............................Trois ans après la fusillade au lycée Tocqueville de Grasse, deux jeunes jugés à partir de lundi.............................
En mars 2017, alors âgé de 16 ans et élève en 1ère, K. aurait blessé plusieurs personnes avec un fusil à pompe. Son ami L. l’aurait aidé dans la préparation de son acte.
Jeudi 16 mars 2017, 12h30. Un jeune garçon de 16 ans entre dans le lycée général et technologique Alexis de Tocqueville de Grasse (Alpes-Maritimes), où il est scolarisé en première L. Il avait avec lui des dessins portant sur la tuerie de Columbine (États-Unis) et plusieurs armes, dont un fusil de chasse.
Il fait feu à plusieurs reprises, semant la panique dans l’établissement, avant d’être interpellé par la police. Plusieurs de ses camarades ainsi que le proviseur du lycée, qui a tenté de s’interposer, sont légèrement blessés. «Nous sommes passés à côté du pire», réagit Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale de l’époque.
Trois ans plus tard, K., aujourd’hui âgé de 19 ans, est jugé à Nice, à compter de ce lundi 2 mars et jusqu’au vendredi 20 mars, pour «tentative d’assassinat». À ses côtés, son ami d’enfance L., 20 ans, soupçonné d’avoir été son complice dans la préparation de la fusillade. K. sera défendu par le célèbre Me Éric Dupond-Moretti; L. par Me Luc-Philippe Febbraro, avocat au barreau d’Aix-en-Provence.
Passionnés par les tueries de masse
L’enquête dresse le portrait de deux garçons en marge des adolescents de leur âge, amateurs de jeux vidéo violents, passionnés par les tueurs en série et les tueries de masse. «On jouait dans le canapé à la console, on dégommait des gens et on s’est dit: “Ça pourrait être rigolo en vrai”», déclare ainsi L. à une psychologue, rapporte Le Monde en juillet 2018.
Fils d’un conseiller municipal de droite de Grasse, K. aurait établi une liste d’élèves avec lesquels il voulait «régler des comptes». Le 15 mars 2017, la veille des faits, il aurait également tourné une vidéo devant son lycée en annonçant: «Tout ça va brûler. Demain, c’est le grand jour, j’aurai ma revanche».
Le procès, «un mal nécessaire»:
À l’audience, K. et L. feront face à de multiples parties civiles: plusieurs élèves, une vingtaine d’enseignants et le proviseur. Blessé au bras lors de la fusillade, ce dernier a reçu la Légion d’honneur en avril 2017 pour son «sang-froid exemplaire et admirable», selon les termes de Najat Vallaud-Belkacem. Il travaille désormais dans un lycée professionnel de Cannes.
«Ce procès est une véritable épreuve, un mal nécessaire», déclare Me Aurélie Huertas, avocate de deux lycéens blessés le jour de l’attaque. «Aujourd’hui, la vie de [ces] adolescents est brisée. Cauchemars, phobies, repli social, attaques de panique, aboulie... Ils souffrent d’un grave stress post-traumatique. [Ils ont] une peur panique d’une remise en liberté [de K.], d’une justice trop clémente.»
L’excuse de minorité sera-t-elle retenue?
Le procès se tiendra devant la cour d’assises des mineurs des Alpes-Maritimes, compétente puisque K. et L. étaient âgés de 16 et 17 ans le jour de la fusillade. En théorie, l’audience devant une cour d’assises des mineurs se tient à huis clos. Mais les accusés étant aujourd’hui majeurs, la cour peut décider d’ouvrir les débats au public.
K. est poursuivi pour «tentative d’assassinat», ainsi que plusieurs délits connexes liés aux armes qu’il est accusé d’avoir apportées au lycée; L. est jugé pour complicité des mêmes infractions. L’article 221-3 du Code pénal prévoit, pour un majeur, une peine pouvant aller jusqu’à la réclusion criminelle à perpétuité. Mais K. et L. étaient mineurs au moment des faits.
Si elle déclare les deux jeunes gens coupables, la cour a donc le choix. Soit elle les fait bénéficier de l’excuse de minorité, et elle ne pourra les condamner à plus de la moitié de la peine encourue par un majeur - dans ce cas, 20 ans de prison. Soit elle refuse l’application de cette excuse de minorité «par décision spéciale et motivée» ; les accusés ne pourront alors écoper de plus de 30 ans de prison.
Source:Le Figaro.
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