrès américain du Genius Act, une loi qui exclut la création d’un dollar numérique et laisse le champ libre au secteur privé pour développer de nouveaux instruments, au premier rang desquels les stablecoins, ces cryptoactifs adossés à un actif classique.
« Il y a un avant et un après Genius Act, avec une impulsion très forte de l’administration américaine pour accélérer l’agenda réglementaire de digitalisation des marchés financiers », résume Jean-Marc Stenger, directeur général de SG Forge, filiale de la Société générale spécialisée dans les cryptoactifs.
Les banques européennes multiplient donc les projets, notamment de stablecoins en euros : SG Forge a le sien, et le consortium Qivalis, qui réunit entre autres BNP Paribas, la néerlandaise ING, l’espagnole CaixaBank et l’italienne UniCredit, doit se lancer dans les prochains mois. Mais l’écart à combler est énorme, puisque le dollar représente encore près de 98 % des stablecoins en circulation dans le monde.
Face à ces initiatives, les tensions géopolitiques donnent aussi de nouveaux arguments aux promoteurs de l’euro numérique, qui permettrait des paiements dématérialisés sans aucun intermédiaire privé. Le 12 janvier, 70 économistes appelaient ainsi, dans une lettre ouverte, les députés européens à approuver le lancement du projet de la BCE, qui peine à convaincre au parlement de Strasbourg comme dans le secteur bancaire.
Pour les signataires, la dépendance européenne à l’égard des systèmes de paiement non européens risque d’affaiblir « la maîtrise par l’Europe d’un élément central de son infrastructure économique », et « un euro numérique public robuste est notre seule défense ».
Ces arguments suffiront-ils à convaincre le secteur bancaire de s’associer à ce que certains appellent déjà « l’Airbus des paiements » ? « Ce débat est un laboratoire de ce qui est en train de se passer à plus grande échelle au niveau des relations internationales, souligne Anne-Laure Delatte, directrice de recherche au CNRS, qui a signé la lettre des économistes. Faut-il chercher des compromis ou s’opposer avec plus de résistance et de force ? »