"J'y suis allé sans me poser de questions"...
Posté : 01 mai 2026 17:16
... le geste héroïque de Muhammed, sans-papiers, qui a plongé dans la Garonne pour secourir une jeune femme
Mercredi 22 avril, une jeune femme de 18 ans a tenté de mettre fin à ses jours en sautant dans la Garonne depuis le pont de pierre, à Bordeaux, en Gironde. Un jeune homme de 20 ans s’est porté à son secours et l'a sortie des remous du fleuve, en vie. Après ce geste héroïque, le jeune homme, originaire de Gambie, sans papier ni logement espère une régularisation de sa situation en France.
Il n'a pas hésité une seconde à se jeter à l'eau, au péril de sa propre vie. Muhammed Sabally, 20 ans, originaire de Gambie, a porté secours, le mercredi 22 avril, en début de matinée, à une jeune femme qui a sauté dans le fleuve, depuis le pont de Pierre de Bordeaux, pour mettre fin à ses jours. Alerté par les cris des passants, le jeune homme qui se trouvait au niveau du quai des sports, a plongé et a réussi à la sauver.
La jeune fille a été prise en charge par les secours et admise à l'hôpital Charles-Perrens. Son sauveur a également été examiné par les pompiers et évacué à l'hôpital à Saint-André avec quelques coupures aux mains. La police a par ailleurs pris ses coordonnées.
"Elle m'a dit merci quand je l'ai ramenée sur les berges"
Le 22 avril dernier, en début de matinée, Muhammed Sabally se trouve quai des sports, sur la rive gauche de Bordeaux, où il a l'habitude de faire du sport, quand il entend des cris venir de la rive opposée. Une personne vient de tomber à l'eau. "Je n'ai pas réfléchi et j'ai sauté, raconte-t-il en regardant le fleuve. Je ne suis pas forcément bon nageur, mais j'y suis allé, sans me poser de questions".
Le jeune homme, ancien pêcheur, avait conscience du danger des remous et de la puissance de la Garonne. "La jeune femme se trouvait très loin. Je suis revenue sur les rives une première fois avant d'y retourner", raconte-t-il. Il réussit pourtant à l'attraper, et à la ramener sur les berges de la rive droite, à hauteur du pont Saint-Jean, où ils ont été pris en charge par les pompiers.
Muhammed n'a plus de nouvelles de la jeune femme. "Elle m'a juste dit merci quand je l'ai ramenée sur les berges, elle n'a pas dit d'autre mot. Jusqu'à aujourd'hui je ne lui ai pas reparlé, je ne connais pas son nom", poursuit le jeune homme qui aimerait la revoir et avoir de ses nouvelles.
Son geste héroïque a été salué par les secours, et par la presse locale et nationale. Depuis une semaine, Muhammed multiplie les interviews.
Mais le jeune homme essaie de rester discret. En situation irrégulière, il fait l'objet d'une OQTF (Obligation de quitter le territoire français). Son acte de bravoure va-t-il lui permettre de rester en France ? "Je ne l'ai pas fait en pensant à cela, assure-t-il avec le sourire, pas du tout. Je voulais simplement sauver cette personne."
"J'ai dormi un mois dans la rue"
Originaire d'Afrique de l'ouest, Muhammed Sabally est arrivé en France encore mineur, après un périple périlleux. À la fin de l'année 2023, il quitte la Gambie, pays côtier bordé par le Sénégal, en pirogue, avec une centaine d'autres personnes. Après sept jours de mer, il débarque à Ténérife, dans l'archipel des Canaries, en Espagne. Pris en charge par une ONG espagnole, Muhamed atterrit d'abord à Madrid, avant de rejoindre Paris.
Le jeune homme s'inscrit le 7 février 2024 au guichet unique des demandeurs d'asile. Sa demande est refusée le 1er juin 2025, la préfecture parisienne l'envoie à Bordeaux. D'abord pris en charge par la structure d'accueil et d'hébergement du CAIO (Centre d'Accueil d'Information et d'Orientation), il se retrouve rapidement sans papiers et à la rue.
Muhammed Sabally a trouvé refuge chez "un ami Gambien" grâce à la solidarité de la communauté africaine très bien implantée à Bordeaux. "Je n'ai pas de papier ni aide sociale, et maintenant je suis hébergé chez un ami Gambien. Mais avant cela j'ai dormi un mois dans la rue...J'ai besoin de papier pour être libre de travailler et de rester en France", lance-t-il.
Issu d'une famille de pêcheurs installée à Barra, près de la capitale Banjul, il affirme être "orphelin", "seule sa grand-mère maternelle vit encore". Muhammed explique "n'avoir pas fait beaucoup d'études" et avoir "travaillé comme pêcheur avec son père, qui a disparu en mer".
Après la mort de ma mère, je me suis retrouvé seul dans mon pays, et venir en France, c'était mon rêve depuis que je suis petit. Et maintenant, je voudrais rester ici.
Un réexamen de sa demande de titre de séjour
Christian Franqueville, proche du milieu associatif bordelais, l'aide dans ses démarches de régularisation. "Muhamed a peur d'être arrêté et reconduit en Gambie. Il espère avoir une chance d'être régularisé, car il vit actuellement en reclus. Si la France le rejette, ce serait très dur à vivre pour lui", explique le retraité qui a écrit à la mairie de Bordeaux, dans l'espoir d'obtenir un soutien pour la régularisation du jeune ressortissant étranger.
Sollicitée par notre rédaction ce 28 avril, la préfecture de la Gironde a répondu que "le préfet a pris connaissance de l’acte de courage exceptionnel accompli par un jeune homme, qui a porté secours à une personne en détresse tombée dans la Garonne et qui a sauvé cette personne de la noyade. Sensible à ce geste remarquable dans des circonstances particulières, il a décidé de procéder à un réexamen attentif de sa demande de titre de séjour".
https://france3-regions.franceinfo.fr/n ... 42008.html
Mercredi 22 avril, une jeune femme de 18 ans a tenté de mettre fin à ses jours en sautant dans la Garonne depuis le pont de pierre, à Bordeaux, en Gironde. Un jeune homme de 20 ans s’est porté à son secours et l'a sortie des remous du fleuve, en vie. Après ce geste héroïque, le jeune homme, originaire de Gambie, sans papier ni logement espère une régularisation de sa situation en France.
Il n'a pas hésité une seconde à se jeter à l'eau, au péril de sa propre vie. Muhammed Sabally, 20 ans, originaire de Gambie, a porté secours, le mercredi 22 avril, en début de matinée, à une jeune femme qui a sauté dans le fleuve, depuis le pont de Pierre de Bordeaux, pour mettre fin à ses jours. Alerté par les cris des passants, le jeune homme qui se trouvait au niveau du quai des sports, a plongé et a réussi à la sauver.
La jeune fille a été prise en charge par les secours et admise à l'hôpital Charles-Perrens. Son sauveur a également été examiné par les pompiers et évacué à l'hôpital à Saint-André avec quelques coupures aux mains. La police a par ailleurs pris ses coordonnées.
"Elle m'a dit merci quand je l'ai ramenée sur les berges"
Le 22 avril dernier, en début de matinée, Muhammed Sabally se trouve quai des sports, sur la rive gauche de Bordeaux, où il a l'habitude de faire du sport, quand il entend des cris venir de la rive opposée. Une personne vient de tomber à l'eau. "Je n'ai pas réfléchi et j'ai sauté, raconte-t-il en regardant le fleuve. Je ne suis pas forcément bon nageur, mais j'y suis allé, sans me poser de questions".
Le jeune homme, ancien pêcheur, avait conscience du danger des remous et de la puissance de la Garonne. "La jeune femme se trouvait très loin. Je suis revenue sur les rives une première fois avant d'y retourner", raconte-t-il. Il réussit pourtant à l'attraper, et à la ramener sur les berges de la rive droite, à hauteur du pont Saint-Jean, où ils ont été pris en charge par les pompiers.
Muhammed n'a plus de nouvelles de la jeune femme. "Elle m'a juste dit merci quand je l'ai ramenée sur les berges, elle n'a pas dit d'autre mot. Jusqu'à aujourd'hui je ne lui ai pas reparlé, je ne connais pas son nom", poursuit le jeune homme qui aimerait la revoir et avoir de ses nouvelles.
Son geste héroïque a été salué par les secours, et par la presse locale et nationale. Depuis une semaine, Muhammed multiplie les interviews.
Mais le jeune homme essaie de rester discret. En situation irrégulière, il fait l'objet d'une OQTF (Obligation de quitter le territoire français). Son acte de bravoure va-t-il lui permettre de rester en France ? "Je ne l'ai pas fait en pensant à cela, assure-t-il avec le sourire, pas du tout. Je voulais simplement sauver cette personne."
"J'ai dormi un mois dans la rue"
Originaire d'Afrique de l'ouest, Muhammed Sabally est arrivé en France encore mineur, après un périple périlleux. À la fin de l'année 2023, il quitte la Gambie, pays côtier bordé par le Sénégal, en pirogue, avec une centaine d'autres personnes. Après sept jours de mer, il débarque à Ténérife, dans l'archipel des Canaries, en Espagne. Pris en charge par une ONG espagnole, Muhamed atterrit d'abord à Madrid, avant de rejoindre Paris.
Le jeune homme s'inscrit le 7 février 2024 au guichet unique des demandeurs d'asile. Sa demande est refusée le 1er juin 2025, la préfecture parisienne l'envoie à Bordeaux. D'abord pris en charge par la structure d'accueil et d'hébergement du CAIO (Centre d'Accueil d'Information et d'Orientation), il se retrouve rapidement sans papiers et à la rue.
Muhammed Sabally a trouvé refuge chez "un ami Gambien" grâce à la solidarité de la communauté africaine très bien implantée à Bordeaux. "Je n'ai pas de papier ni aide sociale, et maintenant je suis hébergé chez un ami Gambien. Mais avant cela j'ai dormi un mois dans la rue...J'ai besoin de papier pour être libre de travailler et de rester en France", lance-t-il.
Issu d'une famille de pêcheurs installée à Barra, près de la capitale Banjul, il affirme être "orphelin", "seule sa grand-mère maternelle vit encore". Muhammed explique "n'avoir pas fait beaucoup d'études" et avoir "travaillé comme pêcheur avec son père, qui a disparu en mer".
Après la mort de ma mère, je me suis retrouvé seul dans mon pays, et venir en France, c'était mon rêve depuis que je suis petit. Et maintenant, je voudrais rester ici.
Un réexamen de sa demande de titre de séjour
Christian Franqueville, proche du milieu associatif bordelais, l'aide dans ses démarches de régularisation. "Muhamed a peur d'être arrêté et reconduit en Gambie. Il espère avoir une chance d'être régularisé, car il vit actuellement en reclus. Si la France le rejette, ce serait très dur à vivre pour lui", explique le retraité qui a écrit à la mairie de Bordeaux, dans l'espoir d'obtenir un soutien pour la régularisation du jeune ressortissant étranger.
Sollicitée par notre rédaction ce 28 avril, la préfecture de la Gironde a répondu que "le préfet a pris connaissance de l’acte de courage exceptionnel accompli par un jeune homme, qui a porté secours à une personne en détresse tombée dans la Garonne et qui a sauvé cette personne de la noyade. Sensible à ce geste remarquable dans des circonstances particulières, il a décidé de procéder à un réexamen attentif de sa demande de titre de séjour".
https://france3-regions.franceinfo.fr/n ... 42008.html
