"Guerre en Ukraine: Kiev déploie un immense réseau d'imprimantes 3D pour fabriquer des armes
Faisant fi des moqueries, l'Ukraine impose un modèle industriel inédit basé sur un réseau d'imprimantes 3D, dispersées dans le pays, qui permet de créer et d'adapter les équipements en temps réel sur le front.
Tout vient au départ d'une remarque dédaigneuse, voire carrément déplacée. À la fin mars, Armin Papperger, PDG du géant allemand de l'armement Rheinmetall, se moquait ouvertement de la production ukrainienne de drones, décrivant les concepteurs de ces engins voués à la guerre, comme des "femmes au foyer qui assemblent des pièces dans leur cuisine avec des imprimantes 3D". Ce grand patron, l'un des plus gros fabricants de tanks et de systèmes d'artillerie en Europe, affirmait dans les colonnes de The Atlantic : "Ce n'est pas de l'innovation, ça. Ça s'appelle jouer avec des briques Lego !"
Traités de ménagères, les Ukrainiens prouvent pourtant face à la Russie qu'un drone bricolé avec seulement quelques pièces peut détruire un char d'assaut qui coûte des millions. Sur le terrain, la victoire ne revient plus forcément au plus puissant, mais à celui qui trouve le plus rapidement des solutions à partir des composants, ou "briques", disponibles.
Des imprimantes du commerce transformées en "micro-usines"
Les systèmes complexes, perfectionnés pendant des années en usine ou en laboratoire, sont aujourd'hui supplantés par des solutions modulaires et à bas coûts. Un modèle qui tranche avec les méthodes classiques. Historiquement, les armées occidentales ont toujours considéré l'impression 3D comme un outil lourd et centralisé, utilisé pour des fabrications difficiles. L'US Navy, par exemple, déploie des imprimantes 3D par fusion sélective au laser (SLM) sur des porte-avions et des sous-marins nucléaires pour développer des composants de moteurs en mer.
L'Ukraine a choisi une autre voie, plus rapide et accessible. De simples imprimantes, que l'on peut trouver partout dans le commerce, sont devenues des "micro-usines autonomes", expose Defense Express, mardi 7 avril. Elles permettent aux unités de fabriquer directement sur place, selon leurs besoins, sans attendre des mois un intermédiaire ou la livraison d'une pièce manquante.
Une grande chaîne de production invisible
Au début de la guerre, en 2022, il s'agissait surtout de bricolage. Les volontaires fabriquaient des ailerons rudimentaires, des supports ou encore des systèmes de largage improvisés pour les drones commerciaux DJI Mavic. Mais avec le temps, la production s'est structurée, jusqu'à devenir, entre 2024 et 2026, un véritable réseau d'ingénierie. Ils produisent désormais des supports spécialisés pour les équipes mobiles de défense aérienne, des protections pour les véhicules terrestres sans pilote (UGV) et des composants spécifiques pour réutiliser d'anciennes munitions soviétiques. Chaque objet peut être repensé et remplacé en continu, en fonction des retours d'expérience.
La véritable force du modèle ukrainien réside dans sa décentralisation. Il n'existe pas d'unité de production unique susceptible d'être ciblée et détruite par l'ennemi. Le réseau va de simples volontaires travaillant à domicile à des groupes d'ingénieurs comme Steel Hornets, en passant par des grands fabricants tels que Wild Hornets, qui intègrent des composants imprimés en 3D dans la production en série.
Des plateformes comme DrukArmia coordonnent l'ensemble et répartissent les commandes. Les coûts sont très faibles et les délais très courts. Un système habile, loin du "jeu de Lego" d'Armin Papperger, qui inspire déjà d'autres armées.3
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