7-Octobre: que savait Benyamin Netanyahu?
Posté : 07 octobre 2026 07:00
On le savait...
Trois ans après le drame, les zones d’ombres persistent sur cet événement majeur qui a entraîné la région dans le chaos. Comment en est-on arrivé là et le Premier ministre israélien était-il au courant en amont de l'attaque ?
Publié le : 07/10/2026 - 06:02
Samedi 7 octobre 2023, à l’aube, le Hamas, associé à d'autres mouvements palestiniens dont le Jihad islamique, conduit depuis la bande de Gaza une série d’attaques meurtrières vers des bases militaires, des kibboutz et un festival de musique en Israël. Mille deux cent dix-neuf Israéliens sont tués et 251 sont pris en otages.
Israël lance alors une opération militaire sans précédent dans l’enclave palestinienne. À ce jour, plus de 74 000 Palestiniens ont été tués par Israël ou ont succombé en raison de la guerre, en majorité des femmes et des enfants. Plus de 175 000 ont été blessés.
Depuis trois ans, une question se pose : comment Israël, puissance militaire régionale, a pu se laisser surprendre alors qu’il contrôle les Territoires palestiniens occupés ? Depuis plus de mille jours, les Israéliens se demandent comment leur armée, alors focalisée sur la Cisjordanie, n’a pas pu voir venir le massacre et n’est passée à l’action que quatre heures après le début du drame.
► Des alertes d’Abou Dhabi
Selon une enquête menée par deux journalistes du quotidien israélien Haaretz, révélée le 8 septembre dernier et confirmée par le New York Times, le président des Émirats arabes unis a averti Benyamin Netanyahu des plans d’attaques du Hamas dix jours avant le 7 octobre 2023. Les dirigeants palestiniens de l’enclave ne tolèrent alors plus que Netanyahu fasse traîner les négociations qui se tiennent depuis le début de l’année 2023, notamment autour de la levée du blocus.
Lors d’une conversation de 45 minutes, Mohammed ben Zayed se dit préoccupé par le fait que cet événement entraînerait non seulement un bain de sang, mais aussi la déstabilisation de toute la région et la remise en cause des accords d'Abraham. Benyamin Netanyahu répond que la situation est sous contrôle, pensant que si attaque il y a, ce sera en Cisjordanie occupée et non dans la bande de Gaza. Le Premier ministre, qui dément et dénonce les révélations de Haaretz, ne prévient donc aucun de ses services.
► Des responsables de la défense israélienne prévenus d’une attaque imminente
Le 24 septembre dernier, dans une interview accordée à la chaîne égyptienne Al-Ghad, Sufian Abu Zaida, ancien haut responsable du Fatah ayant joué le rôle de médiateur entre Israël et le Hamas avant le 7-Octobre et qui a mis en garde contre une attaque imminente, affirme que les services militaires et de renseignement israéliens étaient au courant d'une possible attaque du Hamas plus de trois semaines avant le 7 octobre. L’ancien haut responsable du Fatah aurait par la suite transmis la menace à ses contacts israéliens.
Moins de trente minutes après, il aurait reçu un appel puis aurait été convoqué à une réunion urgente avec des responsables de la défense dans la ville côtière israélienne d'Ashkelon, près de Gaza. Le chef du service de sécurité Shin Bet, Ronen Bar, avait informé le Premier ministre Benyamin Netanyahu. Le 17 septembre, les responsables militaires et du renseignement israéliens tiennent une réunion d'urgence sans pourtant prendre de décision concrète.
Aujourd'hui l’ancien chef de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet Ronen Bar, qui affirme avoir alerté le Premier ministre d’une catastrophe, est accusé par ce dernier de ne pas l’avoir averti d’une attaque imminente du Hamas. « Après avoir refusé pendant trois ans de reconnaître sa responsabilité (...), il a commencé à publier de manière sélective des documents, de façon manipulatrice et hors de leur contexte (...) À présent que des témoignages concernant les avertissements qu’il a reçus avant le massacre commencent à faire surface, il tente de détourner les soupçons de lui-même en portant des accusations contre ceux qui l’ont averti en temps réel », a déclaré Ronen Bar. Ce dernier réclame aujourd'hui la divulgation de documents ainsi que le témoignage des collaborateurs du chef de l’État.
► Le plan du Hamas entre les mains d’Israël un an avant le 7-Octobre
En juin 2024 déjà, la télévision publique Kan avait révélé l'existence d'un rapport de l'unité 8 200 - unité chargée de décoder et d’analyser les informations obtenues par le service de renseignement – datant du 19 septembre 2023 : il détaillait des entraînements d'unités d'élite du mouvement palestinien en vue de raids contre des positions militaires et des kibboutz dans le sud d'Israël, soit moins de trois semaines avant que le Hamas ne lance son attaque.
Les services israéliens avaient obtenu les plans de l’attaque, un document du Hamas de 40 pages baptisé du nom de code « Mur de Jéricho », un an avant son déclenchement. Pensant que le groupe palestinien ne serait pas capable de mettre sur pied une telle offensive, personne n'avait réagi.
► Les soldates observatrices
« On a tout dit, on a prévenu tout le monde que quelque chose d’important allait se passer… Je suis en colère parce qu’ils n’ont écouté personne », témoigne Maya Desiatnik dans le documentaire Les guetteuses du 7 octobre. Elle faisait partie d’un groupe de soldates non armées, de 18 ans de moyenne d’âge, surnommées « Les yeux d’Israël » (Tatzpi Tanyotte en hébreu, guetteuse ou observatrice), postées dans la base de Nahal Oz, toute proche de la bande de Gaza. Chargées de surveiller la frontière, elles ont averti en vain leur hiérarchie plusieurs jours avant le 7 octobre 2023 qu’une opération se préparait depuis le territoire palestinien. Mais elles n'ont pas été crues.
En 2024, l’une d’elles confiait à nos confrères de Radio France qu’en juin 2023, quand elle était observatrice, elle était devant le groupe du Hamas de Khan Younes. « On pouvait voir des entraînements avec jusqu’à 30 personnes du Hamas qui s’entraînent à comment prendre en otage un soldat, comment tuer quelqu’un, comment briser la barrière, comment tirer sur un tank pour qu’il explose. Ils ont comme des maquettes, des grosses maquettes de notre barrière, de notre frontière, des grosses maquettes de tank. Tout ! Tout ce qu’ils faisaient, on le savait... »
Trois ans après le drame, les zones d’ombres persistent sur cet événement majeur qui a entraîné la région dans le chaos. Comment en est-on arrivé là et le Premier ministre israélien était-il au courant en amont de l'attaque ?
Publié le : 07/10/2026 - 06:02
Samedi 7 octobre 2023, à l’aube, le Hamas, associé à d'autres mouvements palestiniens dont le Jihad islamique, conduit depuis la bande de Gaza une série d’attaques meurtrières vers des bases militaires, des kibboutz et un festival de musique en Israël. Mille deux cent dix-neuf Israéliens sont tués et 251 sont pris en otages.
Israël lance alors une opération militaire sans précédent dans l’enclave palestinienne. À ce jour, plus de 74 000 Palestiniens ont été tués par Israël ou ont succombé en raison de la guerre, en majorité des femmes et des enfants. Plus de 175 000 ont été blessés.
Depuis trois ans, une question se pose : comment Israël, puissance militaire régionale, a pu se laisser surprendre alors qu’il contrôle les Territoires palestiniens occupés ? Depuis plus de mille jours, les Israéliens se demandent comment leur armée, alors focalisée sur la Cisjordanie, n’a pas pu voir venir le massacre et n’est passée à l’action que quatre heures après le début du drame.
► Des alertes d’Abou Dhabi
Selon une enquête menée par deux journalistes du quotidien israélien Haaretz, révélée le 8 septembre dernier et confirmée par le New York Times, le président des Émirats arabes unis a averti Benyamin Netanyahu des plans d’attaques du Hamas dix jours avant le 7 octobre 2023. Les dirigeants palestiniens de l’enclave ne tolèrent alors plus que Netanyahu fasse traîner les négociations qui se tiennent depuis le début de l’année 2023, notamment autour de la levée du blocus.
Lors d’une conversation de 45 minutes, Mohammed ben Zayed se dit préoccupé par le fait que cet événement entraînerait non seulement un bain de sang, mais aussi la déstabilisation de toute la région et la remise en cause des accords d'Abraham. Benyamin Netanyahu répond que la situation est sous contrôle, pensant que si attaque il y a, ce sera en Cisjordanie occupée et non dans la bande de Gaza. Le Premier ministre, qui dément et dénonce les révélations de Haaretz, ne prévient donc aucun de ses services.
► Des responsables de la défense israélienne prévenus d’une attaque imminente
Le 24 septembre dernier, dans une interview accordée à la chaîne égyptienne Al-Ghad, Sufian Abu Zaida, ancien haut responsable du Fatah ayant joué le rôle de médiateur entre Israël et le Hamas avant le 7-Octobre et qui a mis en garde contre une attaque imminente, affirme que les services militaires et de renseignement israéliens étaient au courant d'une possible attaque du Hamas plus de trois semaines avant le 7 octobre. L’ancien haut responsable du Fatah aurait par la suite transmis la menace à ses contacts israéliens.
Moins de trente minutes après, il aurait reçu un appel puis aurait été convoqué à une réunion urgente avec des responsables de la défense dans la ville côtière israélienne d'Ashkelon, près de Gaza. Le chef du service de sécurité Shin Bet, Ronen Bar, avait informé le Premier ministre Benyamin Netanyahu. Le 17 septembre, les responsables militaires et du renseignement israéliens tiennent une réunion d'urgence sans pourtant prendre de décision concrète.
Aujourd'hui l’ancien chef de l’agence de sécurité intérieure du Shin Bet Ronen Bar, qui affirme avoir alerté le Premier ministre d’une catastrophe, est accusé par ce dernier de ne pas l’avoir averti d’une attaque imminente du Hamas. « Après avoir refusé pendant trois ans de reconnaître sa responsabilité (...), il a commencé à publier de manière sélective des documents, de façon manipulatrice et hors de leur contexte (...) À présent que des témoignages concernant les avertissements qu’il a reçus avant le massacre commencent à faire surface, il tente de détourner les soupçons de lui-même en portant des accusations contre ceux qui l’ont averti en temps réel », a déclaré Ronen Bar. Ce dernier réclame aujourd'hui la divulgation de documents ainsi que le témoignage des collaborateurs du chef de l’État.
► Le plan du Hamas entre les mains d’Israël un an avant le 7-Octobre
En juin 2024 déjà, la télévision publique Kan avait révélé l'existence d'un rapport de l'unité 8 200 - unité chargée de décoder et d’analyser les informations obtenues par le service de renseignement – datant du 19 septembre 2023 : il détaillait des entraînements d'unités d'élite du mouvement palestinien en vue de raids contre des positions militaires et des kibboutz dans le sud d'Israël, soit moins de trois semaines avant que le Hamas ne lance son attaque.
Les services israéliens avaient obtenu les plans de l’attaque, un document du Hamas de 40 pages baptisé du nom de code « Mur de Jéricho », un an avant son déclenchement. Pensant que le groupe palestinien ne serait pas capable de mettre sur pied une telle offensive, personne n'avait réagi.
► Les soldates observatrices
« On a tout dit, on a prévenu tout le monde que quelque chose d’important allait se passer… Je suis en colère parce qu’ils n’ont écouté personne », témoigne Maya Desiatnik dans le documentaire Les guetteuses du 7 octobre. Elle faisait partie d’un groupe de soldates non armées, de 18 ans de moyenne d’âge, surnommées « Les yeux d’Israël » (Tatzpi Tanyotte en hébreu, guetteuse ou observatrice), postées dans la base de Nahal Oz, toute proche de la bande de Gaza. Chargées de surveiller la frontière, elles ont averti en vain leur hiérarchie plusieurs jours avant le 7 octobre 2023 qu’une opération se préparait depuis le territoire palestinien. Mais elles n'ont pas été crues.
En 2024, l’une d’elles confiait à nos confrères de Radio France qu’en juin 2023, quand elle était observatrice, elle était devant le groupe du Hamas de Khan Younes. « On pouvait voir des entraînements avec jusqu’à 30 personnes du Hamas qui s’entraînent à comment prendre en otage un soldat, comment tuer quelqu’un, comment briser la barrière, comment tirer sur un tank pour qu’il explose. Ils ont comme des maquettes, des grosses maquettes de notre barrière, de notre frontière, des grosses maquettes de tank. Tout ! Tout ce qu’ils faisaient, on le savait... »