En Bretagne, le cauchemar de Noël d’une mairie ciblée par le RN et les médias Bolloré
Posté : 22 septembre 2026 06:23
C'est reparti !...
Accusée sans fondement d’avoir voulu «effacer Noël» en renommant un village festif, la maire centriste de Pleurtuit a subi un déferlement de haine. Elle a porté plainte contre deux élus d’extrême droite et ses harceleurs en ligne.
C’est un mauvais conte de Noël. Une histoire qui illustre, une fois de plus, le pouvoir de nuisance de la bollosphère. A Pleurtuit, un gros bourg de 7 000 habitants proche de Saint-Malo, le changement de nom du marché de Noël a viré à la polémique nationale, attisée par les médias d’extrême droite. «On ne s’y attendait pas du tout, ça nous est tombé dessus comme un orage de grêle», s’étonne encore Muriel Rolland, l’adjointe à la culture et à la communication.
Tout commence par une simple délibération sur le règlement du marché de Noël, lors du conseil municipal du 10 septembre. La majorité sans étiquette, dirigée par la centriste Christine Colas, expose la nouvelle formule qu’elle a imaginée pour les fêtes de fin d’année, sous le nom de «Noël à Pleurtuit». Le marché, lui, est rebaptisé «le Village enchanté». L’élu de la minorité RN, Dylan Lemoine, exprime son «refus catégorique de voir effacé le nom même de Noël de nos traditions locales». Muriel Rolland, qui présente la délibération, balaie la remarque sans fondement et les conseillers adoptent le projet, sauf les deux RN qui s’abstiennent.
Deux jours plus tard, Dylan Lemoine revient à la charge sur ses réseaux sociaux : «L’influence néfaste des conseillers municipaux de gauche, voire d’extrême gauche, qui entourent madame la maire, contribue à l’effacement progressif de nos valeurs et de nos repères. Le wokisme […] n’a pas sa place à Pleurtuit», écrit le jeune élu.
Mais c’est quand CNews s’empare de l’affaire que «ça a commencé à être le cauchemar», rapporte l’adjointe. Pendant trois jours, Pleurtuit fait la chronique. «C’est le grand effacement, tout ce qui rappelle nos racines chrétiennes doit être effacé», accuse un invité en plateau. «Ça ne s’arrête pas à un village breton, on est sur tout un système», s’enflamme l’influenceur Charbofficiel sur Instagram. Sur Europe 1, Pascal Praud qualifie la maire d’«héroïne de Houellebecq» qui fait «soumission». Valeurs actuelles, le JDD… Les médias d’extrême droite sèment du vent et Pleurtuit récolte la tempête.
«Sur les réseaux, c’était un déferlement. J’ai dû bloquer environ 300 comptes», raconte Muriel Rolland. Le standard de la mairie déborde d’appels : des anonymes, qui souhaitent «Joyeux Noël» et raccrochent. Mais aussi des propos bien plus virulents. «Les agents sont traumatisés», raconte l’élue, qui dénonce un «grand n’importe quoi». «On n’a jamais voulu effacer les traditions», assène-t-elle. La maire se revendique même catholique pratiquante.
L’édile a déposé plainte le 17 septembre, pour diffamation contre les deux élus RN, ainsi que pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique, pour les messages sur les réseaux sociaux. «Défendre nos traditions locales ne devrait jamais conduire à l’invective», a réagi Dylan Lemoine dans un communiqué, insistant encore pour remettre Noël dans le nom du marché.
Si la situation s’est apaisée, ces tout derniers jours, elle laissera des traces, estime Muriel Rolland : «Il faut qu’on en tire une leçon et qu’on fasse attention à la manière dont on tient compte de cette minorité. On va faire attention à tout ce qu’on fait, dit, écrit.» D’autant plus dans cette année électorale qui s’annonce «compliquée». Mais le «Village enchanté» compte bien le rester.
https://www.liberation.fr/politique/en- ... VNL5JJAWA/

Capture d'écran de la matinale de CNews. (Capture d'écran CNEWS)
Accusée sans fondement d’avoir voulu «effacer Noël» en renommant un village festif, la maire centriste de Pleurtuit a subi un déferlement de haine. Elle a porté plainte contre deux élus d’extrême droite et ses harceleurs en ligne.
C’est un mauvais conte de Noël. Une histoire qui illustre, une fois de plus, le pouvoir de nuisance de la bollosphère. A Pleurtuit, un gros bourg de 7 000 habitants proche de Saint-Malo, le changement de nom du marché de Noël a viré à la polémique nationale, attisée par les médias d’extrême droite. «On ne s’y attendait pas du tout, ça nous est tombé dessus comme un orage de grêle», s’étonne encore Muriel Rolland, l’adjointe à la culture et à la communication.
Tout commence par une simple délibération sur le règlement du marché de Noël, lors du conseil municipal du 10 septembre. La majorité sans étiquette, dirigée par la centriste Christine Colas, expose la nouvelle formule qu’elle a imaginée pour les fêtes de fin d’année, sous le nom de «Noël à Pleurtuit». Le marché, lui, est rebaptisé «le Village enchanté». L’élu de la minorité RN, Dylan Lemoine, exprime son «refus catégorique de voir effacé le nom même de Noël de nos traditions locales». Muriel Rolland, qui présente la délibération, balaie la remarque sans fondement et les conseillers adoptent le projet, sauf les deux RN qui s’abstiennent.
Deux jours plus tard, Dylan Lemoine revient à la charge sur ses réseaux sociaux : «L’influence néfaste des conseillers municipaux de gauche, voire d’extrême gauche, qui entourent madame la maire, contribue à l’effacement progressif de nos valeurs et de nos repères. Le wokisme […] n’a pas sa place à Pleurtuit», écrit le jeune élu.
Mais c’est quand CNews s’empare de l’affaire que «ça a commencé à être le cauchemar», rapporte l’adjointe. Pendant trois jours, Pleurtuit fait la chronique. «C’est le grand effacement, tout ce qui rappelle nos racines chrétiennes doit être effacé», accuse un invité en plateau. «Ça ne s’arrête pas à un village breton, on est sur tout un système», s’enflamme l’influenceur Charbofficiel sur Instagram. Sur Europe 1, Pascal Praud qualifie la maire d’«héroïne de Houellebecq» qui fait «soumission». Valeurs actuelles, le JDD… Les médias d’extrême droite sèment du vent et Pleurtuit récolte la tempête.
«Sur les réseaux, c’était un déferlement. J’ai dû bloquer environ 300 comptes», raconte Muriel Rolland. Le standard de la mairie déborde d’appels : des anonymes, qui souhaitent «Joyeux Noël» et raccrochent. Mais aussi des propos bien plus virulents. «Les agents sont traumatisés», raconte l’élue, qui dénonce un «grand n’importe quoi». «On n’a jamais voulu effacer les traditions», assène-t-elle. La maire se revendique même catholique pratiquante.
L’édile a déposé plainte le 17 septembre, pour diffamation contre les deux élus RN, ainsi que pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique, pour les messages sur les réseaux sociaux. «Défendre nos traditions locales ne devrait jamais conduire à l’invective», a réagi Dylan Lemoine dans un communiqué, insistant encore pour remettre Noël dans le nom du marché.
Si la situation s’est apaisée, ces tout derniers jours, elle laissera des traces, estime Muriel Rolland : «Il faut qu’on en tire une leçon et qu’on fasse attention à la manière dont on tient compte de cette minorité. On va faire attention à tout ce qu’on fait, dit, écrit.» D’autant plus dans cette année électorale qui s’annonce «compliquée». Mais le «Village enchanté» compte bien le rester.
https://www.liberation.fr/politique/en- ... VNL5JJAWA/

Capture d'écran de la matinale de CNews. (Capture d'écran CNEWS)