"Leur objectif, c’est de piller le système" : enquête sur les fraudes massives dans les centres de santé
Posté : 02 avril 2026 08:27
"Grâce à des témoignages et des documents inédits, la cellule investigation de Radio France dévoile l’ampleur de la fraude à l’Assurance Maladie dans les centres de santé. Une criminalité de plus en plus organisée qui reprend certains codes du grand banditisme.
Les montants détournés donnent le tournis. Fin mars, 7 personnes étaient mises en examen(Nouvelle fenêtre), suspectées d'avoir escroqué l'Assurance Maladie de 58 millions d'euros dans 18 centres de santé, essentiellement dentaires, répartis sur tout le territoire. "Ce réseau a réussi à robotiser la facturation d'actes fictifs", nous explique une source proche du dossier. "C'est une affaire exceptionnelle par son ampleur", commente pour sa part Fabien Badinier, le directeur de la lutte contre la fraude à l'Assurance Maladie.
D'après les informations de la cellule investigation de Radio France, ces escrocs avaient adopté les codes du grand banditisme. Ils utilisaient de fausses identités, ne conversaient jamais par téléphone, ils étaient équipés de brouilleurs et variaient leur itinéraire à chaque déplacement. L'auteur principal logeait dans un Airbnb qu'il "pouvait quitter en 30 secondes".
"On a souvent l'impression que les fraudes aux prestations sociales viennent de particuliers qui ont du mal à joindre les deux bouts. Mais ce n'est pas du tout ce qui ressort de nos enquêtes", commente le général José Montull, chef de l'Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI), en charge des investigations dans cette affaire hors norme, sous l'autorité de la JIRS (Juridiction interrégionale spécialisée) de Paris. Pour le général Montull, le portrait-robot des fraudeurs de la "Sécu" a évolué ces dernières années : "Nous avons affaire à des gens qui détournent des millions d'euros et qui ont un train de vie de flambeurs. Ils louent des appartements à 13 000 euros par mois à côté de la place Beauvau [à Paris, siège du ministère de l'Intérieur, NDLR], ils se déplacent en hélicoptère et achètent des véhicules de luxe. Donc on n'est pas du tout dans un schéma de fraude du pauvre", poursuit le général Montull.
Une menace pour notre modèle social
Pour en savoir plus sur ces escrocs qui s'en prennent à l'Assurance Maladie, nous nous sommes plongés dans les plus gros scandales de ces dernières années. Ils concernent tous des réseaux de centres de santé. Ces affaires déjà judiciarisées commencent à livrer, au fil des auditions et des investigations, un "mode d'emploi" standardisé de la fraude.
Mises bout à bout, ces escroqueries de plusieurs millions d'euros menacent notre modèle social. Et minent la confiance dans notre système de santé qui, faut-il le rappeler, est financé par les cotisations, les contributions et les impôts dédiés des Français. La cellule investigation de Radio France a pu recueillir des témoignages inédits et a eu accès à des dossiers judiciaires montrant l'étendue et l'ingéniosité de cette fraude, qui s'inscrit désormais dans le champ de la criminalité organisée.
De nombreux abus dans les centres de santé
Les centres de santé ont éclos frénétiquement depuis la loi Bachelot de 2009, qui avait supprimé l'agrément préalable des autorités de santé pour faciliter leur ouverture. On les trouve surtout dans les grandes agglomérations, à rebours de leur ambition première qui était de lutter contre les déserts médicaux. Il y a aujourd'hui 3000 centres de santé en France, en majorité dentaires et ophtalmologiques. Ce sont des établissements où le tiers payant est généralisé, le patient n'a donc rien à débourser. Et peu nombreux sont ceux qui vont vérifier sur leur compte Ameli ce qui a été réellement facturé en leur nom à la Sécurité sociale.
Ces centres sont en grande majorité des structures associatives à but non lucratif. Contrairement aux cabinets de médecins libéraux, les praticiens y sont salariés. Il n'y a pas d'actionnaires, pas de dividendes à redistribuer. L'argent gagné – les remboursements de la Sécurité sociale –, doit être réinvesti dans le centre. En théorie. Mais dans la pratique, les abus sont nombreux.
https://www.franceinfo.fr/enquetes-fran ... 09325.html
Les montants détournés donnent le tournis. Fin mars, 7 personnes étaient mises en examen(Nouvelle fenêtre), suspectées d'avoir escroqué l'Assurance Maladie de 58 millions d'euros dans 18 centres de santé, essentiellement dentaires, répartis sur tout le territoire. "Ce réseau a réussi à robotiser la facturation d'actes fictifs", nous explique une source proche du dossier. "C'est une affaire exceptionnelle par son ampleur", commente pour sa part Fabien Badinier, le directeur de la lutte contre la fraude à l'Assurance Maladie.
D'après les informations de la cellule investigation de Radio France, ces escrocs avaient adopté les codes du grand banditisme. Ils utilisaient de fausses identités, ne conversaient jamais par téléphone, ils étaient équipés de brouilleurs et variaient leur itinéraire à chaque déplacement. L'auteur principal logeait dans un Airbnb qu'il "pouvait quitter en 30 secondes".
"On a souvent l'impression que les fraudes aux prestations sociales viennent de particuliers qui ont du mal à joindre les deux bouts. Mais ce n'est pas du tout ce qui ressort de nos enquêtes", commente le général José Montull, chef de l'Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI), en charge des investigations dans cette affaire hors norme, sous l'autorité de la JIRS (Juridiction interrégionale spécialisée) de Paris. Pour le général Montull, le portrait-robot des fraudeurs de la "Sécu" a évolué ces dernières années : "Nous avons affaire à des gens qui détournent des millions d'euros et qui ont un train de vie de flambeurs. Ils louent des appartements à 13 000 euros par mois à côté de la place Beauvau [à Paris, siège du ministère de l'Intérieur, NDLR], ils se déplacent en hélicoptère et achètent des véhicules de luxe. Donc on n'est pas du tout dans un schéma de fraude du pauvre", poursuit le général Montull.
Une menace pour notre modèle social
Pour en savoir plus sur ces escrocs qui s'en prennent à l'Assurance Maladie, nous nous sommes plongés dans les plus gros scandales de ces dernières années. Ils concernent tous des réseaux de centres de santé. Ces affaires déjà judiciarisées commencent à livrer, au fil des auditions et des investigations, un "mode d'emploi" standardisé de la fraude.
Mises bout à bout, ces escroqueries de plusieurs millions d'euros menacent notre modèle social. Et minent la confiance dans notre système de santé qui, faut-il le rappeler, est financé par les cotisations, les contributions et les impôts dédiés des Français. La cellule investigation de Radio France a pu recueillir des témoignages inédits et a eu accès à des dossiers judiciaires montrant l'étendue et l'ingéniosité de cette fraude, qui s'inscrit désormais dans le champ de la criminalité organisée.
De nombreux abus dans les centres de santé
Les centres de santé ont éclos frénétiquement depuis la loi Bachelot de 2009, qui avait supprimé l'agrément préalable des autorités de santé pour faciliter leur ouverture. On les trouve surtout dans les grandes agglomérations, à rebours de leur ambition première qui était de lutter contre les déserts médicaux. Il y a aujourd'hui 3000 centres de santé en France, en majorité dentaires et ophtalmologiques. Ce sont des établissements où le tiers payant est généralisé, le patient n'a donc rien à débourser. Et peu nombreux sont ceux qui vont vérifier sur leur compte Ameli ce qui a été réellement facturé en leur nom à la Sécurité sociale.
Ces centres sont en grande majorité des structures associatives à but non lucratif. Contrairement aux cabinets de médecins libéraux, les praticiens y sont salariés. Il n'y a pas d'actionnaires, pas de dividendes à redistribuer. L'argent gagné – les remboursements de la Sécurité sociale –, doit être réinvesti dans le centre. En théorie. Mais dans la pratique, les abus sont nombreux.
https://www.franceinfo.fr/enquetes-fran ... 09325.html