Un art jugé « trop conceptuel, trop pointu… »
« J’aimerais visibiliser des artistes qui ont plus de liens ou d’inspiration avec des grands maîtres de la région, comme Matisse, Léger, Cocteau. J’ai déjà quelques noms en tête », rebondit l’experte en art moderne et impressionnisme. Pour elle, le collectif était « trop conceptuel, trop pointu. Leur dernière expo s’appelle Cru, cuit, miam… Je le dis dans l’ordre ? Les gens sont perplexes, perdus », assure-t-elle.
Malgré des ateliers participatifs et conviviaux
Une critique qui ne correspond en rien à la vision portée par la présidente de la MDAC. Sans rentrer dans la polémique - « ça ne sert à rien d’être en force » - Anne Séchet, professeure à la villa Arson, dépeint un collectif ouvert où les artistes présentent leur œuvre au public, coconstruisent des expos, initient aux techniques de réalisation.
« L’inverse d’un entre-soi », résume celle qui promeut « l’art joyeux, partagé, multigénérationnel ». À ceux qui montent à la barricade, elle préfère la foule amicale, invitée le week-end des 26 et 27 septembre entre 15 heures et 22 heures pour des adieux conviviaux… qui serviront aussi d’occasion pour visiter gratuitement l’exposition devant s’achever le 4 octobre. « S’il y a du monde, ça voudra dire quelque chose », glisse l’artiste.
Après la date butoir, le collectif continuera « en nomade ». Ses événements annuels, tels que La Parade des Artistes, ou saisonniers, tels que Les Veillées Poétiques, se poursuivront « ailleurs ». S’appuyant sur le réseau d’art contemporain Botox(s), la MDAC espère pouvoir rebondir dans d’autres ateliers. Certainement en dehors de Cagnes-sur-Mer.
Tollé face à une « censure de l’extrême droite »
Tant la disparition du lieu que le limogeage des artistes ont suscité un tollé chez des acteurs culturels et des élus. « On perd un lieu unique dans le paysage de l’art contemporain sur la Côte d’Azur », résume une adhérente du collectif, qui souhaite rester anonyme. « Ce n’était pas juste un lieu d’exposition » mais « un laboratoire d’idées, une pépinière de jeunes talents ».
"La mairie est dépassée par ce que l’on fait"
« L’atelier était à la fois tourné vers le territoire et l’international. Mais la mairie est dépassée par ce que l’on fait. Ils trouvent ça trop intello et préfèrent l’événementiel à la culture », riposte une consœur. Une troisième assène : « C’est une censure de l’extrême droite. »
« Confiscation de la culture »
Analyse partagée par la CGT Spectacle 06, qui dénonce dans un communiqué une « mise au pas culturelle » visant à faire « disparaître un lieu libre, indépendant, collectif et profondément ancré dans la vie artistique locale ». Le syndicat appelle à la mobilisation « contre la confiscation de la culture par l’extrême droite ».
Enfin, l’opposant (PCF) Cédric Garoyan « tombe des nues » : « On n’en a pas discuté en conseil municipal. » Il interroge : « Quelle place pour la création contemporaine, les artistes émergents, les formes expérimentales, l’art qui ne se contente pas d’être décoratif ou consensuel ? » Philippe Touzeau-Menoni (divers centre) conclut : «
Quand on veut se débarrasser de son chien, on dit qu’il a la rage. »
https://www.nicematin.com/culture/arts/ ... e-10711641