«Ça vous étonne ?» : au RN, une expo anti-IVG attise l’opposition entre Jordan Bardella et Marion Maréchal
Posté : 17 septembre 2026 06:04
La visite de l’eurodéputée dans une exposition «pro-vie» mardi 15 septembre a suscité un sarcasme du président du RN. Et pourrait réactiver un débat interne que le parti pensait avoir laissé derrière lui.
Publié le 16/09/2026 à 18h30
A la sortie de l’hémicycle, un immense fœtus semble interpeller les eurodéputés sur leur chemin. Au-dessus, un papa et une maman dessinés tiennent par la main une fillette et un garçon, style Manif pour tous mais version italienne : bienvenue à l’exposition de Pro Vita & Famiglia, une association de promotion de la famille traditionnelle et de lutte contre le droit à l’avortement. Invitée par le groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR), à l’occasion de la session plénière du Parlement européen, cette semaine à Strasbourg, elle étale une dizaine de panneaux exaltant le «miracle de la vie» et représentant, dès les premiers jours de la conception, «le premier voyage de l’embryon, dans un “dialogue” caché avec la mère». A la fin du parcours, un dernier panneau invite le visiteur à se mirer dans une glace : «Ceci est votre histoire […] Les droits naissent quand naissent les personnes et les personnes naissent quand un nouvel organisme humain […] arrive à l’existence : scientifiquement au moment de la conception.»
A aucun moment, le terme «avortement» n’est employé. Mais les images et l’argumentaire ne laissent aucun doute sur le but de la manœuvre. Et rendent gênante la présence de Marion Maréchal, mardi 15 septembre, à l’inauguration de l’exposition que les groupes de gauche The Left, S&D et les Verts ont demandé, à l’initiative de l’insoumise Manon Aubry, de retirer. Membre d’ECR, responsable de l’évènement, et mariée à un ancien eurodéputé italien de Fratelli d’Italia – le parti de Giorgia Meloni –, la nièce de Marine Le Pen ne cache pas ses convictions réactionnaires sur le sujet. Son retour dans le giron frontiste, à la faveur de la quatrième campagne présidentielle de sa tante, aurait pu la pousser à les mettre sous le boisseau. C’est d’ailleurs ce que fait son équipe, manifestement embarrassée par l’ébruitement de l’affaire, qui indique que l’exposition ne comporte aucune mention directe à l’avortement et que, de toute façon, l’eurodéputée française ne faisait que passer dans le couloir, qu’elle s’est arrêté pour saluer poliment et puis c’est tout. «Il ne faut pas s’effrayer quand on voit un fœtus, on en a tous été un, même Manon Aubry», ironise un proche.
«Etre en phase avec la société»
Surprenant ? On pose la question, mercredi en fin de matinée, à Jordan Bardella, qui passe sans un regard devant l’expo pour se rendre dans l’hémicycle. «Une réaction à l’exposition anti-IVG ?» Lui, sourire en coin : «ça vous étonne ?» Réponse de Libé : «Non et vous ?» Lui : «Moi non plus.» Fin de l’interaction. Quoique le nom de Marion Maréchal n’ait pas été prononcé, le véritable sujet de l’interpellation ne pouvait guère faire de doute pour le président du RN. La présence de sa rivale à cet événement avait, depuis la veille, animé de nombreux conciliabules dans son camp.
L’épisode n’est pas de nature à corriger les exécrables relations entre les deux figures. Bardella et Maréchal se sont croisés au sein du FN à l’époque où le premier n’était encore qu’un jeune conseiller régional ambitieux, tendance Florian Philippot – ouverte aux évolutions dans le domaine sociétal, favorable au mariage pour tous et à l’IVG – et la seconde, alors députée du Vaucluse, star de la tendance catho réac du parti d’extrême droite.
Marine Le Pen, après avoir dénoncé lors de sa première présidentielle, les «avortements de confort», a vite compris qu’il est politiquement désastreux de remettre en question la loi Veil. Aussi, quand la nièce, fin 2016, déclare qu’en cas de victoire en mai suivant, «il faudra revenir sur le remboursement intégral et illimité de l’avortement car les femmes sont des êtres responsables qui doivent être traités comme tel», la tante répond sèchement dans les colonnes du Monde qu’aucune «modification, ni du périmètre, ni de l’accès, ni du remboursement de l’IVG» n’est envisageable. Fin d’une ère commencée, au FN, en 1974, avec la loi Veil.
https://www.liberation.fr/politique/ele ... VIVOSNLUU/
Publié le 16/09/2026 à 18h30
A la sortie de l’hémicycle, un immense fœtus semble interpeller les eurodéputés sur leur chemin. Au-dessus, un papa et une maman dessinés tiennent par la main une fillette et un garçon, style Manif pour tous mais version italienne : bienvenue à l’exposition de Pro Vita & Famiglia, une association de promotion de la famille traditionnelle et de lutte contre le droit à l’avortement. Invitée par le groupe des Conservateurs et réformistes européens (ECR), à l’occasion de la session plénière du Parlement européen, cette semaine à Strasbourg, elle étale une dizaine de panneaux exaltant le «miracle de la vie» et représentant, dès les premiers jours de la conception, «le premier voyage de l’embryon, dans un “dialogue” caché avec la mère». A la fin du parcours, un dernier panneau invite le visiteur à se mirer dans une glace : «Ceci est votre histoire […] Les droits naissent quand naissent les personnes et les personnes naissent quand un nouvel organisme humain […] arrive à l’existence : scientifiquement au moment de la conception.»
A aucun moment, le terme «avortement» n’est employé. Mais les images et l’argumentaire ne laissent aucun doute sur le but de la manœuvre. Et rendent gênante la présence de Marion Maréchal, mardi 15 septembre, à l’inauguration de l’exposition que les groupes de gauche The Left, S&D et les Verts ont demandé, à l’initiative de l’insoumise Manon Aubry, de retirer. Membre d’ECR, responsable de l’évènement, et mariée à un ancien eurodéputé italien de Fratelli d’Italia – le parti de Giorgia Meloni –, la nièce de Marine Le Pen ne cache pas ses convictions réactionnaires sur le sujet. Son retour dans le giron frontiste, à la faveur de la quatrième campagne présidentielle de sa tante, aurait pu la pousser à les mettre sous le boisseau. C’est d’ailleurs ce que fait son équipe, manifestement embarrassée par l’ébruitement de l’affaire, qui indique que l’exposition ne comporte aucune mention directe à l’avortement et que, de toute façon, l’eurodéputée française ne faisait que passer dans le couloir, qu’elle s’est arrêté pour saluer poliment et puis c’est tout. «Il ne faut pas s’effrayer quand on voit un fœtus, on en a tous été un, même Manon Aubry», ironise un proche.
«Etre en phase avec la société»
Surprenant ? On pose la question, mercredi en fin de matinée, à Jordan Bardella, qui passe sans un regard devant l’expo pour se rendre dans l’hémicycle. «Une réaction à l’exposition anti-IVG ?» Lui, sourire en coin : «ça vous étonne ?» Réponse de Libé : «Non et vous ?» Lui : «Moi non plus.» Fin de l’interaction. Quoique le nom de Marion Maréchal n’ait pas été prononcé, le véritable sujet de l’interpellation ne pouvait guère faire de doute pour le président du RN. La présence de sa rivale à cet événement avait, depuis la veille, animé de nombreux conciliabules dans son camp.
L’épisode n’est pas de nature à corriger les exécrables relations entre les deux figures. Bardella et Maréchal se sont croisés au sein du FN à l’époque où le premier n’était encore qu’un jeune conseiller régional ambitieux, tendance Florian Philippot – ouverte aux évolutions dans le domaine sociétal, favorable au mariage pour tous et à l’IVG – et la seconde, alors députée du Vaucluse, star de la tendance catho réac du parti d’extrême droite.
Marine Le Pen, après avoir dénoncé lors de sa première présidentielle, les «avortements de confort», a vite compris qu’il est politiquement désastreux de remettre en question la loi Veil. Aussi, quand la nièce, fin 2016, déclare qu’en cas de victoire en mai suivant, «il faudra revenir sur le remboursement intégral et illimité de l’avortement car les femmes sont des êtres responsables qui doivent être traités comme tel», la tante répond sèchement dans les colonnes du Monde qu’aucune «modification, ni du périmètre, ni de l’accès, ni du remboursement de l’IVG» n’est envisageable. Fin d’une ère commencée, au FN, en 1974, avec la loi Veil.
https://www.liberation.fr/politique/ele ... VIVOSNLUU/