"séisme politique" en Allemagne, où l'AfD pourrait s'emparer d'une région pour la première fois
Posté : 06 septembre 2026 08:33
Porté par un sentiment de déclassement économique, le parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) devrait arriver en tête dimanche aux élections régionales de Saxe-Anhalt. À condition d'avoir la majorité nécessaire, la formation d'Alice Weider pourrait, pour la première fois de son histoire, diriger un Land.
L'Allemagne retient son souffle ce dimanche 6 septembre alors que se tiennent des élections régionales cruciales en Saxe-Anhalt, un scrutin qui pourrait voir l'extrême droite allemande s'emparer d'un Land (État) pour la première fois depuis 1945.
Dans cet État régional d'ex-RDA , l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), un parti antimigrants, russophile et proche des milieux trumpistes, devance de près de vingt points les conservateurs du chancelier Friedrich Merz: 40-43% contre 22-24%, selon les derniers sondages.
Signe de l'inquiétude qui règne à Berlin, le chef du gouvernement n'a cessé de mettre en garde ces derniers jours les électeurs de cette région de l'est de l'Allemagne contre des "dommages (économiques) considérables" en cas de victoire de l'AfD.
"Je ne peux pas imaginer que des investisseurs internationaux aient envie de venir inaugurer une nouvelle usine aux côtés d'un ministre-président de l'AfD", a-t-il récemment lancé.
Percée de l'AfD en ex-RDA
L'AfD réalise depuis plusieurs années une percée électorale, matéralisée par la deuxième place de sa patronne Alice Weidel aux élections fédérales de 2025. Le parti d'extrême droite était arrivé en tête dans la plupart des circonscriptions de l'ex-Allemagne de l'Est, plus pauvre que le reste du pays.
"Le parti capitalise beaucoup sur des expériences et des ressentis négatifs que peuvent avoir de nombreux habitants depuis la réunification, c’est-à-dire le chômage, le déclassement économique ou tout simplement de la disparition de ce qui était leur cadre et leur mode de vie", présente Nathalie Le Bouëdec, professeure des universités en histoire et civilisation allemandes à l'université Bourgogne-Europe, auprès de BFM.
"Beaucoup d'anciens Allemands de l'Est ont aussi un sentiment de non-reconnaissance, cette impression que les Allemands de l'Ouest n'ont jamais vraiment reconnu leur histoire et les ont mis à l'écart", poursuit-elle.
La percée de l'extrême droite à l'Est s'explique aussi par "un rapport à l'histoire et une culture politique assez différente". "La question de la mémoire du nazisme, notamment, n'a pas du tout été traitée de la même manière en RDA qu'en RFA, si bien que l'AfD est souvent perçu comme un parti comme un autre", explique la spécialiste de l'Allemagne.
Après de bons scores aux élections régionales en Saxe et surtout en Thuringe en 2024, le parti espère donc s'emparer de la Saxe-Anhalt, un petit Land de seulement 2,1 millions d'habitants qui pourrait lui apporter une victoire très symbolique.
"C'est un Land qui a perdu beaucoup d'habitants avec une population très vieillissante, notamment parce que beaucoup de jeunes sont partis après la réunification", rappelle Nathalie Le Bouëdec. "Ça fait partie des régions où les habitants se sentent à la traîne."
Star des réseaux sociaux
Celui qui fait trembler les conservateurs au pouvoir à Berlin et dans la région s'appelle Ulrich Siegmund, souriant trentenaire et vedette des réseaux sociaux cumulant 500.000 abonnés sur Instagram.
Ancien membre pendant six ans du parti conservateur, celui du chancelier Helmut Kohl qui avait promis aux citoyens de la RDA un avenir florissant, Ulrich Siegmund a rejoint en 2014 l'AfD, un an après sa création.
Ex-patron d'une entreprise de parfums d'ambiance, la tête de liste enchaîne selfies et séances de dédicaces à chaque déplacement. Dans ses meetings, il assiste à l'idéalisation croissante de la RDA parmi ses concitoyens de l'est, qui arborent parfois dans ses meetings l'ancien drapeau de l'Allemagne communiste.
S'affichant au guidon d'une Simson, petite mobylette érigée en symbole de l'identité est-allemande, il surfe sur l'Ostalgie, cette nostalgie de la RDA qui touche de nombreux habitants de l'ex-Allemagne de l'Est et qui donne un regain de popularité à certains objets issus de l'époque communiste.https://www.bfmtv.com/international/eur ... 60043.htmlProgramme radical
Si le candidat sait jouer du clivage Est-Ouest pour nourrir le sentiment d'injustice de ses électeurs, il n'en oublie pas la cible première de son parti: les immigrés. "Dès la première minute" de son entrée dans ses fonctions, il veut ainsi expulser de Saxe-Anhalt les étrangers en situation irrégulière.
En 2023, Ulrich Siegmund avait d'ailleurs fait partie des membres de l'AfD qui ont participé à une réunion secrète à Potsdam au cours de laquelle a été évoqué un projet de "remigration" massive d'étrangers et d'Allemands d'origine étrangère. Révélé par la presse, le projet avait fait grand bruit en Allemagne et poussé certains partis d'extrême droite européens, comme le Rassemblement national, à prendre leurs distances avec l'AfD.
Chantre de la famille traditionnelle, le candidat d'extrême droite promet aussi d'"interdire l'affichage officiel du drapeau arc-en-ciel (symbole des personnes LGBT+) dans les écoles et veiller en revanche à ce que le drapeau national flotte tous les jours d'école dans les établissements publics". Comme l'éducation est du ressort des États régionaux en Allemagne, il compte aussi supprimer l'obligation de fréquentation de l'école, qui ouvrirait en particulier la voie à l'enseignement à domicile.
Il pense également modifier les programmes d'histoire dans les écoles, trop centrés à son goût sur la culpabilité de l'Allemagne du IIIe Reich. Selon der Spiegel, certains de ses collaborateurs ont d'ailleurs été très proches de la mouvance d'extrême droite radicale et néonazie.
