Extrême droite : dans les nouvelles mairies RN, un mois à tout casser
Posté : 13 mai 2026 05:54
Liberté Egalité Fraternité
Outre les mesures de sécurité, éternelle rengaine des élus frontistes, la soixantaine de nouveaux édiles du parti s’est fait remarquer depuis mars par de mesquins règlements de comptes et un étranglement de la culture, des syndicats et des associations, le tout saupoudré ici ou là de hausses d’indemnités.
Publié le 12/05/2026 à 20h18
Davantage de Jeanne d’Arc, moins de syndicats, moins de culture et quelques revanches, le tout enrobé du fond de sauce coutumier des mairies Rassemblement national (RN) : priorité aux affichages sécuritaires, ni hausses d’impôts ni grands projets de nature à chambouler la population de communes qui semblent ne demander qu’à s’endormir. Un peu moins de deux mois après l’élection d’une grosse soixantaine de nouveaux maires frontistes, les élus d’extrême droite impriment leur style et leurs priorités. Si les maires sont moins cornaqués que les députés du parti, des lignes de force se dégagent, encouragées par un conseil des élus locaux du RN présidé par le maire de Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais), Ludovic Pajot. Tour d’horizon.
Polémiques, grosses bourdes et règlements de comptes
Les troupes municipales de Marine Le Pen ne se sont pas épargné quelques polémiques. Dernière en date : la diffusion dans les rues de Carpentras (Vaucluse) de l’hymne collabo «Maréchal, nous voilà», le vendredi 8 mai. Hervé de Lépinau, le nouveau maire, a d’abord contesté l’incident, avant de rejeter la faute sur le prestataire, une radio locale, contre laquelle il annonce porter plainte. La tentation chez certains nouveaux élus de régler des comptes avec leurs opposants a aussi suscité des remous.
A quelques centaines de kilomètres, l’ex-député de l’Aude Christophe Barthès, élu à Carcassonne, défraie la chronique à une vitesse de croisière impressionnante. Après avoir lancé la saison du décrochage des drapeaux européens, l’homme a infiltré une boucle Instagram de lycéens qui prévoyaient de manifester contre l’extrême droite, en vue de les intimider. Puis il a répondu au recours déposé par la Ligue des droits de l’homme devant le tribunal administratif contre son arrêt anti-mendicité en retirant à l’association sa subvention annuelle ainsi que la salle, mise à disposition trois jours par semaine. Barthès a aussi remis en question les pages de publicité, annonces légales, partenariats culturels que sa ville publiait moyennant finances dans les titres du groupe La Dépêche du Midi, propriété de Jean-Michel Baylet, ancien patron du Parti radical de gauche. Les places de stationnement gratuites réservées aux journalistes ont également été supprimées.
Une mesquinerie que l’on retrouve à Tarascon (Bouches-du-Rhône), où la nouvelle municipalité a refusé de prêter des tables et un barnum à une association dont la présidente a été accusée par le premier adjoint d’avoir été «particulièrement critique» à l’égard de la liste RN.
Chasse aux syndicats et aux associations
Ce refus de la parole critique se met aussi au jour dans les relations franchement hostiles entretenues avec les syndicats. A Carcassonne, toujours, Barthès les a expulsés des locaux mis à disposition par la ville. A Saint-Avold (Moselle), la ville a refusé de prêter le parc municipal pour la fête de l’union locale de la CGT, pour des raisons de sécurité qui n’ont pas l’air d’avoir trompé grand monde. A Grenay, dans le Pas-de-Calais, la nouvelle édile, Daisy Duveau, a remplacé le défilé annuel du 1er mai par un repas des aînés, recette habituelle des mairies RN qui cajolent cet électorat. Dans le même département, Dany Paiva, premier magistrat de Liévin, a annoncé son intention de supprimer l’hommage aux mineurs du 1er mai, arguant d’une cérémonie «utilisée par les syndicats pour faire de la politique». Face au tollé, il a maintenu l’hommage mais coupé le micro aux représentants des travailleurs.
Les associations se retrouvent également dans le viseur : à La Flèche (Sarthe), l’association Solidarité accueil exilés perd sa subvention, ATD Quart Monde voit la sienne amputée de deux tiers ; à Bagnols-sur-Cèze (Gard), l’enveloppe dédiée aux associations passe de plus de 700 000 à 465 000 euros. A Six-Fours-les-Plages (Var), Frédéric Boccaletti assume pour le moment le statu quo mais annonce soumettre à l’avenir les subventions aux associations au critère de «l’intérêt général», le même qui avait servi, dans le contre-budget du parti présenté à l’automne dernier, à justifier les coupes prévues dans les structures associatives jugées contraires à la vision du pays par le RN.
Mise au pas de la culture…
Trop politisés, c’est aussi le reproche que les nouvelles équipes font aux évènements culturels. Dès le 4 avril, l’ancien député du Gard Nicolas Meizonnet, devenu maire de Vauvert, a déprogrammé l’exposition de photographies de l’artiste du cru Sylvain Brino, prévue en mai, au motif que l’homme serait un «mélenchoniste convaincu». A La Flèche, malgré ses promesses, Romain Lemoigne a taillé dans les aides à l’association culturelle Le Carroi. Sur X, Philippe Olivier, le beau-frère de Marine Le Pen, qui cornaque, avec son épouse Marie-Caroline Le Pen, le jeune maire de la ville sarthoise, justifie cette décision en ciblant la programmation d’un spectacle féministe intitulé «Ma vulve et mon uku», qualifié de «sinistre et coûteuse farce».
Réélu à Moissac (Tarn-et-Garonne), Romain Lopez a, lui, opposé «culture populaire» et «gauche élitiste» : «La culture est là pour instruire sur nos racines et notre patrimoine français ! On ne va pas financer des événements pour découvrir la culture des Papous !» Façon de justifier la hausse de l’enveloppe dédiée au village médiéval de sa commune, qui revendique de s’inspirer de la vision de l’histoire dispensée au Puy du Fou.
… Et vision orientée de l’histoire
Un modèle partagé dans d’autres villes RN, comme à Castres (Tarn), où le nouveau maire, le jeune Florian Azéma, a organisé dimanche 10 mai une «fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme». Celui-ci a embauché comme directeur de cabinet un certain Xavier Fruleux, qui a dirigé, entre 2021 et 2025, la Cité de l’histoire, le lieu créé par l’historien Franck Ferrand, accusé par ses détracteurs de professer une histoire réactionnaire, lourde en poncifs et peu rigoureuse. Fruleux est par ailleurs issu des cercles identitaires : il a été directeur de cabinet de Marie-Claude Bompard, maire de Bollène (Vaucluse) et épouse de Jacques, ancien maire d’Orange, et il est lié au milliardaire racialiste Pierre-Edouard Stérin, qui soutient son Institut des hautes études de l’action publique, une structure censée mettre en réseau des dirigeants de la mouvance.
A Carcassonne (décidément), le maire a réinstallé une statue de la Pucelle sur le parvis de la cathédrale, et lui a rendu, dimanche, un hommage perturbé par des militantes Femen. Certaines figures honnies de l’extrême droite sont remballées à l’instar de Robespierre, dont le buste a été sorti de la salle du conseil municipal de Harnes (Pas-de-Calais) par le nouveau maire, Anthony Garénaux-Glinkowski. Sans surprise, la laïcité est rudoyée par des élus frontistes qui considèrent qu’elle ne doit pas s’appliquer au catholicisme. Alexandra Masson a ainsi participé, comme maire, dans sa ville de Menton (Alpes-Maritimes), à la procession du Vendredi saint.
https://www.liberation.fr/politique/ele ... FDEXVXMUY/
Outre les mesures de sécurité, éternelle rengaine des élus frontistes, la soixantaine de nouveaux édiles du parti s’est fait remarquer depuis mars par de mesquins règlements de comptes et un étranglement de la culture, des syndicats et des associations, le tout saupoudré ici ou là de hausses d’indemnités.
Publié le 12/05/2026 à 20h18
Davantage de Jeanne d’Arc, moins de syndicats, moins de culture et quelques revanches, le tout enrobé du fond de sauce coutumier des mairies Rassemblement national (RN) : priorité aux affichages sécuritaires, ni hausses d’impôts ni grands projets de nature à chambouler la population de communes qui semblent ne demander qu’à s’endormir. Un peu moins de deux mois après l’élection d’une grosse soixantaine de nouveaux maires frontistes, les élus d’extrême droite impriment leur style et leurs priorités. Si les maires sont moins cornaqués que les députés du parti, des lignes de force se dégagent, encouragées par un conseil des élus locaux du RN présidé par le maire de Bruay-la-Buissière (Pas-de-Calais), Ludovic Pajot. Tour d’horizon.
Polémiques, grosses bourdes et règlements de comptes
Les troupes municipales de Marine Le Pen ne se sont pas épargné quelques polémiques. Dernière en date : la diffusion dans les rues de Carpentras (Vaucluse) de l’hymne collabo «Maréchal, nous voilà», le vendredi 8 mai. Hervé de Lépinau, le nouveau maire, a d’abord contesté l’incident, avant de rejeter la faute sur le prestataire, une radio locale, contre laquelle il annonce porter plainte. La tentation chez certains nouveaux élus de régler des comptes avec leurs opposants a aussi suscité des remous.
A quelques centaines de kilomètres, l’ex-député de l’Aude Christophe Barthès, élu à Carcassonne, défraie la chronique à une vitesse de croisière impressionnante. Après avoir lancé la saison du décrochage des drapeaux européens, l’homme a infiltré une boucle Instagram de lycéens qui prévoyaient de manifester contre l’extrême droite, en vue de les intimider. Puis il a répondu au recours déposé par la Ligue des droits de l’homme devant le tribunal administratif contre son arrêt anti-mendicité en retirant à l’association sa subvention annuelle ainsi que la salle, mise à disposition trois jours par semaine. Barthès a aussi remis en question les pages de publicité, annonces légales, partenariats culturels que sa ville publiait moyennant finances dans les titres du groupe La Dépêche du Midi, propriété de Jean-Michel Baylet, ancien patron du Parti radical de gauche. Les places de stationnement gratuites réservées aux journalistes ont également été supprimées.
Une mesquinerie que l’on retrouve à Tarascon (Bouches-du-Rhône), où la nouvelle municipalité a refusé de prêter des tables et un barnum à une association dont la présidente a été accusée par le premier adjoint d’avoir été «particulièrement critique» à l’égard de la liste RN.
Chasse aux syndicats et aux associations
Ce refus de la parole critique se met aussi au jour dans les relations franchement hostiles entretenues avec les syndicats. A Carcassonne, toujours, Barthès les a expulsés des locaux mis à disposition par la ville. A Saint-Avold (Moselle), la ville a refusé de prêter le parc municipal pour la fête de l’union locale de la CGT, pour des raisons de sécurité qui n’ont pas l’air d’avoir trompé grand monde. A Grenay, dans le Pas-de-Calais, la nouvelle édile, Daisy Duveau, a remplacé le défilé annuel du 1er mai par un repas des aînés, recette habituelle des mairies RN qui cajolent cet électorat. Dans le même département, Dany Paiva, premier magistrat de Liévin, a annoncé son intention de supprimer l’hommage aux mineurs du 1er mai, arguant d’une cérémonie «utilisée par les syndicats pour faire de la politique». Face au tollé, il a maintenu l’hommage mais coupé le micro aux représentants des travailleurs.
Les associations se retrouvent également dans le viseur : à La Flèche (Sarthe), l’association Solidarité accueil exilés perd sa subvention, ATD Quart Monde voit la sienne amputée de deux tiers ; à Bagnols-sur-Cèze (Gard), l’enveloppe dédiée aux associations passe de plus de 700 000 à 465 000 euros. A Six-Fours-les-Plages (Var), Frédéric Boccaletti assume pour le moment le statu quo mais annonce soumettre à l’avenir les subventions aux associations au critère de «l’intérêt général», le même qui avait servi, dans le contre-budget du parti présenté à l’automne dernier, à justifier les coupes prévues dans les structures associatives jugées contraires à la vision du pays par le RN.
Mise au pas de la culture…
Trop politisés, c’est aussi le reproche que les nouvelles équipes font aux évènements culturels. Dès le 4 avril, l’ancien député du Gard Nicolas Meizonnet, devenu maire de Vauvert, a déprogrammé l’exposition de photographies de l’artiste du cru Sylvain Brino, prévue en mai, au motif que l’homme serait un «mélenchoniste convaincu». A La Flèche, malgré ses promesses, Romain Lemoigne a taillé dans les aides à l’association culturelle Le Carroi. Sur X, Philippe Olivier, le beau-frère de Marine Le Pen, qui cornaque, avec son épouse Marie-Caroline Le Pen, le jeune maire de la ville sarthoise, justifie cette décision en ciblant la programmation d’un spectacle féministe intitulé «Ma vulve et mon uku», qualifié de «sinistre et coûteuse farce».
Réélu à Moissac (Tarn-et-Garonne), Romain Lopez a, lui, opposé «culture populaire» et «gauche élitiste» : «La culture est là pour instruire sur nos racines et notre patrimoine français ! On ne va pas financer des événements pour découvrir la culture des Papous !» Façon de justifier la hausse de l’enveloppe dédiée au village médiéval de sa commune, qui revendique de s’inspirer de la vision de l’histoire dispensée au Puy du Fou.
… Et vision orientée de l’histoire
Un modèle partagé dans d’autres villes RN, comme à Castres (Tarn), où le nouveau maire, le jeune Florian Azéma, a organisé dimanche 10 mai une «fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme». Celui-ci a embauché comme directeur de cabinet un certain Xavier Fruleux, qui a dirigé, entre 2021 et 2025, la Cité de l’histoire, le lieu créé par l’historien Franck Ferrand, accusé par ses détracteurs de professer une histoire réactionnaire, lourde en poncifs et peu rigoureuse. Fruleux est par ailleurs issu des cercles identitaires : il a été directeur de cabinet de Marie-Claude Bompard, maire de Bollène (Vaucluse) et épouse de Jacques, ancien maire d’Orange, et il est lié au milliardaire racialiste Pierre-Edouard Stérin, qui soutient son Institut des hautes études de l’action publique, une structure censée mettre en réseau des dirigeants de la mouvance.
A Carcassonne (décidément), le maire a réinstallé une statue de la Pucelle sur le parvis de la cathédrale, et lui a rendu, dimanche, un hommage perturbé par des militantes Femen. Certaines figures honnies de l’extrême droite sont remballées à l’instar de Robespierre, dont le buste a été sorti de la salle du conseil municipal de Harnes (Pas-de-Calais) par le nouveau maire, Anthony Garénaux-Glinkowski. Sans surprise, la laïcité est rudoyée par des élus frontistes qui considèrent qu’elle ne doit pas s’appliquer au catholicisme. Alexandra Masson a ainsi participé, comme maire, dans sa ville de Menton (Alpes-Maritimes), à la procession du Vendredi saint.
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