Conforté mais contesté, Fabien Roussel en route vers une deuxième candidature à la présidentielle
Posté : 11 juin 2026 12:58
La ligne du secrétaire national du Parti communiste français a été confortée par une majorité de militants avant le 40e congrès qui doit, début juillet, le reconduire à la tête de la formation et lui ouvrir la voie à une nouvelle participation en 2027.
«Il faut savoir terminer une grève.» Quatre-vingt-dix ans plus tard, on pourrait appliquer la formule de Maurice Thorez à propos des arrêts de travail de 1936 à la cure de silence à laquelle s’est astreint son lointain successeur, Fabien Roussel. «J’ai l’appétit pour mener ces combats», a lancé mardi dans le Parisien le secrétaire national du PCF, prêt à rempiler à la présidentielle. Le texte porté par le nordiste et sa direction a été largement choisi par les adhérents communistes comme base commune de discussion en vue du 40e congrès du parti qui aura lieu à Lille du 3 au 5 juillet. Et même si la ligne Roussel a réuni 61,38 % des suffrages militants (contre 80 % lors du précédent congrès en 2023), ses premiers opposants arrivent loin derrière, avec 25 %.
Ce résultat acquis, le patron du PCF depuis 2018 devrait, sauf improbable retournement de situation, être reconduit à cette occasion dans ses fonctions et franchir une première étape vers une nouvelle participation à l’élection présidentielle après celle de 2022 (2,28 %). «Le Parti communiste a toute légitimité à présenter un candidat», a-t-il martelé dans cette même interview au Parisien, deux jours après la publication des résultats de ce vote interne.
S’il va falloir attendre début septembre pour que Roussel soit définitivement investi par les militants pour les représenter, le scrutin de ce week-end a d’ores et déjà acté la présentation d’un candidat par le parti. «Le vote montre qu’une écrasante majorité de communistes soutiennent les positions de Fabien Roussel, notamment de cette nécessité de réaffirmer le PCF comme une force politique à part entière», appuie le porte-parole du parti, Léon Deffontaines.
«On réfléchit déjà au matériel»
Dès lors, la machine communiste se remet au service du futur candidat Roussel. «On sera en campagne présidentielle dès le lendemain du congrès évidemment. On réfléchit d’ailleurs déjà au matériel pour cet été, à la stratégie… On est en ordre de marche», assume l’ancienne tête de liste aux européennes de 2024. «Il n’y en a plus pour longtemps à attendre. Il faut que le congrès ait lieu mais ce vote est un signe de confirmation que les communistes veulent la candidature de Fabien Roussel», appuie Pierre Lacaze, chargé des élections au sein de la direction. Mais le vice-président de la région Occitanie prévient : «On veut d’abord continuer à travailler sur les idées, la marque communiste, et ensuite le temps de la campagne démarrera. Sans doute à l’automne.»
Après son score décevant de 2022 – à peine mieux que le 1,41 % de Marie-George Buffet de 2007, le pire de l’histoire du parti –, l’ancien député du Nord veut montrer qu’il planche sur le fond pour mieux occuper le créneau social que son camp estime «abandonné par toute la gauche». «Nous voulons une campagne utile contre la vie chère, pour la hausse des salaires, utile aux luttes et qui appelle à l’intervention des travailleurs dès maintenant. Nous voulons convaincre ceux qui pensent à tort que voter RN va améliorer leur vie», pose-t-il dans le Parisien. Comprendre : le PCF entend parler à la France rurale et périurbaine, pas seulement à la «Nouvelle France», théorisée par Jean-Luc Mélenchon, et tenter de récupérer un électorat en bonne partie acquis à l’extrême droite.
Ragaillardi
Pour se conforter dans cette idée, les communistes mettent en avant la réélection de Roussel dès le premier tour à Saint-Amand-les-Eaux (Nord) lors des dernières élections municipales. Un an après avoir perdu sa circonscription contre le Rassemblement national (31,2 % contre 50,3 % pour le candidat frontiste) et sur une terre où Marine Le Pen avait fait 52,79 % au second tour en 2022, le communiste a réussi son pari d’être largement reconduit en recueillant 51,06 % des voix. Le patron du PCF s’était astreint à une diète médiatique et avait tenu les journalistes à distance pour éviter de braquer les projecteurs en cas de nouvel échec sur ses terres.
Ragaillardi, celui qui a toujours écarté l’idée de participer à une primaire de la gauche entend présenter «une candidature de rassemblement» qui, jure-t-il, ira jusqu’au bout. Problème : avant de prétendre «rassembler» la gauche, Fabien Roussel devra d’abord s’occuper de son parti puisqu’un quart des militants se sont prononcés en faveur du texte porté, entre autres, par le patron des députés communistes et élu de Seine-Saint-Denis, Stéphane Peu, et de l’ancien chef du parti Pierre Laurent. Ceux-ci s’opposent à une candidature autonome et militent pour la désignation d’un porte-parole avec pour mandat d’engager des échanges avec les autres formations de gauche en vue d’une union pour 2027. Que ce soit côté Mélenchon ou en direction des socialistes.
«Pas une bonne idée»
Inquiets de la multiplication des candidatures de gauche alors que le RN est donné largement en tête des intentions de vote, les opposants à la ligne Roussel pourraient, eux, appeler à voter pour la personnalité la mieux placée pour accéder au second tour. «Je ne veux pas avoir honte de l’attitude du PCF contre l’extrême droite, on ne peut pas être fier des communistes dans la Résistance et aujourd’hui faire comme s’il n’y avait pas de danger», estime ainsi le maire de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), Patrice Leclerc, prêt «à prendre ses responsabilités» : «On ne s’interdit pas de faire campagne pour une candidature plus rassembleuse», annonce-t-il.
Après avoir rendu une visite «républicaine» à Jean-Luc Mélenchon lors de son meeting de Saint-Denis (il est député de la circonscription), Stéphane Peu a d’ailleurs mis un plomb dans l’aile de la candidature de Fabien Roussel en balançant mardi à l’Assemblée devant les journalistes : «Je ne pense pas que ce soit une bonne idée pour le PCF de présenter un candidat.» Du côté de la direction, on déplore une stratégie d’élus franciliens visant à s’assurer les bonnes grâces des insoumis dans des territoires où les députés communistes pourraient être menacés en cas de candidatures concurrentes de LFI. Mais, veut croire Deffontaines, «il y a une forme d’attachement au Parti communiste» qui, selon lui, ramènera les contestataires à la raison.
Reste que même si la direction du parti parvient à faire accepter la candidature du patron à l’ensemble des troupes, «la réalité de la situation politique va refaire surface», prévoit un parlementaire, défenseur d’aucun des deux textes. «L’envie d’union sera plus forte que tout et la question du maintien [de la candidature Roussel] se posera en fonction de la pression des électeurs de gauche à se retirer», ajoute-t-il, pointant «l’affaiblissement de l’organisation» communiste. Depuis son dernier congrès en 2023, le PCF a perdu 5 000 adhérents, passant de 42 000 militants à jour de cotisation à 37 000 en 2026.
https://www.liberation.fr/politique/con ... 7OUQ54MCI/
«Il faut savoir terminer une grève.» Quatre-vingt-dix ans plus tard, on pourrait appliquer la formule de Maurice Thorez à propos des arrêts de travail de 1936 à la cure de silence à laquelle s’est astreint son lointain successeur, Fabien Roussel. «J’ai l’appétit pour mener ces combats», a lancé mardi dans le Parisien le secrétaire national du PCF, prêt à rempiler à la présidentielle. Le texte porté par le nordiste et sa direction a été largement choisi par les adhérents communistes comme base commune de discussion en vue du 40e congrès du parti qui aura lieu à Lille du 3 au 5 juillet. Et même si la ligne Roussel a réuni 61,38 % des suffrages militants (contre 80 % lors du précédent congrès en 2023), ses premiers opposants arrivent loin derrière, avec 25 %.
Ce résultat acquis, le patron du PCF depuis 2018 devrait, sauf improbable retournement de situation, être reconduit à cette occasion dans ses fonctions et franchir une première étape vers une nouvelle participation à l’élection présidentielle après celle de 2022 (2,28 %). «Le Parti communiste a toute légitimité à présenter un candidat», a-t-il martelé dans cette même interview au Parisien, deux jours après la publication des résultats de ce vote interne.
S’il va falloir attendre début septembre pour que Roussel soit définitivement investi par les militants pour les représenter, le scrutin de ce week-end a d’ores et déjà acté la présentation d’un candidat par le parti. «Le vote montre qu’une écrasante majorité de communistes soutiennent les positions de Fabien Roussel, notamment de cette nécessité de réaffirmer le PCF comme une force politique à part entière», appuie le porte-parole du parti, Léon Deffontaines.
«On réfléchit déjà au matériel»
Dès lors, la machine communiste se remet au service du futur candidat Roussel. «On sera en campagne présidentielle dès le lendemain du congrès évidemment. On réfléchit d’ailleurs déjà au matériel pour cet été, à la stratégie… On est en ordre de marche», assume l’ancienne tête de liste aux européennes de 2024. «Il n’y en a plus pour longtemps à attendre. Il faut que le congrès ait lieu mais ce vote est un signe de confirmation que les communistes veulent la candidature de Fabien Roussel», appuie Pierre Lacaze, chargé des élections au sein de la direction. Mais le vice-président de la région Occitanie prévient : «On veut d’abord continuer à travailler sur les idées, la marque communiste, et ensuite le temps de la campagne démarrera. Sans doute à l’automne.»
Après son score décevant de 2022 – à peine mieux que le 1,41 % de Marie-George Buffet de 2007, le pire de l’histoire du parti –, l’ancien député du Nord veut montrer qu’il planche sur le fond pour mieux occuper le créneau social que son camp estime «abandonné par toute la gauche». «Nous voulons une campagne utile contre la vie chère, pour la hausse des salaires, utile aux luttes et qui appelle à l’intervention des travailleurs dès maintenant. Nous voulons convaincre ceux qui pensent à tort que voter RN va améliorer leur vie», pose-t-il dans le Parisien. Comprendre : le PCF entend parler à la France rurale et périurbaine, pas seulement à la «Nouvelle France», théorisée par Jean-Luc Mélenchon, et tenter de récupérer un électorat en bonne partie acquis à l’extrême droite.
Ragaillardi
Pour se conforter dans cette idée, les communistes mettent en avant la réélection de Roussel dès le premier tour à Saint-Amand-les-Eaux (Nord) lors des dernières élections municipales. Un an après avoir perdu sa circonscription contre le Rassemblement national (31,2 % contre 50,3 % pour le candidat frontiste) et sur une terre où Marine Le Pen avait fait 52,79 % au second tour en 2022, le communiste a réussi son pari d’être largement reconduit en recueillant 51,06 % des voix. Le patron du PCF s’était astreint à une diète médiatique et avait tenu les journalistes à distance pour éviter de braquer les projecteurs en cas de nouvel échec sur ses terres.
Ragaillardi, celui qui a toujours écarté l’idée de participer à une primaire de la gauche entend présenter «une candidature de rassemblement» qui, jure-t-il, ira jusqu’au bout. Problème : avant de prétendre «rassembler» la gauche, Fabien Roussel devra d’abord s’occuper de son parti puisqu’un quart des militants se sont prononcés en faveur du texte porté, entre autres, par le patron des députés communistes et élu de Seine-Saint-Denis, Stéphane Peu, et de l’ancien chef du parti Pierre Laurent. Ceux-ci s’opposent à une candidature autonome et militent pour la désignation d’un porte-parole avec pour mandat d’engager des échanges avec les autres formations de gauche en vue d’une union pour 2027. Que ce soit côté Mélenchon ou en direction des socialistes.
«Pas une bonne idée»
Inquiets de la multiplication des candidatures de gauche alors que le RN est donné largement en tête des intentions de vote, les opposants à la ligne Roussel pourraient, eux, appeler à voter pour la personnalité la mieux placée pour accéder au second tour. «Je ne veux pas avoir honte de l’attitude du PCF contre l’extrême droite, on ne peut pas être fier des communistes dans la Résistance et aujourd’hui faire comme s’il n’y avait pas de danger», estime ainsi le maire de Gennevilliers (Hauts-de-Seine), Patrice Leclerc, prêt «à prendre ses responsabilités» : «On ne s’interdit pas de faire campagne pour une candidature plus rassembleuse», annonce-t-il.
Après avoir rendu une visite «républicaine» à Jean-Luc Mélenchon lors de son meeting de Saint-Denis (il est député de la circonscription), Stéphane Peu a d’ailleurs mis un plomb dans l’aile de la candidature de Fabien Roussel en balançant mardi à l’Assemblée devant les journalistes : «Je ne pense pas que ce soit une bonne idée pour le PCF de présenter un candidat.» Du côté de la direction, on déplore une stratégie d’élus franciliens visant à s’assurer les bonnes grâces des insoumis dans des territoires où les députés communistes pourraient être menacés en cas de candidatures concurrentes de LFI. Mais, veut croire Deffontaines, «il y a une forme d’attachement au Parti communiste» qui, selon lui, ramènera les contestataires à la raison.
Reste que même si la direction du parti parvient à faire accepter la candidature du patron à l’ensemble des troupes, «la réalité de la situation politique va refaire surface», prévoit un parlementaire, défenseur d’aucun des deux textes. «L’envie d’union sera plus forte que tout et la question du maintien [de la candidature Roussel] se posera en fonction de la pression des électeurs de gauche à se retirer», ajoute-t-il, pointant «l’affaiblissement de l’organisation» communiste. Depuis son dernier congrès en 2023, le PCF a perdu 5 000 adhérents, passant de 42 000 militants à jour de cotisation à 37 000 en 2026.
https://www.liberation.fr/politique/con ... 7OUQ54MCI/