"Personne n’est vraiment surpris" : l'affaire Bardella vue par la presse étrangère
Posté : 01 octobre 2026 06:50
Même pas surpris !...
Les révélations de Mediapart sur des propos antisémites attribués à Jordan Bardella secouent la campagne du RN. De Londres à Berlin en passant par Bruxelles et Rome, la presse européenne questionne la solidité de l’entreprise de dédiabolisation du parti.
Publié le 30/09/2026 à 10:14
Le vernis de normalisation du Rassemblement national vole en éclats sous le regard de la presse européenne. À un peu plus de six mois de la présidentielle française, l'enquête publiée lundi 28 septembre par Mediapart sur des propos antisémites attribués à Jordan Bardella fait réagir bien au-delà de l'Hexagone. Chez nos voisins européens, eux aussi touchés par la montée de l'extrême droite, la presse a pris la mesure ces derniers jours de la déflagration causée par cette affaire "qui percute de plein fouet la campagne présidentielle du Rassemblement national", comme l'écrit le quotidien suisse Le Temps. Le constat se durcit encore dans le Financial Times, qui voit le "principal lieutenant de Marine Le Pen" pris dans "un scandale qui prend de l'ampleur et engloutit le parti d'extrême droite à quelques mois de l'élection présidentielle".
En cause : des dizaines de conversations privées datant de 2013 à 2015, que Mediapart affirme avoir authentifiées après plusieurs mois d'enquête. Jordan Bardella, alors âgé de 17 puis 18 ans et déjà engagé au Front national, y aurait notamment écrit que "toutes les banques sont détenues par des juifs" et relayé plusieurs thèses complotistes antisémites. Lui nie tout en bloc, dénonce des "faux grossiers" et une "opération de barbouzerie", et a porté plainte en diffamation. Marine Le Pen a immédiatement fait corps avec lui, dénonçant elle aussi une "manip" destinée à déstabiliser sa campagne.
Si ces propos ne font pour l'heure l'objet d'aucune procédure judiciaire, leur publication tombe au pire moment pour le parti fondé par Jean-Marie Le Pen avec un ancien Waffen-SS. Marine Le Pen abordait jusqu'ici la présidentielle en tête des intentions de vote, présentant Bardella comme son futur Premier ministre en cas de victoire. Or, rappelle Le Temps, "à maintes reprises, les origines du Front national et les propos antisémites de Jean-Marie Le Pen reviennent au parti comme un boomerang". Mais cette fois, la secousse touche précisément celui qui avait "offert au parti une image nouvelle, non entachée par l'héritage de la famille Le Pen", pointe le FT. Le quotidien belge Le Soir résume plus brutalement encore la collision dans son titre : "Jordan Bardella, quand le visage de la dédiabolisation devient celui de l'antisémitisme."
La vitrine de la dédiabolisation se fissure
En frappant l'homme chargé d'incarner sa rupture avec le passé, l'affaire vient donc gripper le rouage le plus précieux du parti d'extrême droite. Depuis des années, rappelle le Guardian, Marine Le Pen s'efforce de "détoxifier" l'image du parti et de l'éloigner de son passé antisémite. Jordan Bardella en était devenu la vitrine idéale. Mais cette fois, "les retombées de ce dernier scandale pourraient être particulièrement dommageables", souligne de son côté Politico, tant Marine Le Pen a placé son poulain "au premier plan de l'entreprise de dédiabolisation". Trop jeune pour avoir fréquenté la vieille garde frontiste des années 1980 et 1990, Jordan Bardella "était censé être un visage neuf, capable d'aider le RN à progresser là où le nom Le Pen restait trop chargé", poursuit le pure player.
Le travail de normalisation avait même conduit Jordan Bardella jusqu'en Israël. En 2025, rappelle le Guardian, il y effectue "une visite sans précédent, la première d'un dirigeant français d'extrême droite, pour tenter de démontrer les nouvelles références du RN". En parallèle, Marine Le Pen présente désormais le RN comme un "bouclier" contre l'antisémitisme en France. Cette fois, l'affaire vient porter "un coup d'arrêt à l'entreprise de dédiabolisation", juge Le Soir. Politico enfonce le clou : censé être devenu le visage neuf et l'arme manquante de Marine Le Pen pour accéder à l'Élysée, Jordan Bardella "pourrait bien être devenu son plus gros handicap".
"Personne n'est vraiment surpris"
Au-delà du parti, ce scandale met en lumière, pour la presse européenne, la véritable nature d'une jeune étoile montante de l'extrême droite. "À vrai dire, personne n'est vraiment surpris", tance le Taz en Allemagne, qui remarque que "les citations publiées par Mediapart témoignent d'un antisémitisme du jeune militant Bardella tout à fait dans le style de son modèle Jean-Marie Le Pen". Le Soir rappelle de son côté que "le jeune Bardella a fait ses armes auprès des plus radicaux du parti", en citant notamment Frédéric Chatillon, ancien dirigeant du GUD, et Jean-François Jalkh, qui avait mis en doute l'utilisation du Zyklon B dans les chambres à gaz.
Le journal italien Il Post s'attarde, lui, sur un passage particulièrement embarrassant rapporté par Mediapart : dans un échange privé, Jordan Bardella aurait salué un discours "plus pluraliste" de la cheffe du RN ayant permis de faire "exploser" le nombre d'électeurs… Tout en précisant avoir rejoint le parti parce que son "idéologie de base" n'avait jamais changé depuis sa fondation.
Et maintenant, la présidentielle
Reste à mesurer l'impact qu'auront réellement ces révélations. "La seule existence de l'enquête de Mediapart est déjà un sujet d'inquiétude pour le duo dirigeant du RN", relève Politico, qui note que l'origine interne des documents laisse entrevoir de possibles "règlements de comptes". La défense choisie par Bardella ajoute un risque : puisqu'il nie toute authenticité, le Taz estime que si Mediapart produit les preuves annoncées, sa contre-attaque pourrait se retourner contre lui et l'exposer comme "imposteur politique et menteur".
Au fond, résume une chercheuse interrogée par Le Soir, "le sujet n'est pas l'antisémitisme de Bardella mais plutôt à quel point la fiction de normalisation de l'extrême droite a été construite". Et la presse italienne ne croit guère l'épisode près de retomber. Pour le Corriere della Sera, "le sentiment est que nous n'en sommes qu'au début, et que le passé de Bardella, et plus largement celui du Rassemblement national, sera au centre du débat politique dans les prochains jours". À l'approche de la présidentielle, voilà qui fait ressurgir, comme un ballon longtemps maintenu sous l'eau, le débat que Marine Le Pen s'efforce depuis quinze ans de clore.
https://www.lexpress.fr/politique/perso ... NVWCOHSGA/
Les révélations de Mediapart sur des propos antisémites attribués à Jordan Bardella secouent la campagne du RN. De Londres à Berlin en passant par Bruxelles et Rome, la presse européenne questionne la solidité de l’entreprise de dédiabolisation du parti.
Publié le 30/09/2026 à 10:14
Le vernis de normalisation du Rassemblement national vole en éclats sous le regard de la presse européenne. À un peu plus de six mois de la présidentielle française, l'enquête publiée lundi 28 septembre par Mediapart sur des propos antisémites attribués à Jordan Bardella fait réagir bien au-delà de l'Hexagone. Chez nos voisins européens, eux aussi touchés par la montée de l'extrême droite, la presse a pris la mesure ces derniers jours de la déflagration causée par cette affaire "qui percute de plein fouet la campagne présidentielle du Rassemblement national", comme l'écrit le quotidien suisse Le Temps. Le constat se durcit encore dans le Financial Times, qui voit le "principal lieutenant de Marine Le Pen" pris dans "un scandale qui prend de l'ampleur et engloutit le parti d'extrême droite à quelques mois de l'élection présidentielle".
En cause : des dizaines de conversations privées datant de 2013 à 2015, que Mediapart affirme avoir authentifiées après plusieurs mois d'enquête. Jordan Bardella, alors âgé de 17 puis 18 ans et déjà engagé au Front national, y aurait notamment écrit que "toutes les banques sont détenues par des juifs" et relayé plusieurs thèses complotistes antisémites. Lui nie tout en bloc, dénonce des "faux grossiers" et une "opération de barbouzerie", et a porté plainte en diffamation. Marine Le Pen a immédiatement fait corps avec lui, dénonçant elle aussi une "manip" destinée à déstabiliser sa campagne.
Si ces propos ne font pour l'heure l'objet d'aucune procédure judiciaire, leur publication tombe au pire moment pour le parti fondé par Jean-Marie Le Pen avec un ancien Waffen-SS. Marine Le Pen abordait jusqu'ici la présidentielle en tête des intentions de vote, présentant Bardella comme son futur Premier ministre en cas de victoire. Or, rappelle Le Temps, "à maintes reprises, les origines du Front national et les propos antisémites de Jean-Marie Le Pen reviennent au parti comme un boomerang". Mais cette fois, la secousse touche précisément celui qui avait "offert au parti une image nouvelle, non entachée par l'héritage de la famille Le Pen", pointe le FT. Le quotidien belge Le Soir résume plus brutalement encore la collision dans son titre : "Jordan Bardella, quand le visage de la dédiabolisation devient celui de l'antisémitisme."
La vitrine de la dédiabolisation se fissure
En frappant l'homme chargé d'incarner sa rupture avec le passé, l'affaire vient donc gripper le rouage le plus précieux du parti d'extrême droite. Depuis des années, rappelle le Guardian, Marine Le Pen s'efforce de "détoxifier" l'image du parti et de l'éloigner de son passé antisémite. Jordan Bardella en était devenu la vitrine idéale. Mais cette fois, "les retombées de ce dernier scandale pourraient être particulièrement dommageables", souligne de son côté Politico, tant Marine Le Pen a placé son poulain "au premier plan de l'entreprise de dédiabolisation". Trop jeune pour avoir fréquenté la vieille garde frontiste des années 1980 et 1990, Jordan Bardella "était censé être un visage neuf, capable d'aider le RN à progresser là où le nom Le Pen restait trop chargé", poursuit le pure player.
Le travail de normalisation avait même conduit Jordan Bardella jusqu'en Israël. En 2025, rappelle le Guardian, il y effectue "une visite sans précédent, la première d'un dirigeant français d'extrême droite, pour tenter de démontrer les nouvelles références du RN". En parallèle, Marine Le Pen présente désormais le RN comme un "bouclier" contre l'antisémitisme en France. Cette fois, l'affaire vient porter "un coup d'arrêt à l'entreprise de dédiabolisation", juge Le Soir. Politico enfonce le clou : censé être devenu le visage neuf et l'arme manquante de Marine Le Pen pour accéder à l'Élysée, Jordan Bardella "pourrait bien être devenu son plus gros handicap".
"Personne n'est vraiment surpris"
Au-delà du parti, ce scandale met en lumière, pour la presse européenne, la véritable nature d'une jeune étoile montante de l'extrême droite. "À vrai dire, personne n'est vraiment surpris", tance le Taz en Allemagne, qui remarque que "les citations publiées par Mediapart témoignent d'un antisémitisme du jeune militant Bardella tout à fait dans le style de son modèle Jean-Marie Le Pen". Le Soir rappelle de son côté que "le jeune Bardella a fait ses armes auprès des plus radicaux du parti", en citant notamment Frédéric Chatillon, ancien dirigeant du GUD, et Jean-François Jalkh, qui avait mis en doute l'utilisation du Zyklon B dans les chambres à gaz.
Le journal italien Il Post s'attarde, lui, sur un passage particulièrement embarrassant rapporté par Mediapart : dans un échange privé, Jordan Bardella aurait salué un discours "plus pluraliste" de la cheffe du RN ayant permis de faire "exploser" le nombre d'électeurs… Tout en précisant avoir rejoint le parti parce que son "idéologie de base" n'avait jamais changé depuis sa fondation.
Et maintenant, la présidentielle
Reste à mesurer l'impact qu'auront réellement ces révélations. "La seule existence de l'enquête de Mediapart est déjà un sujet d'inquiétude pour le duo dirigeant du RN", relève Politico, qui note que l'origine interne des documents laisse entrevoir de possibles "règlements de comptes". La défense choisie par Bardella ajoute un risque : puisqu'il nie toute authenticité, le Taz estime que si Mediapart produit les preuves annoncées, sa contre-attaque pourrait se retourner contre lui et l'exposer comme "imposteur politique et menteur".
Au fond, résume une chercheuse interrogée par Le Soir, "le sujet n'est pas l'antisémitisme de Bardella mais plutôt à quel point la fiction de normalisation de l'extrême droite a été construite". Et la presse italienne ne croit guère l'épisode près de retomber. Pour le Corriere della Sera, "le sentiment est que nous n'en sommes qu'au début, et que le passé de Bardella, et plus largement celui du Rassemblement national, sera au centre du débat politique dans les prochains jours". À l'approche de la présidentielle, voilà qui fait ressurgir, comme un ballon longtemps maintenu sous l'eau, le débat que Marine Le Pen s'efforce depuis quinze ans de clore.
https://www.lexpress.fr/politique/perso ... NVWCOHSGA/