Bien que l'idée de souhaiter leur anniversaire à certains d'entre vous m'ait traversé l'esprit, tant leurs propos semblent fixés par la haine (des enseignants, de l'Ecole...ou du mot socialiste), je vais tenter encore d'expliquer.
Je sais par exemple qu'en octobre, une pétition circulait chez les sympathisants déclarés du FN (ceux de l'UNI sont les mêmes ) sur l'Ecole et sur l'abandon de la méthode globale.
Pourquoi abandonner quelque chose qui n'a jamais été adopté?
Il s'agit de faire peur, en colportant des rumeurs et désigner des boucs-émissaires (la Gauche enseignante).
Les débats et les enjeux concernant la "performance scolaire" se recoupent en effet avec ces questions d'orthographe et de lecture.
1)Sur l'apprentissage de la lecture(et donc de l'orthographe)
Au début de ma carrière, il y a une grosse trentaine d'années quand j'étais en "formation", j'ai en effet beaucoup entendu parler de la méthode globale. Le débat était assez intense, mais restait sur le plan théorique, car un enseignant en responsabilité d'une classe se rend vite compte de ce qui permet ou non à la majorité de ses élèves d'apprendre à lire et écrire, de progresser ou non.
On ne peut en effet pas isoler les deux apprentissages.
Je crois me rappeler que des expérimentations ont eu lieu et que la méthode globale, basée sur l'idée qu'on ne peut apprendre à lire qu'en faisant ce que fait un bon lecteur (reconnaissance instantanée d'un mot, voire d'un groupe de mots ou même d'une portion de phrase,
en même temps que de son sens), n'a jamais été généralisée.
Bien qu'ayant appris à lire moi-même avec la méthode syllabique (qui m'ennuya profondément, je l'avoue) je lus, intéressé, "De la manière d'être lecteur" de Jean Foucambert qui expose avec clarté les fondements de cette méthode.
On a tendance à reproduire (c'est humain) ce qu'on a soi même connu, mais ça ne doit pas empêcher d'innover, voire de "réformer", n'est-ce pas?
Mais je vis en même temps, comme je pouvais m'y attendre, que mes élèves ne pouvaient lire sans "savoir lire" préalablement et que je ne pouvais leur demander de mémoriser des mots entiers, alors que leurs graphies (mots invariables exceptés) dépendent du contexte de la phrase, de son sens.
C'était un effort intellectuel dont de jeunes enfants sont encore incapables.
Au début de l'apprentissage, il est absolument indispensable de montrer le sens de la lecture, c'est à dire CE QUE C'EST que de lire, et donc l'intérêt d'apprendre.
Ce n'est possible que de deux façons (et je mets au défi n'importe quel brûleur de sorcières d'en trouver d'autres, validées par l'expérience).
a) en lisant des textes de haute qualité variés et intéressants aux élèves (contes, légendes, textes de théâtre, documentaires) mais adaptés à leur âge. Et ce, dès la Petite Section de Maternelle.
b) en montrant le rapport entre les mots et les choses (et là il y a un
emprunt à la méthode globale) sur des textes très simples composés de phrases courtes.
Une fois que le plus grand nombre a compris, au bout de deux ou trois semaines, ou en "différenciant, il est nécessaire de montrer que pour ne pas avoir à mémoriser des mots entiers (c'est encore plus fastidieux que pour les syllabes), il est nécessaire d'étudier "le code", la combinatoire des lettres qui composent les syllabes qui composent les mots.
Les élèves les plus actifs n'attendent d'ailleurs pas l'enseignant pour observer et dire qu'on retrouve des parties communes à certains mots et que cela permet de déchiffrer des mots nouveaux.
On démarre donc en deux ou trois semaines l'étude de la combinatoire.
C'est ce que les enseignants désignent comme méthode "mixte".
C'est cette méthode mixte qui est utilisée massivement en France.
Dire que lire c'est déchiffrer continuellement (méthode purement syllabique) est aussi débile que prétendre qu'on peut apprendre à lire sans connaître les syllabes (thèse que l'on attribue d'ailleurs abusivement à la méthode globale, pour d'obscures raisons).
Qu'observe-t-on?
Une fois que le code est connu à...à la louche 60 %, le restant de son apprentissage du moins pour les meilleurs s'accélère. Ils lisent et ô miracle on s'aperçoit qu'ils ne déchiffrent plus. Ils lisent nettement plus vite avec le ton, en respectant la ponctuation, comprennent le sens.
Explication, à force de voir les mêmes mots dans des textes différents, ils les mémorisent globalement, au premier coup d'oeil et n'ont plus besoin d'analyser le mot en syllabes.
Et ce...définitivement.
Mais il arrive nécessairement, du moins si après avoir "appris" on continue de lire, en grandissant, qu'on rencontre des mots nouveaux, qui obligent à recourir au découpage syllabique, associé à des mécanismes de correction de sens (cohérence avec la phrase).
Conséquence: on apprend à lire toute sa vie, pas seulement à l'Ecole.
Si on est un adulte lecteur, bien évidemment.
Des élèves à qui l'on a fourré dans le crâne que lire, c'est déchiffrer, s'obstinent à le faire, se concentrent sur le mot en cours d'analyse et oublient la phrase, ça prend plus de temps de sorte qu'arrivés à la fin, ils ont oublié le début et l'ensemble.
Ils n'ont donc pas accès au sens, et la lecture devient une corvée absurde qui sera abandonnée dès que possible.
Pour ceux qui apprennent et continuent de lire pour eux, chaque mot a une ou plusieurs images mentales que l'on peut appeler graphies régies par des règles contextuelles (orthographe grammatical) ou non (orthographe lexical).
2) Il y a un contexte général et non purement scolaire.
En "autorisant" la multiplication des graphies possibles, selon la logique de chacun, on complique la tâche des déjà lecteurs. La langue devient non plus un code commun, dont l'apprentissage demande un EFFORT (dont tout le monde est CAPABLE, hors cas pathologiques) mais un code variable au gré des caprices.
Que va-t-il se passer pour un enseignant qui possède le code "ancien" et qui en est le médiateur? Comment va-t-il enseigner l'Orthographe?
Les conflits avec les parents concernant une "faute" sanctionnée (par une note) de leur progéniture (en majesté de droit divin) ne peuvent que se multiplier alors qu'ils sont déjà innombrables.
Ensuite des mots comme oignon/ognon, qui sont "simplifiés, ralentissent la lecture.
Va-t-on écrire aussi Meussieu au lieu de Monsieur?
Ou encore Mecieu?
C'est "logique" (du point de vue syllabique), non?
La lecture des oeuvres de la littérature qui, jusqu'ici, garantissait (entre autres choses) la progression dans la maîtrise de la langue (et de l'Orthographe), va devenir de facto, la lecture d'oeuvres écrites en langue
étrangère aux nouveaux lecteurs, à moins qu'on ne les traduise dans leur langue.
Mais tout ceci ne signifie peut-être qu'il n'y a plus d'autre règle que la logique...de chacun.
Et encore un point de marqué par l'ego-centrisme, le narcissisme qui étaient le libéralisme.
Un boulevard s'ouvre à la médiocrité.
Et donc à la violence (verbale ET physique) ... comme celle pratiquée par l'UNI que j'ai bien connue.
3) Qu'est-ce qui fait "baisser le niveau"?
D'un âne aucun enseignant ne pourra jamais faire un cheval de course.
C'est une blessure narcissique que doit accepter chaque enseignant afin de pouvoir poursuivre.
Or, nous avons de plus en plus d'ânes en classe.
Certains parce que voyant comment leurs parents ont réussi, ils ont envie d'échouer.
D'autres parce qu'ils ne voient jamais d'autres exemples que leurs profs alors que l'Ecole est insultée, méprisée et violentée, que l'honneur et la respectabilité des enseignants sont bafoués quotidiennement, en tout premier lieu par ceux qui prétendent les "restaurer"(comme les libéraux et l'extrême-droite avec désormais le PS) .
Bref: leurs parents.
Hé oui, il y a un contexte social.
Les parents défendent presque systématiquement leur progéniture contre les décisions ou les sanctions des enseignants.
Le modèle de "réussite" est l'intrigue et l'arrivisme. Il passe par la concurrence et la compétition (et la servilité dans l'Entreprise) la possession d'objets signifiants du narcissisme, par le consumérisme.
Alors que l'Ecole propose de développer la personne.
Le temps passé passivement devant les écrans (violence, pauvreté du langage au profit des détonations et des injures). La publicité joue un rôle central, car en utilisant des références historiques ou des oeuvres (musicales principalement) pour vendre sa camelote, elle crée une bouillie infecte où il n'y a plus ni repères ni structures. Elle participe ainsi à la construction de représentations du monde qui font OBSTACLE aux apprentissages.
Je développe?