« The Bibi Files » : un film indispensable sur tout ce que la corruption détruit
Posté : 14 juin 2026 06:10
Le documentaire d’Alexis Bloom, que « Mediapart » diffuse à partir du 13 juin pendant trois mois, est, au-delà des enquêtes judiciaires qui visent Benyamin Nétanyahou, une leçon de choses essentielle sur les ravages de la corruption au sommet de l’État.
13 juin 2026 à 17h14
Le documentaire The Bibi Files, que Mediapart diffuse pendant trois mois à partir du 13 juin, est bien plus qu’une enquête journalistique d’exception sur le procès pour corruption qui vise Benyamin Nétanyahou, interrompu à intervalles réguliers depuis 2024 par les guerres que le chef du gouvernement israélien mène à Gaza et au Liban. Ce film est aussi un manuel d’édification sur ce que la corruption corrompt au-delà des faits et des personnes en cause, au-delà du débat pénal qui anime juges et avocat·es.
La confiance publique, l’indépendance de la justice ou de la presse, le langage et même l’idée que l’on peut se faire du réel apparaissent comme les victimes invisibles des dossiers Nétanyahou, surnommé « Bibi » en Israël. Le film de la réalisatrice sud-africaine Alexis Bloom, que Mediapart avait accueillie en avril à Paris pour son festival de cinéma La Grande Révolte, réussit la prouesse, jamais évidente, d’être à la fois au cœur des faits et au-dessus de la mêlée.
La matière première de The Bibi Files est extraordinaire : des milliers d’heures d’interrogatoire par la police de Benyamin Nétanyahou, de sa femme Sara, de leur fils Yaïr, de complices présumés et de témoins. La fuite de ces auditions filmées a justifié la censure juridique du documentaire en Israël, même si le film a massivement circulé sous le manteau.
Benyamin Nétanyahou est ciblé par diverses accusations dans les dossiers que la justice de son pays a sobrement baptisés « 1 000 », « 2 000 » et « 4 000 ». Dans un cas, il est soupçonné d’avoir perçu avec sa femme jusqu’à 200 000 euros de cadeaux et avantages de la part de riches hommes d’affaires, particulièrement généreux en bijoux, cigares de luxe et caisses de champagne – ce qui vaudra cette mordante réplique d’un enquêteur à Benyamin Nétanyahou en pleine audition : « Est-ce qu’il est plus facile de diriger le pays avec une coupe de champagne ? »
Dans un autre volet, le premier ministre israélien est suspecté d’avoir noué un pacte avec le propriétaire de l’influent quotidien payant Yediot Aharonot, au terme duquel Nétanyahou profitait d’une couverture médiatique favorable en échange d’un projet de loi qui aurait permis de limiter la diffusion d’un concurrent gratuit. Dans le dernier dossier, ce sont des appuis gouvernementaux au profit du propriétaire d’un groupe de télécommunications, là encore en contrepartie d’un traitement éditorial favorable sur son site Walla, qui sont en cause.
Le complotisme en col blanc
Dans les entretiens filmés face aux enquêteurs, Benyamin Nétanyahou se montre à l’image de tant et tant de responsables politiques quand ils sont confrontés à l’incendie judiciaire, comme Nicolas Sarkozy en France, Jair Bolsonaro au Brésil, Silvio Berlusconi en Italie ou Donald Trump aux États-Unis.
Le premier ministre israélien crie au complot. Il parle même d’un coup d’État, qui serait, à l’entendre, fomenté par des juges et des journalistes mus par des intérêts militants. Et aucun de ceux qui, dans son ancien entourage direct, ont osé témoigner contre lui durant l’enquête, n’échappe à la même sentence. Comme d’autres avant lui, Nétanyahou semble penser que l’État, c’est lui, et lui seul.
Certaines scènes de The Bibi Files sont saisissantes. Tandis que Nétanyahou est filmé en train de perdre ses nerfs devant les policiers, tapant furieusement du poing sur la table, son fils Yaïr va jusqu’à comparer les enquêteurs à la Stasi devant eux. C’est aussi le parallèle qu’avait choisi Nicolas Sarkozy en 2014 dans les colonnes du Figaro quand il était aux prises avec la justice dans l’affaire Bismuth – depuis sa condamnation en première instance dans l’affaire libyenne, l’ancien président français se compare désormais au capitaine Dreyfus...
Mais le documentaire d’Alexis Bloom ne se contente pas de mettre en scène l’incroyable matière première de son récit. Les entretiens policiers sont encadrés par les interventions de nombreux grands témoins (un ami d’enfance de Nétanyahou, d’anciens employés, son ex-directeur de la communication, des journalistes, un ancien maître espion du Shin Bet), qui donnent une épaisseur supplémentaire au film.
https://www.mediapart.fr/journal/cultur ... on-detruit
13 juin 2026 à 17h14
Le documentaire The Bibi Files, que Mediapart diffuse pendant trois mois à partir du 13 juin, est bien plus qu’une enquête journalistique d’exception sur le procès pour corruption qui vise Benyamin Nétanyahou, interrompu à intervalles réguliers depuis 2024 par les guerres que le chef du gouvernement israélien mène à Gaza et au Liban. Ce film est aussi un manuel d’édification sur ce que la corruption corrompt au-delà des faits et des personnes en cause, au-delà du débat pénal qui anime juges et avocat·es.
La confiance publique, l’indépendance de la justice ou de la presse, le langage et même l’idée que l’on peut se faire du réel apparaissent comme les victimes invisibles des dossiers Nétanyahou, surnommé « Bibi » en Israël. Le film de la réalisatrice sud-africaine Alexis Bloom, que Mediapart avait accueillie en avril à Paris pour son festival de cinéma La Grande Révolte, réussit la prouesse, jamais évidente, d’être à la fois au cœur des faits et au-dessus de la mêlée.
La matière première de The Bibi Files est extraordinaire : des milliers d’heures d’interrogatoire par la police de Benyamin Nétanyahou, de sa femme Sara, de leur fils Yaïr, de complices présumés et de témoins. La fuite de ces auditions filmées a justifié la censure juridique du documentaire en Israël, même si le film a massivement circulé sous le manteau.
Benyamin Nétanyahou est ciblé par diverses accusations dans les dossiers que la justice de son pays a sobrement baptisés « 1 000 », « 2 000 » et « 4 000 ». Dans un cas, il est soupçonné d’avoir perçu avec sa femme jusqu’à 200 000 euros de cadeaux et avantages de la part de riches hommes d’affaires, particulièrement généreux en bijoux, cigares de luxe et caisses de champagne – ce qui vaudra cette mordante réplique d’un enquêteur à Benyamin Nétanyahou en pleine audition : « Est-ce qu’il est plus facile de diriger le pays avec une coupe de champagne ? »
Dans un autre volet, le premier ministre israélien est suspecté d’avoir noué un pacte avec le propriétaire de l’influent quotidien payant Yediot Aharonot, au terme duquel Nétanyahou profitait d’une couverture médiatique favorable en échange d’un projet de loi qui aurait permis de limiter la diffusion d’un concurrent gratuit. Dans le dernier dossier, ce sont des appuis gouvernementaux au profit du propriétaire d’un groupe de télécommunications, là encore en contrepartie d’un traitement éditorial favorable sur son site Walla, qui sont en cause.
Le complotisme en col blanc
Dans les entretiens filmés face aux enquêteurs, Benyamin Nétanyahou se montre à l’image de tant et tant de responsables politiques quand ils sont confrontés à l’incendie judiciaire, comme Nicolas Sarkozy en France, Jair Bolsonaro au Brésil, Silvio Berlusconi en Italie ou Donald Trump aux États-Unis.
Le premier ministre israélien crie au complot. Il parle même d’un coup d’État, qui serait, à l’entendre, fomenté par des juges et des journalistes mus par des intérêts militants. Et aucun de ceux qui, dans son ancien entourage direct, ont osé témoigner contre lui durant l’enquête, n’échappe à la même sentence. Comme d’autres avant lui, Nétanyahou semble penser que l’État, c’est lui, et lui seul.
Certaines scènes de The Bibi Files sont saisissantes. Tandis que Nétanyahou est filmé en train de perdre ses nerfs devant les policiers, tapant furieusement du poing sur la table, son fils Yaïr va jusqu’à comparer les enquêteurs à la Stasi devant eux. C’est aussi le parallèle qu’avait choisi Nicolas Sarkozy en 2014 dans les colonnes du Figaro quand il était aux prises avec la justice dans l’affaire Bismuth – depuis sa condamnation en première instance dans l’affaire libyenne, l’ancien président français se compare désormais au capitaine Dreyfus...
Mais le documentaire d’Alexis Bloom ne se contente pas de mettre en scène l’incroyable matière première de son récit. Les entretiens policiers sont encadrés par les interventions de nombreux grands témoins (un ami d’enfance de Nétanyahou, d’anciens employés, son ex-directeur de la communication, des journalistes, un ancien maître espion du Shin Bet), qui donnent une épaisseur supplémentaire au film.
https://www.mediapart.fr/journal/cultur ... on-detruit