« Jordan Bardella main dans la main avec le pire de l’internationale réactionnaire »
Posté : 08 février 2026 11:10
"Si le RN fait mine de prendre ses distances avec Donald Trump en France, Jordan Bardella a coorganisé à Bruxelles un sommet avec les proches de son administration. « Le ver est bel et bien dans le fruit et le fruit commence à pourrir », alerte l’eurodéputé socialiste Chloé Ridel.
Les groupes politiques de Jordan Bardella et Marion Maréchal ont organisé au Parlement européen un « sommet transatlantique ». Derrière une façade bien lisse, cet événement a réuni des proches de l’administration de Donald Trump et des figures centrales de l’internationale réactionnaire. Un rassemblement inédit dont on peine encore à concevoir en France le danger qu’il représente.
Pour bien comprendre, il faut regarder la liste des intervenants. Étaient conviés à s’exprimer des membres de la direction de la « Heritage Foundation », sans doute le plus puissant think-tank américain de nos jours, à l’origine du programme politique mis en place par Donald Trump. Mais aussi Santiago Abascal, dirigeant de l’extrême droite espagnole qui nie l’existence des violences conjugales et compare l’homosexualité à la zoophilie, Sharon Slater, à la tête d’un lobby chrétien fondamentaliste opposé à l’avortement, qui assimile l’homosexualité à un trouble mental, ou encore Lucy Akello, femme politique responsable de l’introduction de la peine de mort ou de l’emprisonnement à perpétuité pour les personnes LGBTIQA+ en Ouganda.
Ça donne déjà la nausée là, non ? Et ce ne sont que quelques exemples parmi la cinquantaine d’intervenants au programme de ce « sommet », dont j’invite chaque citoyen à aller consulter la liste complète.
Des propos rétrogrades ouvertement tenus au Parlement européen
Je n’ai pas pu compter les attaques contre l’IVG tellement elles ont été nombreuses au cours de la journée. « Nous avons fait fermer des centres d’avortement au Mexique » se félicitait une intervenante quand un autre dénonçait un « lobby de l’avortement qui fait avancer son agenda en Europe ». J’entends encore une journaliste qui suit ces mouvances depuis de longues années me dire : « avant, ça se passait dans des salles obscures, aujourd’hui ils font ça en plein cœur du Parlement. C’est très grave ».
Que de tels propos rétrogrades puissent s’installer confortablement dans les sièges du Parlement européen en dit long sur ce qui nous menace. Selon l’European Parliamentary Forum, plus d’un milliard d’euros a été versé aux mouvements « anti genre » (comprendre, contre l’avortement, contre l’homosexualité, pour une « famille normale »…) en Europe entre 2019 et 2023, c’est cinq fois plus qu’il y a dix ans. Nous en mesurons aujourd’hui les effets concrets.
Plus d’un milliard d’euros a été versé aux mouvements « anti genre » en Europe entre 2019 et 2023.
Cet événement, par ailleurs financé par des fonds publics européens, avait pourtant pour thème la « liberté d’expression ». Un intitulé bien ironique, tant les tendances représentées mènent partout où elles gouvernent des offensives systématiques contre les libertés académiques, les médias indépendants et les droits fondamentaux. Dans leur viseur cette fois-ci, la réglementation européenne sur le numérique (« DSA »). Pour rappel, cette dernière s’est donné pour objectif de mettre un peu d’ordre et de transparence dans le Far West des réseaux sociaux qui laissent aujourd’hui libre court aux discours haineux et à la désinformation. Un chaos qui constitue précisément le fonds de commerce des participants à cet événement.
Leur objectif ? Implanter les méthodes et les discours du trumpisme
Ce sommet n’a rien d’anecdotique. Il s’inscrit dans une dynamique beaucoup plus large et profondément inquiétante. Depuis plusieurs mois, nous assistons à une multiplication d’événements anti-genre organisés au Parlement européen, à des attaques coordonnées contre les droits sexuels et reproductifs des femmes, ainsi qu’à des remises en cause de l’État de droit ou du financement de la société civile et des ONG. Toutes ces attaques étant bien évidemment dissimulées derrière les notions de « traditions », de « culture » ou, ici, de « liberté d’expression ».
En octobre dernier, c’est un événement « Make Europe healthy again » qui a rassemblé au Parlement européen la fine fleur du complotisme scientifique. Ils ont pu y déployer, encore une fois sur fonds publics européens, leurs discours antivaccin et antiscience, dans la droite ligne du ministre américain de la Santé, Robert F. Kennedy Jr. Malgré l’explosion des cas de rougeole aux États-Unis et la mort de deux nourrissons, l’idéologie continue de primer sur la réalité scientifique.
L’objectif est clair : implanter au cœur de l’Union européenne les méthodes, les discours et l’agenda idéologique du trumpisme. Pour beaucoup en France, les folies de l’administration de Donald Trump et les mouvements réactionnaires semblent bien éloignés de notre pays. Rien n’est plus faux. Ils ont déjà leurs relais et leurs serviteurs à Bruxelles, à quelques kilomètres de Paris, et nous les croisons tous les jours. Avant, ils se cachaient, mais aujourd’hui ils se sentent plus puissants que jamais.
La « dédiabolisation » du RN s’arrête à Bruxelles
Cette réalité, diffusée en direct et dont tout le monde peut revoir les images, tranche violemment avec la communication déployée par Jordan Bardella en France. La veille encore, le président du Rassemblement national tentait de se forger une image respectable de « gaulliste » en prenant ses distances avec Donald Trump sur les plateaux de télévision. Une mise en scène qui en dit long sur le malaise provoqué par ses alliances encombrantes et qui ne doit tromper personne.
Les folies de l’administration de Donald Trump et les mouvements réactionnaires ont déjà leurs relais et leurs serviteurs à Bruxelles
La prétendue « dédiabolisation » du Rassemblement national ne résiste pas une seconde à l’examen de ses alliances européennes, réunies au sein du groupe des « Patriotes » que Jordan Bardella dirige. À Bruxelles, il est main dans la main avec le pire de l’internationale réactionnaire, des réseaux MAGA et des mouvances religieuses rétrogrades.
Face à cette offensive idéologique bien organisée et financée, la responsabilité des forces progressistes est immense. Cet événement doit tous nous alerter sur la réalité du danger qui nous menace. Après les élections européennes de juin 2024, le Parlement européen est devenu un champ de bataille : soit il reste un rempart pour les libertés, la démocratie et l’État de droit, soit il est détourné par ceux qui veulent détruire de l’intérieur les valeurs de l’Union européenne.
En bref, le ver est bel et bien dans le fruit et le fruit commence à pourrir."
https://www.huffingtonpost.fr/politique ... 60121.html
Les groupes politiques de Jordan Bardella et Marion Maréchal ont organisé au Parlement européen un « sommet transatlantique ». Derrière une façade bien lisse, cet événement a réuni des proches de l’administration de Donald Trump et des figures centrales de l’internationale réactionnaire. Un rassemblement inédit dont on peine encore à concevoir en France le danger qu’il représente.
Pour bien comprendre, il faut regarder la liste des intervenants. Étaient conviés à s’exprimer des membres de la direction de la « Heritage Foundation », sans doute le plus puissant think-tank américain de nos jours, à l’origine du programme politique mis en place par Donald Trump. Mais aussi Santiago Abascal, dirigeant de l’extrême droite espagnole qui nie l’existence des violences conjugales et compare l’homosexualité à la zoophilie, Sharon Slater, à la tête d’un lobby chrétien fondamentaliste opposé à l’avortement, qui assimile l’homosexualité à un trouble mental, ou encore Lucy Akello, femme politique responsable de l’introduction de la peine de mort ou de l’emprisonnement à perpétuité pour les personnes LGBTIQA+ en Ouganda.
Ça donne déjà la nausée là, non ? Et ce ne sont que quelques exemples parmi la cinquantaine d’intervenants au programme de ce « sommet », dont j’invite chaque citoyen à aller consulter la liste complète.
Des propos rétrogrades ouvertement tenus au Parlement européen
Je n’ai pas pu compter les attaques contre l’IVG tellement elles ont été nombreuses au cours de la journée. « Nous avons fait fermer des centres d’avortement au Mexique » se félicitait une intervenante quand un autre dénonçait un « lobby de l’avortement qui fait avancer son agenda en Europe ». J’entends encore une journaliste qui suit ces mouvances depuis de longues années me dire : « avant, ça se passait dans des salles obscures, aujourd’hui ils font ça en plein cœur du Parlement. C’est très grave ».
Que de tels propos rétrogrades puissent s’installer confortablement dans les sièges du Parlement européen en dit long sur ce qui nous menace. Selon l’European Parliamentary Forum, plus d’un milliard d’euros a été versé aux mouvements « anti genre » (comprendre, contre l’avortement, contre l’homosexualité, pour une « famille normale »…) en Europe entre 2019 et 2023, c’est cinq fois plus qu’il y a dix ans. Nous en mesurons aujourd’hui les effets concrets.
Plus d’un milliard d’euros a été versé aux mouvements « anti genre » en Europe entre 2019 et 2023.
Cet événement, par ailleurs financé par des fonds publics européens, avait pourtant pour thème la « liberté d’expression ». Un intitulé bien ironique, tant les tendances représentées mènent partout où elles gouvernent des offensives systématiques contre les libertés académiques, les médias indépendants et les droits fondamentaux. Dans leur viseur cette fois-ci, la réglementation européenne sur le numérique (« DSA »). Pour rappel, cette dernière s’est donné pour objectif de mettre un peu d’ordre et de transparence dans le Far West des réseaux sociaux qui laissent aujourd’hui libre court aux discours haineux et à la désinformation. Un chaos qui constitue précisément le fonds de commerce des participants à cet événement.
Leur objectif ? Implanter les méthodes et les discours du trumpisme
Ce sommet n’a rien d’anecdotique. Il s’inscrit dans une dynamique beaucoup plus large et profondément inquiétante. Depuis plusieurs mois, nous assistons à une multiplication d’événements anti-genre organisés au Parlement européen, à des attaques coordonnées contre les droits sexuels et reproductifs des femmes, ainsi qu’à des remises en cause de l’État de droit ou du financement de la société civile et des ONG. Toutes ces attaques étant bien évidemment dissimulées derrière les notions de « traditions », de « culture » ou, ici, de « liberté d’expression ».
En octobre dernier, c’est un événement « Make Europe healthy again » qui a rassemblé au Parlement européen la fine fleur du complotisme scientifique. Ils ont pu y déployer, encore une fois sur fonds publics européens, leurs discours antivaccin et antiscience, dans la droite ligne du ministre américain de la Santé, Robert F. Kennedy Jr. Malgré l’explosion des cas de rougeole aux États-Unis et la mort de deux nourrissons, l’idéologie continue de primer sur la réalité scientifique.
L’objectif est clair : implanter au cœur de l’Union européenne les méthodes, les discours et l’agenda idéologique du trumpisme. Pour beaucoup en France, les folies de l’administration de Donald Trump et les mouvements réactionnaires semblent bien éloignés de notre pays. Rien n’est plus faux. Ils ont déjà leurs relais et leurs serviteurs à Bruxelles, à quelques kilomètres de Paris, et nous les croisons tous les jours. Avant, ils se cachaient, mais aujourd’hui ils se sentent plus puissants que jamais.
La « dédiabolisation » du RN s’arrête à Bruxelles
Cette réalité, diffusée en direct et dont tout le monde peut revoir les images, tranche violemment avec la communication déployée par Jordan Bardella en France. La veille encore, le président du Rassemblement national tentait de se forger une image respectable de « gaulliste » en prenant ses distances avec Donald Trump sur les plateaux de télévision. Une mise en scène qui en dit long sur le malaise provoqué par ses alliances encombrantes et qui ne doit tromper personne.
Les folies de l’administration de Donald Trump et les mouvements réactionnaires ont déjà leurs relais et leurs serviteurs à Bruxelles
La prétendue « dédiabolisation » du Rassemblement national ne résiste pas une seconde à l’examen de ses alliances européennes, réunies au sein du groupe des « Patriotes » que Jordan Bardella dirige. À Bruxelles, il est main dans la main avec le pire de l’internationale réactionnaire, des réseaux MAGA et des mouvances religieuses rétrogrades.
Face à cette offensive idéologique bien organisée et financée, la responsabilité des forces progressistes est immense. Cet événement doit tous nous alerter sur la réalité du danger qui nous menace. Après les élections européennes de juin 2024, le Parlement européen est devenu un champ de bataille : soit il reste un rempart pour les libertés, la démocratie et l’État de droit, soit il est détourné par ceux qui veulent détruire de l’intérieur les valeurs de l’Union européenne.
En bref, le ver est bel et bien dans le fruit et le fruit commence à pourrir."
https://www.huffingtonpost.fr/politique ... 60121.html