"« Un trou noir » : pourquoi des centaines de migrants détenus à “Alligator Alcatraz” ont-ils disparu ?
Perdu au cœur des marécages, le centre de détention se distinguait déjà par les conditions inhumaines qui y règnent. Alors que les autorités américaines semblent avoir perdu la trace de plusieurs centaines d’immigrants en situation régulière, c’est désormais son opacité qui est pointée du doigt.
Où sont passés les détenus d’“Alligator Alcatraz”, le centre de rétention pour immigrants érigé par Donald Trump en modèle national ? La presse américaine rapporte que les deux tiers auraient purement et simplement disparu. Selon le Miami Herald, environ 800 détenus auraient disparu des bases de données de l’ICE - la police de l’immigration, qui multiplie les rafles depuis l’élection de Donald Trump. Pour plus de 450 autres, le système est incapable d’indiquer où ils se trouvent : les avocats et leurs familles sont invités à « appeler l’ICE pour plus de détails ».
Aménagé en une semaine sur un ancien aérodrome dans les Everglades, au sud de la Floride, le centre a été conçu pour accueillir jusqu’à 3 000 détenus. Les autorités l’ont baptisé “Alligator Alcatraz” en référence à sa position au milieu de marécages infestés d’alligators, de serpents et de moustiques. Les conditions de vie y sont réputées déplorables : les détenus sont enfermés dans des cages collectives, dans des tentes sans climatisation, et n’en sortent pratiquement jamais.
Mais Donald Trump assume : « Un peu controversé, mais je ne pourrais pas m’en moquer davantage », a déclaré le président américain lors d’une visite inaugurale du site le 1er juillet, plaisantant sur la manière de s’enfuir devant un alligator. « Un grand nombre de personnes se déporteront d’elles-mêmes, car elles ne veulent pas se retrouver à “Alligator Alcatraz” ou dans d’autres endroits de ce genre », avait renchéri Ron DeSantis, gouverneur républicain de Floride.
Un « trou noir » administratif et juridique
Les accusations de coups et mauvais traitements se sont aussi multipliées. Symbole pour Donald Trump de la fermeté de sa politique migratoire, “Alligator Alcatraz” est devenu pour ses opposants celui de l’inhumanité de son administration. Certains n’hésitent pas à parler de camp de concentration. L’ACLU, principale association américaine de défense des libertés publiques, l’a qualifié de « trou noir ». Une fois entrés, beaucoup d’immigrants ont tendance à disparaître des radars.
Le Miami Herald cite le cas d’un Cubain de 35 ans, censé avoir été transféré d’“Alligator Alcatraz” vers San Diego (Californie). Son avocat et sa famille ont perdu sa trace pendant plus d’une semaine, avant qu’il n’appelle du Mexique où il avait été déporté. Un père de famille de 53 ans a également été expulsé vers le Guatemala, au lieu d’être conduit à Miami où il était convoqué afin d’être libéré sous caution. Son avocat tente de le faire revenir. Il vivait en Californie depuis près de 25 ans.
Un second centre ouvert en Floride
Plusieurs recours ont été intentés afin de faire fermer “Alligator Alcatraz”. Fin août, un juge avait ordonné son évacuation et la remise en état du site, mais sa décision a été suspendue par une cour d’appel. Le centre s’est depuis vidé d’une grande partie de ses détenus, dont on ignore où beaucoup se trouvent. Il est possible que certains aient été transférés vers un second centre de détention ouvert dans le nord de la Floride et baptisé Deportation Depot.
Le gouvernement américain a annoncé mardi avoir expulsé, ou poussé au départ, plus de deux millions d’immigrants, le plus souvent présentés par les autorités comme des criminels ou des membres de gangs. Selon le centre de recherches TRAC, au 7 septembre, plus de 58 700 immigrants étaient détenus aux États-Unis. Sept sur dix n’ont aucun antécédent criminel, et beaucoup d’autres n’ont été reconnus coupables que de délits mineurs, y compris des infractions routières."
https://www.ledauphine.com/faits-divers ... ls-disparu
On n'est pas loin des camps de concentration, les chambres à gaz et le travail obligatoire en moins.