A Milan-Cortina, des JO pas vraiment écolos
Posté : 02 février 2026 09:28
"Arbres abattus, neige artificielle, lois d'exception pour faciliter certains chantiers... La promesse de faire des Jeux d'hiver de Milan-Cortina un événement respectueux de l'environnement ne semble pas vraiment tenue.
Le compte à rebours est lancé avant les Jeux Olympiques d'hiver de Milan Cortina. La cérémonie d'ouverture est prévue vendredi 6 février. Les épreuves se dérouleront sur sept sites dans trois régions différentes du nord de l'Italie, pour réutiliser au maximum les implantations sportives existantes. Il faut dire que la promesse était d'en faire "des Jeux écolos". Mais, malgré les efforts, cet engagement n'est pas vraiment tenu.
Lorsque l'on fait un tour dans Cortina, au milieu des chantiers avec Silverio Lacedelli, militant écologiste historique de la ville, on tombe notamment sur "un serpentin", qui est en réalité la piste de bobsleigh. Les abords restent d'ailleurs en travaux. La piste des JO de 1956 devait être réaménagée pour moins de 50 millions d'euros mais le projet était trop compliqué : un site flambant neuf a été construit à la place. Sa construction a pris à peine plus d'un an pour un coût de 120 millions d'euros, mais des centaines de mélèzes ont dû être abattus. "Même pendant la Première Guerre mondiale, quand les soldats avaient besoin de bois, on n'a pas touché à cette forêt", s'indigne Silverio Lacedelli.
Des lois d'exception pour lancer des chantiers décriés
Avec quelques dizaines de pratiquants du bobsleigh en Italie, la piste risque de devenir une cathédrale dans le désert. Mais le chantier le plus problématique est ailleurs. Sur les pentes, on aperçoit le squelette d'une ligne de téléphérique qui doit mener aux pistes de ski féminin.
"Cette zone est sujette à des glissements de terrain. Elle fait 3 km de long et, en profondeur, le terrain bouge de deux mètres par an selon les analyses. Il y avait deux bars qui ont été classés en péril."
Silverio Lacedelli
à franceinfo
Les lois d'exception pour accélérer les travaux ont permis le lancement du chantier, mais même le maire de Cortina, Gianluca Lorenzi, se tient à distance. "On m'a assuré que même si cette zone était indiscutablement fragile, la construction offre toutes les garanties de sécurité. Chacun ses responsabilités. Je suis le maire, cela ne relève pas de moi. D'autres assurent que le chantier est sûr, à eux de signer", se dédouane l'édile. Il n'est d'ailleurs même pas certain que le chantier sera terminé pour les Jeux. Dans ce cas-là, des navettes sont prêtes à emmener les gens en altitude.
Le tableau de l'organisation de ces Jeux n'est toutefois pas complètement noir. Lors du passage de la flamme dans le village de Tai di Cadore, en aval de Cortina, deux tunnels et déviations ont été inaugurées dans la montagne, pour le plus grand bonheur de Gabriella qui ne verra plus les camions passer devant chez elle. "Il y aura moins de circulation pour nous qui vivons ici. On pourra profiter d'un air plus respirable", sourit-elle.
"Aucune étude d'impact"
Sur les 98 travaux menés dans le cadre des Jeux, la plupart relèvent de l'aménagement des routes et des villes. Il y aura donc un bien héritage écolo de ce point de vue, même si pour les militants, le rail aurait dû être davantage développé. Un autre problème concerne la neige. S'il en est beaucoup tombé fin janvier, le recours à la neige artificielle est massif. Dans un bar de du Val di Fiemme où auront lieu les épreuves de saut à ski, Luigi Casanova, coauteur d'un livre intitulé Or fondu sur l'héritage des Jeux, relève que "le volume de neige fabriquée correspond à celui de la pyramide de Kheops. Au-delà des coûts énergétiques élevés, d'où vient l'eau ? Ici, dans le Val di Fiemme, on la prend dans les torrents déjà en stress hydrique. Là où il y aura la compétition de snowboard, ils ont construit un immense bassin de rétention de 800 000 mètres cubes à 2 600 mètres d'altitude, sans aucune étude d'impact. Il n'y a pas de JO écolos dans les Alpes", tranche-t-il.
À Milan, au sein du comité d'organisation, Diana Bianchedi est chargée du dossier de l'héritage des jeux. "Qu'il neige ou pas, on doit préparer les pistes en amont avec de la neige artificielle, il en va de la sécurité des athlètes", se défend-elle. Les sites sportifs existants ont été réaménagés pour les rendre moins gourmands en énergie, précise-t-elle.
"Ces jeux sont les plus écolos possibles. Oui, il faut s'adapter au changement climatique, mais le bilan se fera après."
Diana Bianchedi
à franceinfo
Il y a d'ailleurs eu plus de travaux que prévu initialement lors de ces Jeux. Concernant l'autre grand poste d'émission de CO2, les transports terrestres et le trafic aérien doivent augmenter pendant la quinzaine de 160% par rapport à l'an dernier."
https://www.franceinfo.fr/replay-radio/ ... 50825.html
Le compte à rebours est lancé avant les Jeux Olympiques d'hiver de Milan Cortina. La cérémonie d'ouverture est prévue vendredi 6 février. Les épreuves se dérouleront sur sept sites dans trois régions différentes du nord de l'Italie, pour réutiliser au maximum les implantations sportives existantes. Il faut dire que la promesse était d'en faire "des Jeux écolos". Mais, malgré les efforts, cet engagement n'est pas vraiment tenu.
Lorsque l'on fait un tour dans Cortina, au milieu des chantiers avec Silverio Lacedelli, militant écologiste historique de la ville, on tombe notamment sur "un serpentin", qui est en réalité la piste de bobsleigh. Les abords restent d'ailleurs en travaux. La piste des JO de 1956 devait être réaménagée pour moins de 50 millions d'euros mais le projet était trop compliqué : un site flambant neuf a été construit à la place. Sa construction a pris à peine plus d'un an pour un coût de 120 millions d'euros, mais des centaines de mélèzes ont dû être abattus. "Même pendant la Première Guerre mondiale, quand les soldats avaient besoin de bois, on n'a pas touché à cette forêt", s'indigne Silverio Lacedelli.
Des lois d'exception pour lancer des chantiers décriés
Avec quelques dizaines de pratiquants du bobsleigh en Italie, la piste risque de devenir une cathédrale dans le désert. Mais le chantier le plus problématique est ailleurs. Sur les pentes, on aperçoit le squelette d'une ligne de téléphérique qui doit mener aux pistes de ski féminin.
"Cette zone est sujette à des glissements de terrain. Elle fait 3 km de long et, en profondeur, le terrain bouge de deux mètres par an selon les analyses. Il y avait deux bars qui ont été classés en péril."
Silverio Lacedelli
à franceinfo
Les lois d'exception pour accélérer les travaux ont permis le lancement du chantier, mais même le maire de Cortina, Gianluca Lorenzi, se tient à distance. "On m'a assuré que même si cette zone était indiscutablement fragile, la construction offre toutes les garanties de sécurité. Chacun ses responsabilités. Je suis le maire, cela ne relève pas de moi. D'autres assurent que le chantier est sûr, à eux de signer", se dédouane l'édile. Il n'est d'ailleurs même pas certain que le chantier sera terminé pour les Jeux. Dans ce cas-là, des navettes sont prêtes à emmener les gens en altitude.
Le tableau de l'organisation de ces Jeux n'est toutefois pas complètement noir. Lors du passage de la flamme dans le village de Tai di Cadore, en aval de Cortina, deux tunnels et déviations ont été inaugurées dans la montagne, pour le plus grand bonheur de Gabriella qui ne verra plus les camions passer devant chez elle. "Il y aura moins de circulation pour nous qui vivons ici. On pourra profiter d'un air plus respirable", sourit-elle.
"Aucune étude d'impact"
Sur les 98 travaux menés dans le cadre des Jeux, la plupart relèvent de l'aménagement des routes et des villes. Il y aura donc un bien héritage écolo de ce point de vue, même si pour les militants, le rail aurait dû être davantage développé. Un autre problème concerne la neige. S'il en est beaucoup tombé fin janvier, le recours à la neige artificielle est massif. Dans un bar de du Val di Fiemme où auront lieu les épreuves de saut à ski, Luigi Casanova, coauteur d'un livre intitulé Or fondu sur l'héritage des Jeux, relève que "le volume de neige fabriquée correspond à celui de la pyramide de Kheops. Au-delà des coûts énergétiques élevés, d'où vient l'eau ? Ici, dans le Val di Fiemme, on la prend dans les torrents déjà en stress hydrique. Là où il y aura la compétition de snowboard, ils ont construit un immense bassin de rétention de 800 000 mètres cubes à 2 600 mètres d'altitude, sans aucune étude d'impact. Il n'y a pas de JO écolos dans les Alpes", tranche-t-il.
À Milan, au sein du comité d'organisation, Diana Bianchedi est chargée du dossier de l'héritage des jeux. "Qu'il neige ou pas, on doit préparer les pistes en amont avec de la neige artificielle, il en va de la sécurité des athlètes", se défend-elle. Les sites sportifs existants ont été réaménagés pour les rendre moins gourmands en énergie, précise-t-elle.
"Ces jeux sont les plus écolos possibles. Oui, il faut s'adapter au changement climatique, mais le bilan se fera après."
Diana Bianchedi
à franceinfo
Il y a d'ailleurs eu plus de travaux que prévu initialement lors de ces Jeux. Concernant l'autre grand poste d'émission de CO2, les transports terrestres et le trafic aérien doivent augmenter pendant la quinzaine de 160% par rapport à l'an dernier."
https://www.franceinfo.fr/replay-radio/ ... 50825.html