« Plus de chances de se faire agresser par Mamadou » : le député RN Julien Odoul visé par une plainte
Posté : 02 juillet 2026 10:27
Lui aussi doit attendre le 7 juillet avec impatience.
Il a tenu ces propos devant 150 personnes à Pau
01/07/2026
Dans un enregistrement audio révélé par StreetPress, le porte-parole RN Julien Odoul assure qu’une femme aurait « plus de chances de se faire agresser par Mamadou que par Kévin ou Mattéo ». SOS Racisme a porté plainte pour injure raciale publique.
« Une femme a malheureusement plus de chances de se faire agresser par Mamadou que par Kévin ou Mattéo, c’est la réalité. » La sortie de Julien Odoul, porte-parole du Rassemblement national, est accueillie par des applaudissements et des rires, ce 12 mars dernier dans une salle de Pau (64). Près de 150 personnes sont venues voir le député de l’Yonne (89), présent pour soutenir Margaux Taillefer, la candidate aux élections municipales locales face à l’édile François Bayrou. Las, la lepéniste dont Mediapart a révélé plusieurs publications racistes, LGBTphobes et grossophobes sur les réseaux sociaux, n’a pas remporté la mairie – elle a fini troisième avec 16% des suffrages. Surtout, StreetPress s’est procuré un enregistrement de cette réunion publique et a décidé de publier l’intervention de Julien Odoul.
Selon nos informations, l’association SOS Racisme s’est saisie de cette intervention. L’organisation a décidé de déposer plainte, auprès du parquet de Pau, pour « injure raciale publique et provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale », selon le document que nous nous sommes procuré.
Pour étayer cette qualification, l’association s’appuie notamment sur une décision récente visant Thaïs d’Escufon, ancienne porte-parole de Génération identitaire – mouvement dissous en 2021 – et désormais influenceuse « tradwife ». Celle-ci a été condamnée jeudi 18 juin, à 1.000 euros d’amende pour injure publique à caractère raciste après avoir déclaré sur BFM TV, en décembre 2023, que les « immigrés noirs et arabes » constituaient le « principal danger pour les femmes ».
L’association antiraciste estime que « l’emploi du terme “Mamadou” permet d’identifier le groupe visé : des personnes perçues comme étrangères, non-françaises ou non-européennes ». Et assure qu’il est « utilisé de manière générique comme un prénom servant à désigner une catégorie de population » pour renvoyer « à des personnes noires, étrangères ou originaires d’Afrique subsaharienne ». SOS Racisme rappelle également que l’usage du prénom « Mamadou » comme catégorie générique a déjà été reconnu par la justice prud’homale comme participant d’un mécanisme discriminatoire. Selon elle, Julien Odoul recourt à un procédé de généralisation et de stigmatisation fondé sur l’origine supposée et la couleur de peau lorsqu’il tient ces propos. Contacté sur cette plainte, le député et porte-parole du Rassemblement national n’a pas répondu à nos sollicitations.
Un député habitué des polémiques
Julien Odoul a construit sa carrière politique sur une longue série de provocations. En octobre 2019, alors conseiller régional de Bourgogne-Franche-Comté, il interpelle publiquement une mère accompagnatrice qui porte le voile lors d’une sortie scolaire au conseil régional et exige qu’elle le retire. La scène est largement médiatisée. En juin 2021, alors tête de liste du parti aux élections régionales en Bourgogne-Franche-Comté, il est épinglé pour une phrase qui se moque du suicide des agriculteurs. « Est-ce que la corde est française ? », a-t-il lancé sous les rires de plusieurs personnes, selon un enregistrement publié par Libération. En mai 2024, le député RN sort une nouvelle saillie sur CNews en intimant à la journaliste Nassira El Moaddem de « se casser » de la France, après un message publié sur X (anciennement Twitter). Dans les jours qui suivent, celle-ci est la cible d’une importante campagne de harcèlement en ligne sexiste et raciste.
L’élu a également déjà eu affaire à la justice. En mars 2025, il a été condamné à huit mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité, sans exécution provisoire, dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaires du Front national au Parlement européen. Il a fait appel.
Un député qui s’arrange avec la réalité
Dans l’enregistrement que s’est procuré StreetPress, le porte-parole du Rassemblement national affirme : « C’est un fait, c’est des statistiques, c’est le réel, il y a une surreprésentation des étrangers dans les agressions sexuelles et sexistes. » Avant d’accuser, dans son intervention, les autres partis politiques de « modifier le réel parce que le réel ne convient pas à leur idéologie du vivre-ensemble ». Une certitude affichée qui repose pourtant sur des chiffres difficiles à vérifier. Face à une salle conquise, Julien Odoul avance notamment que « 63 % des agressions sexuelles dans les transports en Île-de-France sont dues à des migrants ». Avant de le contacter au sujet de la plainte, StreetPress lui a demandé l’origine de cette statistique, le député de l’Yonne n’a pas souhaité répondre à nos questions, se contentant d’un bref : « Merci et au revoir. » Cette affirmation a pourtant déjà été reprise par le RN.
En mars 2025, le député Sébastien Chenu s’est appuyé sur ce même chiffre dans une question adressée au gouvernement. La réponse du ministère, publiée le 20 mai 2025, est sans ambiguïté : « Le ministère des Transports ne dispose pas d’information sur la nationalité des supposés agresseurs. »
Faute de données officielles sur la nationalité ou le statut migratoire des auteurs présumés, il est donc impossible d’affirmer que 63% des agressions sexuelles dans les transports franciliens seraient commises par des migrants. Une donnée régulièrement relayée dans les sphères de l’extrême droite, mais qui ne repose sur aucune statistique disponible.
L’élu lepéniste poursuit ensuite en affirmant que « 50% des viols à Paris sont le fait des étrangers ». Cette fois, StreetPress a retrouvé la source invoquée. Il s’agit d’une étude publiée en janvier 2016, intitulée : Les viols commis à Paris en 2013 et 2014 et enregistrés par les services de police. L’extrême droite la mobilise régulièrement pour étayer son discours sur l’immigration. Dès novembre 2019, Marine Le Pen a pu citer ce chiffre sur le plateau de LCI. Mais ses auteurs ont eux-mêmes mis en garde contre les conclusions qui en sont tirées, le rapport précisant que l’échantillon étudié « ne prétend pas être représentatif de l’ensemble des victimes de viol ». L’étude a ainsi porté sur 688 faits enregistrés à Paris sur deux ans. Parmi eux, seuls les dossiers ayant donné lieu à l’identification d’un mis en cause ont été exploités, réduisant l’échantillon à 390 affaires. Un périmètre particulièrement restreint, qui exclut notamment les victimes n’ayant pas porté plainte ainsi que les affaires où l’identité de l’agresseur reste inconnue. Aurélien Langlade, coauteur de l’étude, a lui-même souligné les limites de son travail. Si Julien Odoul n’entend pas les personnes à l’origine de ces travaux, peut-être serait-il davantage à l’écoute d’une décision de justice ?
https://www.streetpress.com/1782899863- ... sme-infox/
Il a tenu ces propos devant 150 personnes à Pau
01/07/2026
Dans un enregistrement audio révélé par StreetPress, le porte-parole RN Julien Odoul assure qu’une femme aurait « plus de chances de se faire agresser par Mamadou que par Kévin ou Mattéo ». SOS Racisme a porté plainte pour injure raciale publique.
« Une femme a malheureusement plus de chances de se faire agresser par Mamadou que par Kévin ou Mattéo, c’est la réalité. » La sortie de Julien Odoul, porte-parole du Rassemblement national, est accueillie par des applaudissements et des rires, ce 12 mars dernier dans une salle de Pau (64). Près de 150 personnes sont venues voir le député de l’Yonne (89), présent pour soutenir Margaux Taillefer, la candidate aux élections municipales locales face à l’édile François Bayrou. Las, la lepéniste dont Mediapart a révélé plusieurs publications racistes, LGBTphobes et grossophobes sur les réseaux sociaux, n’a pas remporté la mairie – elle a fini troisième avec 16% des suffrages. Surtout, StreetPress s’est procuré un enregistrement de cette réunion publique et a décidé de publier l’intervention de Julien Odoul.
Selon nos informations, l’association SOS Racisme s’est saisie de cette intervention. L’organisation a décidé de déposer plainte, auprès du parquet de Pau, pour « injure raciale publique et provocation publique à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale », selon le document que nous nous sommes procuré.
Pour étayer cette qualification, l’association s’appuie notamment sur une décision récente visant Thaïs d’Escufon, ancienne porte-parole de Génération identitaire – mouvement dissous en 2021 – et désormais influenceuse « tradwife ». Celle-ci a été condamnée jeudi 18 juin, à 1.000 euros d’amende pour injure publique à caractère raciste après avoir déclaré sur BFM TV, en décembre 2023, que les « immigrés noirs et arabes » constituaient le « principal danger pour les femmes ».
L’association antiraciste estime que « l’emploi du terme “Mamadou” permet d’identifier le groupe visé : des personnes perçues comme étrangères, non-françaises ou non-européennes ». Et assure qu’il est « utilisé de manière générique comme un prénom servant à désigner une catégorie de population » pour renvoyer « à des personnes noires, étrangères ou originaires d’Afrique subsaharienne ». SOS Racisme rappelle également que l’usage du prénom « Mamadou » comme catégorie générique a déjà été reconnu par la justice prud’homale comme participant d’un mécanisme discriminatoire. Selon elle, Julien Odoul recourt à un procédé de généralisation et de stigmatisation fondé sur l’origine supposée et la couleur de peau lorsqu’il tient ces propos. Contacté sur cette plainte, le député et porte-parole du Rassemblement national n’a pas répondu à nos sollicitations.
Un député habitué des polémiques
Julien Odoul a construit sa carrière politique sur une longue série de provocations. En octobre 2019, alors conseiller régional de Bourgogne-Franche-Comté, il interpelle publiquement une mère accompagnatrice qui porte le voile lors d’une sortie scolaire au conseil régional et exige qu’elle le retire. La scène est largement médiatisée. En juin 2021, alors tête de liste du parti aux élections régionales en Bourgogne-Franche-Comté, il est épinglé pour une phrase qui se moque du suicide des agriculteurs. « Est-ce que la corde est française ? », a-t-il lancé sous les rires de plusieurs personnes, selon un enregistrement publié par Libération. En mai 2024, le député RN sort une nouvelle saillie sur CNews en intimant à la journaliste Nassira El Moaddem de « se casser » de la France, après un message publié sur X (anciennement Twitter). Dans les jours qui suivent, celle-ci est la cible d’une importante campagne de harcèlement en ligne sexiste et raciste.
L’élu a également déjà eu affaire à la justice. En mars 2025, il a été condamné à huit mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité, sans exécution provisoire, dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaires du Front national au Parlement européen. Il a fait appel.
Un député qui s’arrange avec la réalité
Dans l’enregistrement que s’est procuré StreetPress, le porte-parole du Rassemblement national affirme : « C’est un fait, c’est des statistiques, c’est le réel, il y a une surreprésentation des étrangers dans les agressions sexuelles et sexistes. » Avant d’accuser, dans son intervention, les autres partis politiques de « modifier le réel parce que le réel ne convient pas à leur idéologie du vivre-ensemble ». Une certitude affichée qui repose pourtant sur des chiffres difficiles à vérifier. Face à une salle conquise, Julien Odoul avance notamment que « 63 % des agressions sexuelles dans les transports en Île-de-France sont dues à des migrants ». Avant de le contacter au sujet de la plainte, StreetPress lui a demandé l’origine de cette statistique, le député de l’Yonne n’a pas souhaité répondre à nos questions, se contentant d’un bref : « Merci et au revoir. » Cette affirmation a pourtant déjà été reprise par le RN.
En mars 2025, le député Sébastien Chenu s’est appuyé sur ce même chiffre dans une question adressée au gouvernement. La réponse du ministère, publiée le 20 mai 2025, est sans ambiguïté : « Le ministère des Transports ne dispose pas d’information sur la nationalité des supposés agresseurs. »
Faute de données officielles sur la nationalité ou le statut migratoire des auteurs présumés, il est donc impossible d’affirmer que 63% des agressions sexuelles dans les transports franciliens seraient commises par des migrants. Une donnée régulièrement relayée dans les sphères de l’extrême droite, mais qui ne repose sur aucune statistique disponible.
L’élu lepéniste poursuit ensuite en affirmant que « 50% des viols à Paris sont le fait des étrangers ». Cette fois, StreetPress a retrouvé la source invoquée. Il s’agit d’une étude publiée en janvier 2016, intitulée : Les viols commis à Paris en 2013 et 2014 et enregistrés par les services de police. L’extrême droite la mobilise régulièrement pour étayer son discours sur l’immigration. Dès novembre 2019, Marine Le Pen a pu citer ce chiffre sur le plateau de LCI. Mais ses auteurs ont eux-mêmes mis en garde contre les conclusions qui en sont tirées, le rapport précisant que l’échantillon étudié « ne prétend pas être représentatif de l’ensemble des victimes de viol ». L’étude a ainsi porté sur 688 faits enregistrés à Paris sur deux ans. Parmi eux, seuls les dossiers ayant donné lieu à l’identification d’un mis en cause ont été exploités, réduisant l’échantillon à 390 affaires. Un périmètre particulièrement restreint, qui exclut notamment les victimes n’ayant pas porté plainte ainsi que les affaires où l’identité de l’agresseur reste inconnue. Aurélien Langlade, coauteur de l’étude, a lui-même souligné les limites de son travail. Si Julien Odoul n’entend pas les personnes à l’origine de ces travaux, peut-être serait-il davantage à l’écoute d’une décision de justice ?
https://www.streetpress.com/1782899863- ... sme-infox/