«Le Hamas nous a vaincus» le Parlement israélien adopte le retour de la peine de mort pour les terroristes palestiniens
Posté : 31 mars 2026 06:35
Le texte, porté par l’extrême droite radicale et soutenu par Benyamin Nétanyahou, ne se cache pas de viser uniquement les Palestiniens. Il devra toutefois franchir la Cour suprême, saisie par les opposants en raison de son caractère discriminatoire.
La peine de mort va-t-elle faire son retour en Israël ? C’est en tout cas en ce sens qu’a voté la Knesset, le Parlement israélien, dominé par la droite et l’extrême droite, lundi 30 mars, en approuvant la proposition de loi visant à instaurer «la peine de mort pour les terroristes», projet taillé sur mesure pour s’appliquer aux Palestiniens reconnus coupables d’attaques ou d’attentats meurtriers anti-israéliens. Cette proposition de loi a été adoptée en troisième lecture par 62 voix, dont celle de Benyamin Nétanyahou, contre 48.
Cette loi constitue «un crime et une dangereuse escalade dans les politiques de l’occupation [par Israël, qui] n’a aucune souveraineté sur la terre de Palestine», a réagi sur X le ministère palestinien des Affaires étrangères, pour qui cette législation «révèle une fois de plus la nature du système colonial israélien», en cherchant à «légitimer des exécutions extrajudiciaires en leur donnant une apparence légale».
Une discrimination manifeste contre les prisonniers palestiniens
Le cadre général de la proposition prévoit que toute personne «qui cause intentionnellement la mort d’une [autre] dans le but de porter atteinte à un citoyen ou résident israélien, avec l’intention de mettre fin à l’existence de l’Etat d’Israël, sera condamnée à mort ou à la prison à perpétuité». Mais, pour les Palestiniens de Cisjordanie occupée, qui subissent quotidiennement des attaques de colons, le texte prévoit que la peine de mort soit la sanction par défaut si l’homicide est qualifié d’acte de terrorisme par la justice militaire israélienne. Une exception de taille pour ce territoire colonisé par Israël depuis 1967, où les infractions commises par les Palestiniens relèvent de tribunaux militaires, tandis que les Israéliens dépendent de la justice civile.
Comme le relevait Libé en novembre, au moment de l’adoption de la loi en première instance, l’extrême droite israélienne ne se cachait pas de viser uniquement les Palestiniens : «Il n’y a pas de terroriste juif», balayait ainsi l’auteur de la proposition de loi Limor Son Har-Melech, dont le texte osait souligner que «les terroristes bénéficient de conditions de détention confortables», quand les récits recueillis des prisonniers échangés avec les otages font au contraire cas d’actes de torture. Dans tous les cas, la peine de mort serait applicable dans un délai de 90 jours après la condamnation définitive, avec un possible report allant jusqu’à 180 jours.
«Le Hamas nous a vaincus»
Ram Ben Barak, député de l’opposition et ancien directeur adjoint du Mossad (les services secrets extérieurs israéliens), a exprimé son indignation face à cette proposition de loi. «Comprenez-vous, a-t-il demandé, ce que cela signifie qu’il y ait une loi pour les Arabes de Judée-Samarie (le nom utilisé par les colons pour évoquer la Cisjordanie, ndlr), et une loi différente pour» les citoyens israéliens ? «Cela signifie que le Hamas nous a vaincus. Il nous a vaincus parce que nous avons perdu toutes nos valeurs [et que] nous commençons malheureusement à nous comporter comme eux. Pleins de haine. Et de vengeance», a-t-il scandé devant les députés.
La députée Limor Son Har Melekh, membre du parti d’extrême droite Otzma Yehudit (Force juive), formation du ministre suprémaciste Itamar Ben Gvir, qui a survécu à une attaque palestinienne en Cisjordanie pendant la Seconde Intifada (le soulèvement palestinien de 2000-2005) au cours de laquelle son mari a été tué, a exhorté les députés à approuver le projet de loi. «Je porte en moi le souvenir de mon mari […], le regard des terroristes alors qu’ils nous tiraient dessus avec un sang-froid effrayant», a déclaré au Parlement cette représentante du camp des colons juifs les plus radicaux.
La Cour suprême saisie, mais avec quels espoirs ?
En février, Amnesty International a exhorté les députés israéliens à rejeter ce texte, estimant qu’il «permettrait aux tribunaux israéliens d’élargir leur recours à la peine de mort avec une application discriminatoire à l’encontre des Palestiniens». Avant d’être promulguée, la loi fera l’objet d’un recours devant la Cour suprême du pays, les ONG et ses opposants soulignant qu’elle entre en conflit avec les lois fondamentales israéliennes, qui interdisent toute discrimination arbitraire. Cette loi est «inconstitutionnelle, discriminatoire par nature et, pour les Palestiniens de Cisjordanie, adoptée sans base juridique», a écrit lundi soir l’Association pour les droits civils en Israël (ACRI) dans un communiqué détaillant les motifs de sa saisine.
Le texte avait également été dénoncé dimanche par le Conseil de l’Europe ainsi que Berlin, Londres, Paris, et Rome, qui ont appelé les députés à renoncer à un projet susceptible de «remettre en cause les engagements d’Israël en matière de principes démocratiques».
Pour Miriam Azem, coordinatrice du plaidoyer international pour Adalah, une ONG israélienne défendant les droits de la minorité arabe, cette loi «ne sort pas de nulle part» et «s’inscrit dans la continuité et l’escalade des mauvais traitements et des tortures infligés aux Palestiniens». Sans vouloir spéculer sur une éventuelle décision de la Cour suprême, elle se montre sceptique sur une possibilité de censure. La Cour, qui a traversé de récents conflits avec le pouvoir en place, «s’est montrée très réticente à intervenir» dans le passé «et a donné son feu vert à de graves abus contre les Palestiniens».
Si la loi devait être promulguée et mise en application, elle reviendrait sur un état de fait multi-décennal dans le pays. En 78 ans d’existence, elle n’a été appliquée que deux fois. En 1948, peu après la création de l’Etat, contre un capitaine de l’armée accusé de haute trahison et en 1962, lorsque le criminel de guerre nazi Adolf Eichmann a été pendu.
https://www.liberation.fr/international ... BHD6J4N4E/
La peine de mort va-t-elle faire son retour en Israël ? C’est en tout cas en ce sens qu’a voté la Knesset, le Parlement israélien, dominé par la droite et l’extrême droite, lundi 30 mars, en approuvant la proposition de loi visant à instaurer «la peine de mort pour les terroristes», projet taillé sur mesure pour s’appliquer aux Palestiniens reconnus coupables d’attaques ou d’attentats meurtriers anti-israéliens. Cette proposition de loi a été adoptée en troisième lecture par 62 voix, dont celle de Benyamin Nétanyahou, contre 48.
Cette loi constitue «un crime et une dangereuse escalade dans les politiques de l’occupation [par Israël, qui] n’a aucune souveraineté sur la terre de Palestine», a réagi sur X le ministère palestinien des Affaires étrangères, pour qui cette législation «révèle une fois de plus la nature du système colonial israélien», en cherchant à «légitimer des exécutions extrajudiciaires en leur donnant une apparence légale».
Une discrimination manifeste contre les prisonniers palestiniens
Le cadre général de la proposition prévoit que toute personne «qui cause intentionnellement la mort d’une [autre] dans le but de porter atteinte à un citoyen ou résident israélien, avec l’intention de mettre fin à l’existence de l’Etat d’Israël, sera condamnée à mort ou à la prison à perpétuité». Mais, pour les Palestiniens de Cisjordanie occupée, qui subissent quotidiennement des attaques de colons, le texte prévoit que la peine de mort soit la sanction par défaut si l’homicide est qualifié d’acte de terrorisme par la justice militaire israélienne. Une exception de taille pour ce territoire colonisé par Israël depuis 1967, où les infractions commises par les Palestiniens relèvent de tribunaux militaires, tandis que les Israéliens dépendent de la justice civile.
Comme le relevait Libé en novembre, au moment de l’adoption de la loi en première instance, l’extrême droite israélienne ne se cachait pas de viser uniquement les Palestiniens : «Il n’y a pas de terroriste juif», balayait ainsi l’auteur de la proposition de loi Limor Son Har-Melech, dont le texte osait souligner que «les terroristes bénéficient de conditions de détention confortables», quand les récits recueillis des prisonniers échangés avec les otages font au contraire cas d’actes de torture. Dans tous les cas, la peine de mort serait applicable dans un délai de 90 jours après la condamnation définitive, avec un possible report allant jusqu’à 180 jours.
«Le Hamas nous a vaincus»
Ram Ben Barak, député de l’opposition et ancien directeur adjoint du Mossad (les services secrets extérieurs israéliens), a exprimé son indignation face à cette proposition de loi. «Comprenez-vous, a-t-il demandé, ce que cela signifie qu’il y ait une loi pour les Arabes de Judée-Samarie (le nom utilisé par les colons pour évoquer la Cisjordanie, ndlr), et une loi différente pour» les citoyens israéliens ? «Cela signifie que le Hamas nous a vaincus. Il nous a vaincus parce que nous avons perdu toutes nos valeurs [et que] nous commençons malheureusement à nous comporter comme eux. Pleins de haine. Et de vengeance», a-t-il scandé devant les députés.
La députée Limor Son Har Melekh, membre du parti d’extrême droite Otzma Yehudit (Force juive), formation du ministre suprémaciste Itamar Ben Gvir, qui a survécu à une attaque palestinienne en Cisjordanie pendant la Seconde Intifada (le soulèvement palestinien de 2000-2005) au cours de laquelle son mari a été tué, a exhorté les députés à approuver le projet de loi. «Je porte en moi le souvenir de mon mari […], le regard des terroristes alors qu’ils nous tiraient dessus avec un sang-froid effrayant», a déclaré au Parlement cette représentante du camp des colons juifs les plus radicaux.
La Cour suprême saisie, mais avec quels espoirs ?
En février, Amnesty International a exhorté les députés israéliens à rejeter ce texte, estimant qu’il «permettrait aux tribunaux israéliens d’élargir leur recours à la peine de mort avec une application discriminatoire à l’encontre des Palestiniens». Avant d’être promulguée, la loi fera l’objet d’un recours devant la Cour suprême du pays, les ONG et ses opposants soulignant qu’elle entre en conflit avec les lois fondamentales israéliennes, qui interdisent toute discrimination arbitraire. Cette loi est «inconstitutionnelle, discriminatoire par nature et, pour les Palestiniens de Cisjordanie, adoptée sans base juridique», a écrit lundi soir l’Association pour les droits civils en Israël (ACRI) dans un communiqué détaillant les motifs de sa saisine.
Le texte avait également été dénoncé dimanche par le Conseil de l’Europe ainsi que Berlin, Londres, Paris, et Rome, qui ont appelé les députés à renoncer à un projet susceptible de «remettre en cause les engagements d’Israël en matière de principes démocratiques».
Pour Miriam Azem, coordinatrice du plaidoyer international pour Adalah, une ONG israélienne défendant les droits de la minorité arabe, cette loi «ne sort pas de nulle part» et «s’inscrit dans la continuité et l’escalade des mauvais traitements et des tortures infligés aux Palestiniens». Sans vouloir spéculer sur une éventuelle décision de la Cour suprême, elle se montre sceptique sur une possibilité de censure. La Cour, qui a traversé de récents conflits avec le pouvoir en place, «s’est montrée très réticente à intervenir» dans le passé «et a donné son feu vert à de graves abus contre les Palestiniens».
Si la loi devait être promulguée et mise en application, elle reviendrait sur un état de fait multi-décennal dans le pays. En 78 ans d’existence, elle n’a été appliquée que deux fois. En 1948, peu après la création de l’Etat, contre un capitaine de l’armée accusé de haute trahison et en 1962, lorsque le criminel de guerre nazi Adolf Eichmann a été pendu.
https://www.liberation.fr/international ... BHD6J4N4E/


