Le terrorisme antiféministe, une menace masculiniste « sous-estimée » mais réelle
Posté : 22 avril 2026 08:09
"vigilance attentat•Avec la diffusion de la mouvance antiféministe sur les réseaux sociaux et donc dans la société, le risque d’actes violents augmente
L'essentiel
Apparus dans les années 1980 en réaction aux courants féministes, les mouvements misogynes, masculinistes ou « incel » connaissent un regain.
Ils se manifestent souvent en ligne mais parfois par des passages à l’acte violents.
C’est une des pistes étudiées par les autorités turques après la fusillade dans une école par un jeune qui utilisait une image en référence à Elliot Rodger sur ses réseaux.
Les menaces venant de l’islamisme ou de l’extrême droite sont sous étroite surveillance, mais un danger reste encore trop souvent sous les radars : le terrorisme antiféministe. Pourtant, il fait planer un réel risque sur la population. « Sous-estimé », et « sous étudié », il intéresse de plus en plus les pouvoirs publics. Une commission sénatoriale se penche sur le sujet en France, rappelle Tristan Boursier, docteur en sciences politiques associé au Cevipof et chercheur postdoctoral à l’université du Québec à Montréal (UQAM).
En juillet 2025, une tentative d’attentat masculiniste revendiquée avait été déjouée dans la région de Saint-Etienne. Un jeune homme de 18 ans muni de deux couteaux avait été interpellé avant d’être mis en examen et écroué. Un an plus tôt, un jeune homme de 26 ans avait été arrêté près de Bordeaux après avoir posté un message à la gloire du héros américain antiféministe Elliot Rodger, auteur de la tuerie à Santa Barbara en 2014. Cette figure de la sphère misogyne a également été citée par le (très) jeune auteur de la fusillade dans une école en Turquie qui a fait neuf morts le 15 avril dernier.
Une menace diffuse mais peu prévisible
Au Canada, frappé dès 1989 avec l’attentat à l’école Polytechnique de Montréal (14 femmes tuées), le sujet est davantage scruté. Les experts y parlent d’une « menace croissante ». Plusieurs attaques ont été répertoriées ces dernières décennies, comme l’attentat au camion-bélier de 2018 perpétré par Alex Minassian à Toronto, inspiré par l’idéologie lookisme. Des hommes qui s’estiment moches, « génétiquement opprimés », et qui réclament des corps de femmes « génétiquement supérieurs » pour une égalité entre hommes « beaux » et « pas beaux ». Ils sont plus connus par le mot propagande qu’ils utilisent : « incel » pour « célibataire involontaire ».
Le passage à l’acte du terrorisme masculiniste est « plus difficile à prévoir » que les autres terrorismes, estime Tristan Boursier. Notamment parce que les services ne sont pas parvenus à identifier les éléments déclencheurs d’une traduction de l’idéologie en actes, tandis que le mouvement « touche un public plus large avec une radicalisation plus disparate », ajoute-t-il.
De plus en plus visible, elle ne concerne pas seulement le Canada ou les Etats-Unis, comme le montrent les attaques déjouées en France. Un risque « qu’on ne peut pas décorréler d’une certaine fascisation de la société », notamment dans les pays occidentaux, note Stephanie Lamy, chercheuse et autrice de La terreur masculiniste (Éditions du Détour). D’autant que la mouvance antiféministe est portée par l’homme le plus puissant du monde et l’homme le plus riche du monde, aka Donald Trump et Elon Musk. « Ça a forcément des effets au-delà des frontières américaines », insiste Tristan Boursier.
La multiplication des actes violents à caractère sexiste peut s’expliquer par une meilleure visibilisation du problème. Mais aussi par « la théorie du backlash » : les avancées pour les droits des femmes engendreraient une « crise de la masculinité », résume Tristan Boursier. Ces mouvements sont d’ailleurs apparus dans les années 1980 en réaction aux courants féministes.
Des convergences avec l’extrême droite
À l’image des différents courants d’extrême droite, l’offre idéologique masculiniste se décline en plusieurs mouvances et sous-mouvances, parfois opposées les unes aux autres, mais toutes violentes. Chaque milieu conçoit un archétype de la masculinité : « Les "incels" [lookisme], les "coachs en séduction" [harcèlement sexuel], etc. : une offre de suprémacisme masculin qui se diversifie et s’adapte aussi en fonction des pays », précise Stephanie Lamy. « Il y a des convergences très claires avec l’extrême droite, d’ailleurs, si les sous courants de l’extrême droite n’ont pas tous les mêmes formes de racisme, ils sont tous d’accord sur la détestation des féministes, un discours très porteur dans ce milieu », abonde Tristan Boursier.3
Suite de l'article dans le lien ci-dessous :
https://www.20minutes.fr/societe/421945 ... mee-reelle
L'essentiel
Apparus dans les années 1980 en réaction aux courants féministes, les mouvements misogynes, masculinistes ou « incel » connaissent un regain.
Ils se manifestent souvent en ligne mais parfois par des passages à l’acte violents.
C’est une des pistes étudiées par les autorités turques après la fusillade dans une école par un jeune qui utilisait une image en référence à Elliot Rodger sur ses réseaux.
Les menaces venant de l’islamisme ou de l’extrême droite sont sous étroite surveillance, mais un danger reste encore trop souvent sous les radars : le terrorisme antiféministe. Pourtant, il fait planer un réel risque sur la population. « Sous-estimé », et « sous étudié », il intéresse de plus en plus les pouvoirs publics. Une commission sénatoriale se penche sur le sujet en France, rappelle Tristan Boursier, docteur en sciences politiques associé au Cevipof et chercheur postdoctoral à l’université du Québec à Montréal (UQAM).
En juillet 2025, une tentative d’attentat masculiniste revendiquée avait été déjouée dans la région de Saint-Etienne. Un jeune homme de 18 ans muni de deux couteaux avait été interpellé avant d’être mis en examen et écroué. Un an plus tôt, un jeune homme de 26 ans avait été arrêté près de Bordeaux après avoir posté un message à la gloire du héros américain antiféministe Elliot Rodger, auteur de la tuerie à Santa Barbara en 2014. Cette figure de la sphère misogyne a également été citée par le (très) jeune auteur de la fusillade dans une école en Turquie qui a fait neuf morts le 15 avril dernier.
Une menace diffuse mais peu prévisible
Au Canada, frappé dès 1989 avec l’attentat à l’école Polytechnique de Montréal (14 femmes tuées), le sujet est davantage scruté. Les experts y parlent d’une « menace croissante ». Plusieurs attaques ont été répertoriées ces dernières décennies, comme l’attentat au camion-bélier de 2018 perpétré par Alex Minassian à Toronto, inspiré par l’idéologie lookisme. Des hommes qui s’estiment moches, « génétiquement opprimés », et qui réclament des corps de femmes « génétiquement supérieurs » pour une égalité entre hommes « beaux » et « pas beaux ». Ils sont plus connus par le mot propagande qu’ils utilisent : « incel » pour « célibataire involontaire ».
Le passage à l’acte du terrorisme masculiniste est « plus difficile à prévoir » que les autres terrorismes, estime Tristan Boursier. Notamment parce que les services ne sont pas parvenus à identifier les éléments déclencheurs d’une traduction de l’idéologie en actes, tandis que le mouvement « touche un public plus large avec une radicalisation plus disparate », ajoute-t-il.
De plus en plus visible, elle ne concerne pas seulement le Canada ou les Etats-Unis, comme le montrent les attaques déjouées en France. Un risque « qu’on ne peut pas décorréler d’une certaine fascisation de la société », notamment dans les pays occidentaux, note Stephanie Lamy, chercheuse et autrice de La terreur masculiniste (Éditions du Détour). D’autant que la mouvance antiféministe est portée par l’homme le plus puissant du monde et l’homme le plus riche du monde, aka Donald Trump et Elon Musk. « Ça a forcément des effets au-delà des frontières américaines », insiste Tristan Boursier.
La multiplication des actes violents à caractère sexiste peut s’expliquer par une meilleure visibilisation du problème. Mais aussi par « la théorie du backlash » : les avancées pour les droits des femmes engendreraient une « crise de la masculinité », résume Tristan Boursier. Ces mouvements sont d’ailleurs apparus dans les années 1980 en réaction aux courants féministes.
Des convergences avec l’extrême droite
À l’image des différents courants d’extrême droite, l’offre idéologique masculiniste se décline en plusieurs mouvances et sous-mouvances, parfois opposées les unes aux autres, mais toutes violentes. Chaque milieu conçoit un archétype de la masculinité : « Les "incels" [lookisme], les "coachs en séduction" [harcèlement sexuel], etc. : une offre de suprémacisme masculin qui se diversifie et s’adapte aussi en fonction des pays », précise Stephanie Lamy. « Il y a des convergences très claires avec l’extrême droite, d’ailleurs, si les sous courants de l’extrême droite n’ont pas tous les mêmes formes de racisme, ils sont tous d’accord sur la détestation des féministes, un discours très porteur dans ce milieu », abonde Tristan Boursier.3
Suite de l'article dans le lien ci-dessous :
https://www.20minutes.fr/societe/421945 ... mee-reelle