Bolloré censure un livre gênant pour Bernard Arnault dans ses Relay un précédent inquiétant pour notre démocratie
Posté : 19 juin 2026 06:24
Étonnant non ?...
Un ouvrage très enquêté sur le patron de LVMH a été banni des points de vente contrôlés par le milliardaire breton. Un service rendu à l’empereur du luxe, qui voulait le moins de publicité possible autour de l’ouvrage de l’historienne Audrey Millet : c’est raté.
Publié le 18/06/2026 à 17h55
Touche pas à mon pote ! Entre milliardaires très droitiers, on se serre les coudes. Et Vincent Bolloré n’a rien à refuser à Bernard Arnault. Il se trouve que le patron de LVMH était fort marri de la sortie d’un livre-enquête très étayé consacré à sa petite personne : Bernard Arnault, son univers impitoyable, un pavé de 393 pages signé de l’historienne et spécialiste de la mode Audrey Millet paru la semaine dernière chez La Tribu. Et dont Libération a fait une large recension de ce récit balzacien qui retrace la destinée de l’empereur du luxe, enfant sage de la bourgeoisie roubaisienne devenu «oligarque parmi les oligarques».
Mais, comme l’a révélé Blast, le bouquin est aujourd’hui étrangement introuvable dans tous les points de vente de la chaîne Relay qui appartient à Vincent Bolloré. Selon nos informations, il est également aux abonnés absents au rayon librairie du Bon Marché, le grand magasin propriété de Bernard Arnault depuis le rachat de Boussac en 1984. Contactés, ni Lagardère Travel Retail, qui coiffe les magasins Relay, ni LVMH n’ont répondu à Libération. On ne tombe pas de notre chaise en apprenant la nouvelle, tant les deux magnats ont un rapport décomplexé à la censure des sujets qui leur déplaisent dans les journaux qu’ils contrôlent. Evidemment, donc, pas une ligne sur cette biographie non autorisée dans le Parisien ou les Echos, et dans les médias de la bollosphère. Mais la manière dont le livre d’Audrey Millet a été banni des étagères dans les magasins Relay interroge une fois de plus sur la manière dont les puissants peuvent disposer à leur guise de la liberté éditoriale et de notre droit à une information pluraliste.
La sortie du bouquin contrariait le boss de LVMH au point que son entourage avait mis en amont un gros coup de pression sur l’éditeur : le message avait été passé à Arnaud Nourry, ancien président d’Hachette et fondateur des Nouveaux Editeurs (la maison mère de la Tribu), que sa publication serait considérée comme un geste hostile. L’affaire était remontée jusqu’à la famille Pinault, actionnaire à 23 % des Nouveaux Editeurs via leur holding familial Artemis. Bernard Arnault avait fait savoir à son vieil ennemi François Pinault et son fils François-Henri, le patron de Kering, qu’il s’agissait là d’un «livre de commande» destiné à lui nuire. Arnault et Pinault s’étaient violemment affrontés pour le contrôle de Gucci au tournant des années 2000, le second ayant fini par l’emporter… en dépit des nombreux coups tordus «signés Bernard», comme le raconte l’ouvrage d’Audrey Millet.
Une commande annulée aussi sec
Mais le patron de LVMH est passé à la vitesse supérieure quand il a appris que le livre qui le rendait parano sortirait bien dans toutes les bonnes librairies. Le bonheur d’un milliardaire ? C’est simple comme un coup de fil : celui passé à un ami nommé Vincent Bolloré. Plutôt fâché, quand il a appris que les acheteurs de Relay avaient eu la mauvaise idée de précommander 400 exemplaires d’un ouvrage «sous X» sans savoir ce qu’il racontait, une pratique habituelle quand on sort un coup d’édition. Panique à bord en découvrant le sujet du mystérieux livre : sa majesté Bernard en personne. Et son éditeur : Arnaud Nourry, persona non grata chez Bollo depuis que Lagardère l’a viré de Hachette Livre. Ni une ni deux, le milliardaire breton a confirmé à ses équipes que ce brûlot gauchiste n’avait rien à faire chez Relay. Et la commande a été annulée aussi sec. Présents dans les gares et les aéroports, les plus de 450 magasins Relay (3 % du marché de la distribution) ont au contraire pris l’habitude de mettre en avant les bouquins de Jordan Bardella, Eric Zemmour ou Philippe de Villiers.
«C’est la première fois en trente ans que je constate un refus de vente aussi manifeste pour des motifs politico-économiques», souligne un éditeur influent interrogé par Libération. Pour lui, «c’est un précédent dangereux à un an de la présidentielle, surtout quand on voit l’agenda du monde de l’argent rejoindre celui de l’extrême droite». Hasard ou coïncidence, on a vu récemment une brochette de patrons du CAC 40 - dont Bernard Arnault (LVMH), Cyrille Bolloré (le fils de) et Patrick Pouyanné (TotalEnergies) - déjeuner chez Drouant avec Marine Le Pen.
https://www.liberation.fr/economie/vinc ... WYFYLJ64I/
Un ouvrage très enquêté sur le patron de LVMH a été banni des points de vente contrôlés par le milliardaire breton. Un service rendu à l’empereur du luxe, qui voulait le moins de publicité possible autour de l’ouvrage de l’historienne Audrey Millet : c’est raté.
Publié le 18/06/2026 à 17h55
Touche pas à mon pote ! Entre milliardaires très droitiers, on se serre les coudes. Et Vincent Bolloré n’a rien à refuser à Bernard Arnault. Il se trouve que le patron de LVMH était fort marri de la sortie d’un livre-enquête très étayé consacré à sa petite personne : Bernard Arnault, son univers impitoyable, un pavé de 393 pages signé de l’historienne et spécialiste de la mode Audrey Millet paru la semaine dernière chez La Tribu. Et dont Libération a fait une large recension de ce récit balzacien qui retrace la destinée de l’empereur du luxe, enfant sage de la bourgeoisie roubaisienne devenu «oligarque parmi les oligarques».
Mais, comme l’a révélé Blast, le bouquin est aujourd’hui étrangement introuvable dans tous les points de vente de la chaîne Relay qui appartient à Vincent Bolloré. Selon nos informations, il est également aux abonnés absents au rayon librairie du Bon Marché, le grand magasin propriété de Bernard Arnault depuis le rachat de Boussac en 1984. Contactés, ni Lagardère Travel Retail, qui coiffe les magasins Relay, ni LVMH n’ont répondu à Libération. On ne tombe pas de notre chaise en apprenant la nouvelle, tant les deux magnats ont un rapport décomplexé à la censure des sujets qui leur déplaisent dans les journaux qu’ils contrôlent. Evidemment, donc, pas une ligne sur cette biographie non autorisée dans le Parisien ou les Echos, et dans les médias de la bollosphère. Mais la manière dont le livre d’Audrey Millet a été banni des étagères dans les magasins Relay interroge une fois de plus sur la manière dont les puissants peuvent disposer à leur guise de la liberté éditoriale et de notre droit à une information pluraliste.
La sortie du bouquin contrariait le boss de LVMH au point que son entourage avait mis en amont un gros coup de pression sur l’éditeur : le message avait été passé à Arnaud Nourry, ancien président d’Hachette et fondateur des Nouveaux Editeurs (la maison mère de la Tribu), que sa publication serait considérée comme un geste hostile. L’affaire était remontée jusqu’à la famille Pinault, actionnaire à 23 % des Nouveaux Editeurs via leur holding familial Artemis. Bernard Arnault avait fait savoir à son vieil ennemi François Pinault et son fils François-Henri, le patron de Kering, qu’il s’agissait là d’un «livre de commande» destiné à lui nuire. Arnault et Pinault s’étaient violemment affrontés pour le contrôle de Gucci au tournant des années 2000, le second ayant fini par l’emporter… en dépit des nombreux coups tordus «signés Bernard», comme le raconte l’ouvrage d’Audrey Millet.
Une commande annulée aussi sec
Mais le patron de LVMH est passé à la vitesse supérieure quand il a appris que le livre qui le rendait parano sortirait bien dans toutes les bonnes librairies. Le bonheur d’un milliardaire ? C’est simple comme un coup de fil : celui passé à un ami nommé Vincent Bolloré. Plutôt fâché, quand il a appris que les acheteurs de Relay avaient eu la mauvaise idée de précommander 400 exemplaires d’un ouvrage «sous X» sans savoir ce qu’il racontait, une pratique habituelle quand on sort un coup d’édition. Panique à bord en découvrant le sujet du mystérieux livre : sa majesté Bernard en personne. Et son éditeur : Arnaud Nourry, persona non grata chez Bollo depuis que Lagardère l’a viré de Hachette Livre. Ni une ni deux, le milliardaire breton a confirmé à ses équipes que ce brûlot gauchiste n’avait rien à faire chez Relay. Et la commande a été annulée aussi sec. Présents dans les gares et les aéroports, les plus de 450 magasins Relay (3 % du marché de la distribution) ont au contraire pris l’habitude de mettre en avant les bouquins de Jordan Bardella, Eric Zemmour ou Philippe de Villiers.
«C’est la première fois en trente ans que je constate un refus de vente aussi manifeste pour des motifs politico-économiques», souligne un éditeur influent interrogé par Libération. Pour lui, «c’est un précédent dangereux à un an de la présidentielle, surtout quand on voit l’agenda du monde de l’argent rejoindre celui de l’extrême droite». Hasard ou coïncidence, on a vu récemment une brochette de patrons du CAC 40 - dont Bernard Arnault (LVMH), Cyrille Bolloré (le fils de) et Patrick Pouyanné (TotalEnergies) - déjeuner chez Drouant avec Marine Le Pen.
https://www.liberation.fr/economie/vinc ... WYFYLJ64I/