Si le RN arrivait au pouvoir il musèlerait les médias qui lui sont hostiles.
Après son interview de Jordan Bardella, Barbara Olivier-Zandronis réagit : «Ce n’était pas du militantisme, mais du journalisme»
Après s’être vue retirer la présentation du 13 heures le week-end sur la radio guadeloupéenne RCI, suite à son interview du président du Rassemblement national jugée trop agressive, la journaliste, soutenue par des personnalités politiques et médiatiques, dénonce une décision «disproportionnée».
Barbara Olivier-Zandronis le maintient, elle n’a pas commis «de faute professionnelle» mais «posé des questions factuelles». Trois jours après s’être vue retirer la présentation des journaux de 13 heures du week-end de la radio guadeloupéenne RCI, à la suite d’une interview de Jordan Bardella, vendredi, jugée trop agressive par sa direction, la journaliste reste stupéfaite par le sort qui lui a été réservé, confie-telle à Libé : «Que ma direction ne soit pas d’accord avec mon choix de questions, c’est entendable. Toute interview est critiquable. Mais que je sois écartée de l’antenne pour ça, c’est disproportionné ! J’ai employé le même ton qu’avec toutes les personnes que j’interviewe, qu’il s’agisse du RN, d’hommes politiques indépendantistes ou de militants syndicalistes comme Elie Domota, voire du sénateur socialiste Victorin Lurel que j’ai déjà reçu.»
Barbara Olivier-Zandronis dit surtout avoir abordé l’entretien avec Jordan Bardella comme celui «d’un candidat en campagne électorale, tête de liste du Rassemblement national aux élections européennes, qui arrive aux Antilles en représentant un parti qui a un certain passif et qui dit avoir un nouvel ADN. Le RN venait, pour la première fois ici, de tenir une réunion publique jusqu’au bout. C’est historique ! Jean-Marie ou Marine Le Pen n’y étaient jamais parvenus (1). Il vient parler de ses préoccupations sur l’outre-mer, je le questionne sur ce que son parti fait pour ces régions-là. C’est légitime.»
Tout en rappelant le contexte : son interview arrive au bout d’une visite de trois jours de Jordan Bardella aux Antilles, sa parole a alors déjà été entendue partout. La journaliste estime que le président du RN est d’ailleurs venu «
mal préparé» sur les questions ultra-marines : «
Jordan Bardella est arrivé en tongs !», s’est-elle même exclamée dans une interview à Arrêts sur images.
«
Un mauvais signal»
L’affaire a pris de l’ampleur ce week-end jusqu’à atteindre un retentissement métropolitain, notamment à la suite de messages postés sur X (ex-Twitter) par Olivier Nicolas, secrétaire national aux outre-mer du Parti socialiste. Mardi matin, la pétition de soutien à Barbara Olivier-Zandronis sur la plateforme Change.org atteignait près de 15 000 signatures. La journaliste a reçu le soutien de nombreuses personnalités politiques et médiatiques, ainsi que celui de différents syndicats de journalistes, comme le SNJ qui écrit lundi dans un communiqué : «
Nous ne pouvons accepter la décision de la direction de RCI Guadeloupe qui est clairement un désaveu du travail de sa journaliste, et un bien mauvais signal envoyé aux consœurs et confrères amenés à interviewer des dirigeants politiques.»
En Guadeloupe, après un temps de malaise, le sujet est arrivé au centre des conversations lundi. L’affaire a été abordée par le service public, Guadeloupe 1ere, et par la chaîne locale Canal 10, avec les explications du directeur délégué de RCI Hervé de Haro. Celui-ci a répété, après ses propos dans Libération, que «la question n’était pas sur le fond de l’interview, mais sur la forme. La forme était celle d’un débat politique». Il a par ailleurs contesté toute intervention du RN dans cette affaire et réfuté le terme de «sanction», décrivant Barbara Olivier-Zandronis comme une «jeune journaliste» installée à la présentation du journal «pour la tester». «Nous avons décidé de la suspendre momentanément de la présentation pour faire le point avec elle.» Enfin, selon lui, le scandale n’a pas lieu d’être parce qu’«il n’y a pas eu le moindre communiqué des journalistes de RCI. C’est un sujet vraiment interne», a-t-il déclaré à Canal 10. Mais sans syndicats de journalistes sur l’île, et avec un marché de l’emploi limité à quelques médias, difficile pour la corporation locale de prendre la parole sur le sujet.
«
Tout cela pour garder de bonnes relations avec le RN»
Au sein de RCI, qui ne compte qu’un délégué syndical dans ses rangs – qui n’a pas souhaité répondre –, une certaine réserve prédomine. «L’ensemble de la rédaction n’a pas voulu prendre de position sur l’affaire», explique un journaliste de la radio guadeloupéenne qui a requis l’anonymat. Lundi matin, l’habituelle conférence de rédaction est revenue sur le tapage médiatique autour de la sanction contre Barbara Olivier-Zandronis, moins contre la sanction elle-même. Le journaliste interrogé se range, lui, du côté de sa direction, pointant un «ton surprenant» adopté par Olivier-Zandronis : «Ce style d’interview en radio, à 13 heures, n’est pas celui que l’on a habituellement avec les élus politiques.» Du côté de ses défenseurs, on estime qu’au-delà de la sanction, la direction de RCI aurait quand même pu avoir un mot de soutien à sa journaliste à propos des attaques de la part Jordan Bardella à son encontre – qui a notamment dit, lors de l’interview : «Les écoles de journalisme ne sont plus ce qu’elles étaient.»
Au sein de la radio, on suspecte surtout que le tapage médiatique ait été orchestré par le beau-père de Barbara Olivier-Zandronis, Danik Zandwonis, journaliste indépendantiste qui se définit comme «militant sur le front de l’information», aussi créateur du média antillais Caraib Creole News.
Du côté de la direction de RCI, les mêmes soupçons pèsent sur l’interview initiale de Jordan Bardella par Barbara Olivier-Zandronis.
Mais pour les défenseurs de la journaliste, celle-ci «n’est pas obligée d’avoir les idées de son beau-père. Ce ne sont d’ailleurs pas ses idées politiques qui sont en cause !»
«Ces accusations sont fausses, je ne suis encartée nulle part, et sympathisante d’aucun parti», répond Olivier-Zandronis. Contacté, Danik Zandwonis défend simplement que «la direction de RCI préfère ne pas entendre, et continue à dire urbi et orbi : “
Ce n’est pas une sanction, c’est juste un problème interne.” Affligeant que RCI continue ainsi à se décrédibiliser dans tout le paysage audiovisuel caribéen et franco-français… Tout cela pour garder de bonnes relations avec le RN et son électorat.»
Reste que la journaliste, qui n’est pas encore revenue à la rédaction depuis que l’affaire a pris des proportions nationales – sa semaine de travail commence le mercredi –, se retrouve dans une position délicate vis-à-vis de sa direction. Celle-ci a répété sur les antennes locales que Barbara Olivier-Zandronis continuerait de faire du reportage, et qu’un éventuel retour à l’antenne, en présentation, pourrait avoir lieu d’ici la fin de son CDD en juin.
La concernée, elle, déclare ne pas vouloir «rentrer dans une polémique politique, je veux juste faire mon travail de journaliste. Je tiens à remercier tous ceux qui m’ont soutenu dans cette tornade médiatique. J’ai aussi une pensée pour mes confrères et collègues de RCI qui n’ont rien à voir avec toute cette affaire. Ils font leur job au quotidien avec passion et déférence envers seulement et uniquement : l’information !»
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