Ils sont venus ils sont tous là....
Comment la droite baise l’anneau de Vincent Bolloré
Tous les dirigeants LR, mais aussi François Bayrou, se sont précipités au 70e anniversaire d’Europe 1. Et cela pour s’attirer les bonnes grâces d’un propriétaire cherchant à installer en France une hégémonie culturelle réactionnaire.
Ils ont la mine réjouie de ces amis et cousins réunis pour une fête de famille. Les stars de la droite se sont précipitées à la sauterie du 70e anniversaire d’Europe 1, la radio bollorisée, mercredi dernier, au restaurant Baronne à Paris. Le 8 juin, le JDD, hebdomadaire bollorisé, dans une opération bien rodée d’autopromotion du groupe, affiche ses invités sur une pleine page :
Nicolas Sarkozy, Gérald Darmanin, Laurent Wauquiez, François Bayrou, Eric Ciotti, Rachida Dati et, en majesté (la photo est plus grande), encadré de Constance Benqué et Donat Vidal-Revel, les deux dirigeants-courroies de transmission des désirs de Vincent Bolloré, l’espoir présidentiel du moment de la droite réac : Bruno Retailleau.
La plupart des invités en photo, quasiment tous LR, aucun de gauche, espèrent avoir un peu plus les faveurs de Vincent Bolloré qui a réussi à les convaincre qu’il serait le faiseur de roi de 2027. Chacun d’eux consulte régulièrement le parrain Bolloré, qui les choit et les conseille.
Bolloré a ainsi approuvé, à l’avance, la trahison d’Eric Ciotti et son ralliement à Marine Le Pen en 2022. Il choisit ses favoris du moment. Clairement la pleine page du JDD indique que c’est Retailleau.
Petits soldats
Mais alors qu’il était, par le passé, reproché aux grands médias généralistes et populaires de ne pas être assez irrévérencieux envers les politiques, un autre phénomène apparaît à droite : signe des temps où les puissants ne sont plus les élus mais les empereurs de l’industrie, propriétaires de médias, ce sont maintenant les LR qui se prosternent devant le nouveau chef de clan et en font des tonnes pour être bien vus par Vincent Bolloré.
Tant pis si CNews, le JDD ou Europe 1 passent leur temps à reprocher au gouvernement, dont LR fait partie, d’être «laxiste» ; tant pis si ce groupe de médias noircit toute l’actualité et «déjournalise» son journal, sa radio et sa télé pour en faire les vaporisateurs des fantasmes de l’extrême droite. Les petits soldats LR, qui se disent tous «et si c’était moi» en pensant à 2027, ayant le sentiment que le prochain président devra avoir été adoubé par Bolloré, passent sur toutes les outrances de ces médias.
Médias qui pourtant fustigent l’action du gouvernement dont ils font partie.
Un instrument au service d’une stratégie gramscienne
Il est bien loin ce passé, dans les années 60 et 70, ou Europe n°1 (tel était son nom à l’époque) était considérée comme la radio la plus libre et la plus inclassable. Europe n°1 était aussi la plus innovante. L’un de ses rédacteurs en chef emblématique, Maurice Siegel, était accusé par le pouvoir gaulliste de «persiflage».
Il a été poussé vers la sortie. En 1968, contrairement à France Inter qui obéissait au pouvoir, Europe n°1 fut la première à avoir eu l’audace de couvrir, avec des reporters en direct de voitures et motos émettrices, les manifs de mai.
Autant dire que l’ADN d’Europe n°1 n’était alors pas l’autoritarisme, ni la connivence avec le pouvoir. La radio s’est assagie dans les années 2000 mais, aujourd’hui, comme les autres titres de Vincent Bolloré, elle est un instrument, non plus au service d’une information journalistique (même d’opinion) mais d’une stratégie gramscienne : instaurer une hégémonie culturelle réactionnaire et faire du prochain président de droite son obligé.
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