Le programme social du RN : la solidarité pour les uns, l’exclusion pour les autres
Posté : 19 août 2026 06:03
Le programme social du Rassemblement national (RN) se présente volontiers à l’image des partis de gauche comme un projet de protection.
Le 18/08/2026
Protection du pouvoir d’achat, des familles, des retraités, des services publics et, plus largement, de ce que ce parti appelle le « modèle social français ». À première vue, certaines propositions peuvent répondre à des préoccupations bien réelles : prix de l’énergie, difficulté à se loger, épuisement des professionnels de santé, faibles rémunérations, inquiétudes liées aux retraites. Qu’en est-il aujourd’hui en 2026 ?
Cette promesse de protection repose encore et toujours sur une frontière politique très nette. Elle ne vise pas toutes les personnes vivant en France selon leurs besoins, leurs contributions ou leur situation. Elle distingue celles qui pourraient bénéficier pleinement de la solidarité nationale de celles dont les droits seraient réduits en raison de leur nationalité ou de leur parcours migratoire.
C’est là que se situe le cœur du problème. Le projet social du RN ne consiste pas seulement à augmenter certaines prestations ou à modifier leur financement. Il entend redéfinir les bénéficiaires légitimes de la solidarité. Il ne pose donc pas uniquement une question budgétaire. Il engage une certaine conception de l’égalité, du droit et de la fraternité.
Une politique sociale organisée autour de la discrimination
Le programme présenté par le RN lors des élections législatives de juin et juillet 2024 annonçait explicitement la mise en place de la « priorité nationale ». « si nécessaire par référendum constitutionnel ». Il prévoyait notamment de réserver les allocations familiales aux Français et de conditionner l’accès des étrangers aux prestations sociales non contributives, comme le revenu de solidarité active, à cinq années de travail en France. Cette orientation apparaît également dans un document officiel plus récemment diffusé par le parti, qui propose de « réduire la dépense sociale par la mise en place de la priorité nationale ».
Le RN écrit lui-même que la diminution de certaines dépenses sociales passerait par une restriction des droits des étrangers. La nationalité devient ainsi un instrument de sélection des bénéficiaires. Or une discrimination désigne précisément une différence de traitement fondée sur un critère déterminé, lorsqu’elle ne peut être objectivement et juridiquement justifiée. Dans le projet du RN, des familles placées dans des situations économiques comparables ne disposeraient plus des mêmes droits selon que l’un des parents est ou non français. Deux travailleurs vivant sur le même territoire, payant des impôts et des cotisations, pourraient être traités différemment en fonction de leur nationalité et de la durée de leur activité professionnelle.
Le programme ne se contente donc pas de donner une préférence symbolique aux nationaux. Il prévoit d’inscrire cette préférence dans l’accès aux ressources permettant de se nourrir, d’élever ses enfants, de se loger ou de faire face à la perte d’autonomie.
La solidarité transformée en récompense identitaire
La protection sociale française repose sur plusieurs logiques. Certaines prestations sont contributives : elles sont liées aux cotisations versées au titre du travail. D’autres relèvent de la solidarité et répondent à une situation de vulnérabilité, de pauvreté, de handicap, de vieillesse ou de dépendance. Le programme du RN introduit dans cette architecture un principe différent : l’appartenance nationale.
Cette évolution transforme la solidarité en récompense accordée prioritairement à certains membres de notre communauté de vie. Le droit n’est plus seulement déterminé par la situation de la personne, ses contributions ou ses besoins, mais par son statut national.
Le Conseil constitutionnel a déjà examiné une proposition qui souhaitait imposer aux étrangers non européens en situation régulière cinq années de résidence ou trente mois d’activité professionnelle pour accéder à certaines prestations sociales. Dans sa décision du 11 avril 2024, il a estimé que de telles conditions portaient une « atteinte disproportionnée » aux exigences constitutionnelles protégeant la santé, la sécurité matérielle, le repos et les moyens convenables d’existence. La proposition a donc été déclarée contraire à la Constitution.
Le Conseil constitutionnel n’interdit pas toute condition de résidence ou d’activité. Il rappelle cependant que ces conditions ne peuvent être telles qu’elles privent les personnes vivant régulièrement en France des garanties issues du Préambule de la Constitution de 1946. Autrement dit, une politique sociale ne peut vider le principe de solidarité de sa substance sous prétexte de contrôler l’immigration.
Le fait que le RN envisage une révision constitutionnelle ne règle d’ailleurs pas toutes les difficultés. La France demeure engagée par le droit de l’Union européenne et par les conventions internationales qu’elle a ratifiées. Une modification de la Constitution ne ferait pas disparaître mécaniquement ces obligations.
De la discrimination nationale aux effets racialisants
Peut-on alors parler de racisme ? Le terme doit être utilisé avec précision. La nationalité et l’origine ne sont pas exactement la même chose. Tous les étrangers ne sont pas membres d’une minorité visible, tandis que de nombreuses personnes exposées au racisme sont françaises.
Mais, dans la réalité sociale, les discriminations fondées sur la nationalité, l’origine, le patronyme, la couleur de peau ou la religion supposée peuvent se cumuler. Dans une contribution spécifique à la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) le Défenseur des droits indique que 25 % des réclamations reçues en 2023 en matière de discrimination étaient liées à l’origine ou à un critère associé, notamment la nationalité, le patronyme ou les convictions religieuses. L’institution souligne que ces discriminations affectent durablement l’accès à l’emploi, au logement, à la santé et aux services publics. (defenseurdesdroits.fr)
Son rapport publié le 26 février 2026 sur les jeunes et les discriminations fondées sur l’origine apporte un éclairage supplémentaire. Un quart des jeunes interrogés déclarent avoir subi, au cours des cinq années précédentes, une discrimination liée à la couleur de peau, à l’origine ou à la nationalité. Le rapport décrit des effets cumulatifs touchant l’école, l’emploi, le logement, la santé, les loisirs et les relations avec les forces de l’ordre.
https://dubasque.org/le-programme-socia ... es-autres/
Le 18/08/2026
Protection du pouvoir d’achat, des familles, des retraités, des services publics et, plus largement, de ce que ce parti appelle le « modèle social français ». À première vue, certaines propositions peuvent répondre à des préoccupations bien réelles : prix de l’énergie, difficulté à se loger, épuisement des professionnels de santé, faibles rémunérations, inquiétudes liées aux retraites. Qu’en est-il aujourd’hui en 2026 ?
Cette promesse de protection repose encore et toujours sur une frontière politique très nette. Elle ne vise pas toutes les personnes vivant en France selon leurs besoins, leurs contributions ou leur situation. Elle distingue celles qui pourraient bénéficier pleinement de la solidarité nationale de celles dont les droits seraient réduits en raison de leur nationalité ou de leur parcours migratoire.
C’est là que se situe le cœur du problème. Le projet social du RN ne consiste pas seulement à augmenter certaines prestations ou à modifier leur financement. Il entend redéfinir les bénéficiaires légitimes de la solidarité. Il ne pose donc pas uniquement une question budgétaire. Il engage une certaine conception de l’égalité, du droit et de la fraternité.
Une politique sociale organisée autour de la discrimination
Le programme présenté par le RN lors des élections législatives de juin et juillet 2024 annonçait explicitement la mise en place de la « priorité nationale ». « si nécessaire par référendum constitutionnel ». Il prévoyait notamment de réserver les allocations familiales aux Français et de conditionner l’accès des étrangers aux prestations sociales non contributives, comme le revenu de solidarité active, à cinq années de travail en France. Cette orientation apparaît également dans un document officiel plus récemment diffusé par le parti, qui propose de « réduire la dépense sociale par la mise en place de la priorité nationale ».
Le RN écrit lui-même que la diminution de certaines dépenses sociales passerait par une restriction des droits des étrangers. La nationalité devient ainsi un instrument de sélection des bénéficiaires. Or une discrimination désigne précisément une différence de traitement fondée sur un critère déterminé, lorsqu’elle ne peut être objectivement et juridiquement justifiée. Dans le projet du RN, des familles placées dans des situations économiques comparables ne disposeraient plus des mêmes droits selon que l’un des parents est ou non français. Deux travailleurs vivant sur le même territoire, payant des impôts et des cotisations, pourraient être traités différemment en fonction de leur nationalité et de la durée de leur activité professionnelle.
Le programme ne se contente donc pas de donner une préférence symbolique aux nationaux. Il prévoit d’inscrire cette préférence dans l’accès aux ressources permettant de se nourrir, d’élever ses enfants, de se loger ou de faire face à la perte d’autonomie.
La solidarité transformée en récompense identitaire
La protection sociale française repose sur plusieurs logiques. Certaines prestations sont contributives : elles sont liées aux cotisations versées au titre du travail. D’autres relèvent de la solidarité et répondent à une situation de vulnérabilité, de pauvreté, de handicap, de vieillesse ou de dépendance. Le programme du RN introduit dans cette architecture un principe différent : l’appartenance nationale.
Cette évolution transforme la solidarité en récompense accordée prioritairement à certains membres de notre communauté de vie. Le droit n’est plus seulement déterminé par la situation de la personne, ses contributions ou ses besoins, mais par son statut national.
Le Conseil constitutionnel a déjà examiné une proposition qui souhaitait imposer aux étrangers non européens en situation régulière cinq années de résidence ou trente mois d’activité professionnelle pour accéder à certaines prestations sociales. Dans sa décision du 11 avril 2024, il a estimé que de telles conditions portaient une « atteinte disproportionnée » aux exigences constitutionnelles protégeant la santé, la sécurité matérielle, le repos et les moyens convenables d’existence. La proposition a donc été déclarée contraire à la Constitution.
Le Conseil constitutionnel n’interdit pas toute condition de résidence ou d’activité. Il rappelle cependant que ces conditions ne peuvent être telles qu’elles privent les personnes vivant régulièrement en France des garanties issues du Préambule de la Constitution de 1946. Autrement dit, une politique sociale ne peut vider le principe de solidarité de sa substance sous prétexte de contrôler l’immigration.
Le fait que le RN envisage une révision constitutionnelle ne règle d’ailleurs pas toutes les difficultés. La France demeure engagée par le droit de l’Union européenne et par les conventions internationales qu’elle a ratifiées. Une modification de la Constitution ne ferait pas disparaître mécaniquement ces obligations.
De la discrimination nationale aux effets racialisants
Peut-on alors parler de racisme ? Le terme doit être utilisé avec précision. La nationalité et l’origine ne sont pas exactement la même chose. Tous les étrangers ne sont pas membres d’une minorité visible, tandis que de nombreuses personnes exposées au racisme sont françaises.
Mais, dans la réalité sociale, les discriminations fondées sur la nationalité, l’origine, le patronyme, la couleur de peau ou la religion supposée peuvent se cumuler. Dans une contribution spécifique à la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) le Défenseur des droits indique que 25 % des réclamations reçues en 2023 en matière de discrimination étaient liées à l’origine ou à un critère associé, notamment la nationalité, le patronyme ou les convictions religieuses. L’institution souligne que ces discriminations affectent durablement l’accès à l’emploi, au logement, à la santé et aux services publics. (defenseurdesdroits.fr)
Son rapport publié le 26 février 2026 sur les jeunes et les discriminations fondées sur l’origine apporte un éclairage supplémentaire. Un quart des jeunes interrogés déclarent avoir subi, au cours des cinq années précédentes, une discrimination liée à la couleur de peau, à l’origine ou à la nationalité. Le rapport décrit des effets cumulatifs touchant l’école, l’emploi, le logement, la santé, les loisirs et les relations avec les forces de l’ordre.