En Belgique, des villes françaises dirigées par le RN boycottées par plusieurs communes
Posté : 09 août 2026 10:21
Blague Belge.
Depuis les élections municipales de mars, plusieurs villes belges remettent en cause les liens avec leurs jumelles passées aux mains de l’extrême droite, au nom du «cordon sanitaire».
Perchée sur les hauteurs de Namur, l’allée de Menton traverse un paisible quartier résidentiel. Au coin de la rue, un panneau bleu affiche le nom de l’artère. Les vis sont rouillées et quelques graffitis barrent la plaque, mais les lettres sont intactes. Une inscription discrète, qui symbolise le jumelage noué en 1956 entre la capitale wallonne et la cité azuréenne. Sept décennies d’histoire commune, aujourd’hui mises entre parenthèses. En cause : les dernières élections municipales et la victoire d’Alexandra Masson, candidate du Rassemblement national.
A l’époque, des discussions sont rapidement engagées à Namur. Fin avril, une décision est votée à l’unanimité : les relations avec Menton sont suspendues «avec effet immédiat». Attablée à son bureau de l’hôtel de ville, Charlotte Bazelaire, bourgmestre faisant fonction (maire par intérim, ndlr), assume ce choix. «On ne juge pas les personnes ni les votes, souligne-t-elle en retirant ses lunettes. Mais nous décidons de respecter nos valeurs, pour lesquelles nous avons aussi été élus.» Pour l’édile, cette rupture s’inscrit dans l’engagement de Namur comme «ville antifasciste». Mais aussi dans une pratique politique profondément ancrée en Belgique : le cordon sanitaire.
Instauré en 1991 après la percée inédite du parti Vlaams Blok, il prévoit que les partis démocratiques ne gouvernent pas avec l’extrême droite. Une tradition solidement installée, mais qui ne s’applique généralement pas aux jumelages. «C’est une interprétation extensive du cordon sanitaire», pointe Pascal Delwit, professeur de science politique à l’Université libre de Bruxelles. Avec, derrière cette lecture, «l’idée qu’on ne discute pas, qu’on ne collabore pas, même sous la forme d’un jumelage».
«On ne souhaite pas dialoguer avec le RN»
Ces derniers mois, Namur n’est pas la seule à remettre en cause ses relations. A Antoing, à quelques kilomètres de la frontière française, des fêtes de jumelage ont eu lieu fin mai. Si des délégations étrangères étaient présentes, aucune invitation n’a été envoyée à Gabriel Melaïmi, le maire de Crépy-en-Valois, membre de l’UDR, le micro-parti d’Eric Ciotti. Près de Liège, à Huy, ce sont les représentants de Grenay qui ne sont plus les bienvenus, depuis l’élection de Daisy Duveau (RN).
A nouveau, le cordon sanitaire est cité. «C’est une question de principe : on ne souhaite pas dialoguer avec le RN», tranche le bourgmestre de Huy, Christophe Collignon, écharpe noir-jaune-rouge sur l’épaule. Si de plus en plus de communes sont concernées, la position n’est pas totalement nouvelle. En 2014, le même raisonnement avait notamment conduit Arlon à couper les ponts avec Hayange.
De l’autre côté de la frontière, les décisions passent mal. Dans un courrier adressé en juin à Charlotte Bazelaire et que Libé a pu consulter, la maire de Menton dit «regretter» la suspension d’une «relation historique». Et peu importe si la rupture est avant tout symbolique – les échanges s’étant raréfiés au fil des années. Les villes jumelées «ont vocation à bâtir des ponts», insiste Alexandra Masson.
Les cheveux relevés en chignon, Charlotte Bazelaire jette un regard par la fenêtre, avant de le répéter : «La rupture concerne uniquement les élus.» A Huy aussi, les habitants de Grenay restent les bienvenus. Noué en 2024, ce jumelage comprend notamment un volet mémoriel, avec une cérémonie annuelle en hommage aux mineurs déportés au fort de Huy en 1941. Cet été, pour la première fois, seuls les résidents et les associations seront conviés.
https://www.liberation.fr/international ... AUW4TGXKQ/
Depuis les élections municipales de mars, plusieurs villes belges remettent en cause les liens avec leurs jumelles passées aux mains de l’extrême droite, au nom du «cordon sanitaire».
Perchée sur les hauteurs de Namur, l’allée de Menton traverse un paisible quartier résidentiel. Au coin de la rue, un panneau bleu affiche le nom de l’artère. Les vis sont rouillées et quelques graffitis barrent la plaque, mais les lettres sont intactes. Une inscription discrète, qui symbolise le jumelage noué en 1956 entre la capitale wallonne et la cité azuréenne. Sept décennies d’histoire commune, aujourd’hui mises entre parenthèses. En cause : les dernières élections municipales et la victoire d’Alexandra Masson, candidate du Rassemblement national.
A l’époque, des discussions sont rapidement engagées à Namur. Fin avril, une décision est votée à l’unanimité : les relations avec Menton sont suspendues «avec effet immédiat». Attablée à son bureau de l’hôtel de ville, Charlotte Bazelaire, bourgmestre faisant fonction (maire par intérim, ndlr), assume ce choix. «On ne juge pas les personnes ni les votes, souligne-t-elle en retirant ses lunettes. Mais nous décidons de respecter nos valeurs, pour lesquelles nous avons aussi été élus.» Pour l’édile, cette rupture s’inscrit dans l’engagement de Namur comme «ville antifasciste». Mais aussi dans une pratique politique profondément ancrée en Belgique : le cordon sanitaire.
Instauré en 1991 après la percée inédite du parti Vlaams Blok, il prévoit que les partis démocratiques ne gouvernent pas avec l’extrême droite. Une tradition solidement installée, mais qui ne s’applique généralement pas aux jumelages. «C’est une interprétation extensive du cordon sanitaire», pointe Pascal Delwit, professeur de science politique à l’Université libre de Bruxelles. Avec, derrière cette lecture, «l’idée qu’on ne discute pas, qu’on ne collabore pas, même sous la forme d’un jumelage».
«On ne souhaite pas dialoguer avec le RN»
Ces derniers mois, Namur n’est pas la seule à remettre en cause ses relations. A Antoing, à quelques kilomètres de la frontière française, des fêtes de jumelage ont eu lieu fin mai. Si des délégations étrangères étaient présentes, aucune invitation n’a été envoyée à Gabriel Melaïmi, le maire de Crépy-en-Valois, membre de l’UDR, le micro-parti d’Eric Ciotti. Près de Liège, à Huy, ce sont les représentants de Grenay qui ne sont plus les bienvenus, depuis l’élection de Daisy Duveau (RN).
A nouveau, le cordon sanitaire est cité. «C’est une question de principe : on ne souhaite pas dialoguer avec le RN», tranche le bourgmestre de Huy, Christophe Collignon, écharpe noir-jaune-rouge sur l’épaule. Si de plus en plus de communes sont concernées, la position n’est pas totalement nouvelle. En 2014, le même raisonnement avait notamment conduit Arlon à couper les ponts avec Hayange.
De l’autre côté de la frontière, les décisions passent mal. Dans un courrier adressé en juin à Charlotte Bazelaire et que Libé a pu consulter, la maire de Menton dit «regretter» la suspension d’une «relation historique». Et peu importe si la rupture est avant tout symbolique – les échanges s’étant raréfiés au fil des années. Les villes jumelées «ont vocation à bâtir des ponts», insiste Alexandra Masson.
Les cheveux relevés en chignon, Charlotte Bazelaire jette un regard par la fenêtre, avant de le répéter : «La rupture concerne uniquement les élus.» A Huy aussi, les habitants de Grenay restent les bienvenus. Noué en 2024, ce jumelage comprend notamment un volet mémoriel, avec une cérémonie annuelle en hommage aux mineurs déportés au fort de Huy en 1941. Cet été, pour la première fois, seuls les résidents et les associations seront conviés.
https://www.liberation.fr/international ... AUW4TGXKQ/