Plusieurs témoins d’un documentaire sur Patrick Bruel se plaignent d’avoir été diffusés sur CNews...
Posté : 14 juin 2026 16:53
...sans avoir été prévenus
Des journalistes qui avaient accepté de témoigner dans un reportage pour la télévision belge ont vu le document être diffusé, vendredi 12 juin, sur la chaîne du groupe Bolloré à laquelle ils ne souhaitaient pas parler. Le producteur se défend de toute malhonnêteté.
S’ils avaient su, ils ne seraient pas venus. Plusieurs témoins qui avaient accepté d’apparaître dans le reportage «Patrick Bruel : de séducteur à prédateur ?» affirment avoir été trompés par la chaîne CNews qui a diffusé le film, vendredi 12 juin. Les intervenants avaient en effet donné leur accord pour apparaître dans le film pensant que le documentaire serait uniquement diffusé sur la chaîne RTL Belgique et pas sur celle du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré. Après être apparus sur l’antenne, les témoins disent auprès de Télérama, à l’instar de la journaliste de Mediapart Marine Turchi, avoir «[dir]le sentiment d’avoir été abusés[/dir]».
Selon plusieurs témoins du film contactés par le magazine culturel, les intervenants auraient été approchés fin mai par deux femmes, dont les noms varient selon les interlocuteurs, se présentant comme des journalistes de la chaîne belge. «Je suis intervenue plusieurs fois dans le JT de cette chaîne, donc je ne me suis pas méfiée», regrette ainsi Marine Turchi, qui a révélé plusieurs témoignages de victimes présumées de Patrick Bruel, mis en examen pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel. Egalement concernée par l’entourloupe, la journaliste du magazine Elle, Cécile Olivier, ajoute : «Je me suis dit que ça permettrait peut-être de donner lieu à de nouveaux témoignages en Belgique. Si j’avais su que ce reportage serait diffusé sur CNews, j’aurais refusé de parler. Ces méthodes malhonnêtes me choquent.»
«Des pratiques contraires à toute éthique journalistique»
Comme elle, l’enquêtrice de Mediapart jure que si elle avait été informée de la diffusion sur CNews, elle n’aurait «pas accordé cet entretien à une chaîne au service de l’union des droites, qui relaie des fake news». Sa patronne, Carine Fouteau, présidente et directrice de la publication du média d’investigation, dénonce dans un billet publié au lendemain du passage du programme sur la chaîne «des pratiques contraires à toute éthique journalistique, dont [Mediapart] n’est pas le seul à avoir fait les frais».
Outre les deux journalistes, Jean-Michel Journet, fondateur du collectif anonyme @MusicTooFrance qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans l’industrie musicale, se dit également victime de la machination. «De nombreux témoins de ce reportage appartiennent à l’écosystème médiatique français et sont potentiellement touchés par l’impact de CNews sur nos vies et la société. J’ai une sœur musulmane, je suis homosexuel. Je refuse d’être utilisé par une chaîne qui fait de nos communautés des cibles au quotidien», s’insurge-t-il. Myriam Guedj-Benayoun, avocate de victimes présumées du chanteur, s’estime «trahie, surtout vis-à-vis des personnes que j’accompagne. Si une usurpation d’identité est démontrée, c’est extrêmement choquant, qui plus est dans le cadre d’une affaire qui traite de violences sexuelles.»
Le producteur s’inscrit en faux
La pratique est pourtant «courante», se dédouane Guillaume Genton, le patron de la société de production, dans un communiqué. Ce proche de Cyril Hanouna assure que le documentaire a bien été «commandé et produit pour une chaîne belge, RTL TVI, sur laquelle il a été diffusé pour la première fois le 9 juin dernier [et qu’] au moment du tournage, aucune diffusion sur une chaîne française n’était actée ni même envisagée». Et le producteur d’ajouter : «Comme pour tout programme audiovisuel, les droits de diffusion ont ensuite été cédés à l’international, notamment en Suisse et en France. C’est dans ce cadre, et dans ce cadre seul, que CNews a acquis les droits pour le territoire français».
L’ancien chroniqueur de Touche pas à mon poste affirme par ailleurs que «contrairement à ce qu’affirme Mediapart, à aucun moment nos équipes ne se sont présentées sous une fausse identité ou comme appartenant à un autre média dans le but de tromper qui que ce soit». Le producteur prétend également que les personnes interrogées dans le reportage ont signé une autorisation de diffusion dont l’en-tête présentait le nom de sa société. Selon lui, le document précisait expressément l’exploitation prévue sur RTL TVI mais aussi «sur toutes autres chaînes de télévision et plateformes de streaming».
Des poursuites judiciaires envisagées
Dans son communiqué, Guillaume Genton déplore «une haine viscérale à CNews pour des raisons personnelles et politiques [qui] ne modifie en rien la réalité contractuelle et factuelle de ce projet». Il conteste ainsi «avec la plus grande fermeté» les accusations de «tromperie, d’abus ou de manipulation» contre sa société. «Nous déplorons que leur idéologie les pousse à écrire des mensonges et travestir la réalité», ajoute-t-il.
«Ce n’est pas seulement une histoire de contrat, c’est une histoire de morale et d’éthique», répond Jean-Michel Journet à cette déclaration. Celle-ci ne semble pas non plus convaincre les deux journalistes de Mediapart, Carine Fouteau et Marine Turchi, qui annoncent se réserver «la possibilité de poursuivre devant la justice ces méthodes contraires à l’éthique professionnelle».
https://www.liberation.fr/economie/medi ... 5ZJOMBFQY/
Des journalistes qui avaient accepté de témoigner dans un reportage pour la télévision belge ont vu le document être diffusé, vendredi 12 juin, sur la chaîne du groupe Bolloré à laquelle ils ne souhaitaient pas parler. Le producteur se défend de toute malhonnêteté.
S’ils avaient su, ils ne seraient pas venus. Plusieurs témoins qui avaient accepté d’apparaître dans le reportage «Patrick Bruel : de séducteur à prédateur ?» affirment avoir été trompés par la chaîne CNews qui a diffusé le film, vendredi 12 juin. Les intervenants avaient en effet donné leur accord pour apparaître dans le film pensant que le documentaire serait uniquement diffusé sur la chaîne RTL Belgique et pas sur celle du milliardaire d’extrême droite Vincent Bolloré. Après être apparus sur l’antenne, les témoins disent auprès de Télérama, à l’instar de la journaliste de Mediapart Marine Turchi, avoir «[dir]le sentiment d’avoir été abusés[/dir]».
Selon plusieurs témoins du film contactés par le magazine culturel, les intervenants auraient été approchés fin mai par deux femmes, dont les noms varient selon les interlocuteurs, se présentant comme des journalistes de la chaîne belge. «Je suis intervenue plusieurs fois dans le JT de cette chaîne, donc je ne me suis pas méfiée», regrette ainsi Marine Turchi, qui a révélé plusieurs témoignages de victimes présumées de Patrick Bruel, mis en examen pour viol, tentative de viol, agression sexuelle et harcèlement sexuel. Egalement concernée par l’entourloupe, la journaliste du magazine Elle, Cécile Olivier, ajoute : «Je me suis dit que ça permettrait peut-être de donner lieu à de nouveaux témoignages en Belgique. Si j’avais su que ce reportage serait diffusé sur CNews, j’aurais refusé de parler. Ces méthodes malhonnêtes me choquent.»
«Des pratiques contraires à toute éthique journalistique»
Comme elle, l’enquêtrice de Mediapart jure que si elle avait été informée de la diffusion sur CNews, elle n’aurait «pas accordé cet entretien à une chaîne au service de l’union des droites, qui relaie des fake news». Sa patronne, Carine Fouteau, présidente et directrice de la publication du média d’investigation, dénonce dans un billet publié au lendemain du passage du programme sur la chaîne «des pratiques contraires à toute éthique journalistique, dont [Mediapart] n’est pas le seul à avoir fait les frais».
Outre les deux journalistes, Jean-Michel Journet, fondateur du collectif anonyme @MusicTooFrance qui lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans l’industrie musicale, se dit également victime de la machination. «De nombreux témoins de ce reportage appartiennent à l’écosystème médiatique français et sont potentiellement touchés par l’impact de CNews sur nos vies et la société. J’ai une sœur musulmane, je suis homosexuel. Je refuse d’être utilisé par une chaîne qui fait de nos communautés des cibles au quotidien», s’insurge-t-il. Myriam Guedj-Benayoun, avocate de victimes présumées du chanteur, s’estime «trahie, surtout vis-à-vis des personnes que j’accompagne. Si une usurpation d’identité est démontrée, c’est extrêmement choquant, qui plus est dans le cadre d’une affaire qui traite de violences sexuelles.»
Le producteur s’inscrit en faux
La pratique est pourtant «courante», se dédouane Guillaume Genton, le patron de la société de production, dans un communiqué. Ce proche de Cyril Hanouna assure que le documentaire a bien été «commandé et produit pour une chaîne belge, RTL TVI, sur laquelle il a été diffusé pour la première fois le 9 juin dernier [et qu’] au moment du tournage, aucune diffusion sur une chaîne française n’était actée ni même envisagée». Et le producteur d’ajouter : «Comme pour tout programme audiovisuel, les droits de diffusion ont ensuite été cédés à l’international, notamment en Suisse et en France. C’est dans ce cadre, et dans ce cadre seul, que CNews a acquis les droits pour le territoire français».
L’ancien chroniqueur de Touche pas à mon poste affirme par ailleurs que «contrairement à ce qu’affirme Mediapart, à aucun moment nos équipes ne se sont présentées sous une fausse identité ou comme appartenant à un autre média dans le but de tromper qui que ce soit». Le producteur prétend également que les personnes interrogées dans le reportage ont signé une autorisation de diffusion dont l’en-tête présentait le nom de sa société. Selon lui, le document précisait expressément l’exploitation prévue sur RTL TVI mais aussi «sur toutes autres chaînes de télévision et plateformes de streaming».
Des poursuites judiciaires envisagées
Dans son communiqué, Guillaume Genton déplore «une haine viscérale à CNews pour des raisons personnelles et politiques [qui] ne modifie en rien la réalité contractuelle et factuelle de ce projet». Il conteste ainsi «avec la plus grande fermeté» les accusations de «tromperie, d’abus ou de manipulation» contre sa société. «Nous déplorons que leur idéologie les pousse à écrire des mensonges et travestir la réalité», ajoute-t-il.
«Ce n’est pas seulement une histoire de contrat, c’est une histoire de morale et d’éthique», répond Jean-Michel Journet à cette déclaration. Celle-ci ne semble pas non plus convaincre les deux journalistes de Mediapart, Carine Fouteau et Marine Turchi, qui annoncent se réserver «la possibilité de poursuivre devant la justice ces méthodes contraires à l’éthique professionnelle».
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