"Après les émeutes urbaines, l’inquiétante dérive de la droite républicaine
Éditorial
Le Monde
A rebours de l’apaisement prôné par Jacques Chirac au lendemain des émeutes de 2005, les responsables de LR ont choisi, après celles consécutives à la mort de Nahel M., de s’inscrire dans l’univers mental de l’extrême droite.
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Depuis le surgissement des émeutes urbaines consécutives à la mort du jeune Nahel M., tué par un policier à la suite d’un refus d’obtempérer le 27 juin, les élus du parti Les Républicains (LR) se livrent à un festival de déclarations plus consternantes les unes que les autres.
Faisant fi des indications du ministre de l’intérieur selon lesquelles « moins de 10 % des 4 000 personnes interpellées étaient étrangères », le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, a établi un lien direct entre les émeutiers et l’immigration, en des termes particulièrement choquants, déclarant le 5 juillet sur Franceinfo : « Certes, ce sont des Français, mais ce sont des Français par leur identité. Malheureusement, pour la deuxième, la troisième génération, il y a comme une sorte de régression vers les origines ethniques. »
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Dans la même veine, le député européen François-Xavier Bellamy a estimé le même jour dans Le Figaro que « naturalisation ne veut pas dire assimilation » et fustigé des « délinquants qui crient leur haine de la France et brûlent son drapeau ». Se trouve ainsi propagée par des élus LR la vieille rhétorique de l’extrême droite opérant une distinction entre Français, les vrais et les faux, ceux « de souche » et les autres.
Perte de repères
La digue a lâché, sans que l’on parvienne à faire la part entre le cynisme politique et la désinhibition personnelle, ce refus proclamé d’une France colorée vécue comme une menace, qui banalise de fait la parole raciste. Un fort rejet affleurait dans l’exclamation de la sénatrice LR du Val-d’Oise Jacqueline Eustache-Brinio, lançant à propos des jeunes interpellés : « La plupart des gens qui ont été arrêtés sont français, d’accord. Mais ça ne veut plus rien dire, aujourd’hui. Ils sont comment français ? »
Chauffée à blanc par Eric Zemmour, qui a brandi dès les premières scènes de violence le spectre d’une « guerre ethnique ou raciale », paniquée à l’idée que la séquence politique puisse profiter à Marine Le Pen, celle qu’on avait coutume de nommer « la droite républicaine » est en train de perdre tous ses repères.
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A rebours de l’apaisement prôné par Jacques Chirac au lendemain des émeutes de 2005, elle joue avec le feu, feint d’ignorer qu’une faute policière est à l’origine de l’embrasement, refuse de s’interroger sur les moyens d’améliorer l’intégration de Français qu’elle ne considère plus vraiment comme tels, établit un lien direct entre délinquance et immigration, et ce faisant s’inscrit pleinement dans l’univers mental de l’extrême droite.
Après avoir qualifié les émeutiers de « barbares », le président du parti, Eric Ciotti, a fait ces derniers jours assaut de propositions sécuritaires et antimigratoires. De la forte augmentation du nombre de places de prison à l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans, de la suppression des allocations familiales pour les parents de délinquants à la déchéance de nationalité des criminels binationaux, son catalogue n’a rien à envier à celui de Marine Le Pen."
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