"Jordan Bardella a revendiqué un siège pour le RN à la cérémonie d’hommages, tandis que Julien Odoul a exprimé sa « honte » en voyant des rescapés chanter.
POLITIQUE - À l’occasion des dix ans du pire attentat ayant frappé la France, il y a ceux qui se saisissent des commémorations pour penser aux victimes et à leurs proches. Et puis il y a le Rassemblement national, qui en profite pour faire de la politique. Et pas uniquement des seconds couteaux, gourmands de visibilité toxique sur les réseaux sociaux. Le président du parti, Jordan Bardella, s’est servi de l’événement pour attirer la lumière sur sa personne.
Invitée de CNews ce jeudi 13 novembre, l’eurodéputé s’est offusqué de l’absence du parti lepéniste aux cérémonies organisées à Paris. « Nous n’avons pas été invités », a fustigé Jordan Bardella, affirmant que la formation d’extrême droite est victime d’une ostracisation voulue par Emmanuel Macron et Anne Hidalgo. « Quand on cherche à écarter Marine Le Pen et moi-même, on cherche à écarter des millions de Français. Je ne veux pas polémiquer dans un jour comme celui-ci, mais je trouve ça inélégant et regrettable », a-t-il déploré, jugeant la situation « invraisemblable ».
Ce qui a poussé la mairie de Paris à réagir, en expliquant que le Parlement dans son ensemble était représenté par Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale et par un vice-président du Sénat. Quant à l’insoumise Sophia Chikirou, elle était présente en sa qualité de parlementaire parisienne. « La très grande majorité des places étaient réservées aux familles », justifie encore l’entourage d’Anne Hidalgo, soulignant que « les présidents de partis n’étaient pas invités ». Sauf que Raphaël Glucksmann, eurodéputé et patron de Place Publique, était bien présent. Mais, selon nos informations, l’eurodéputé a lui-même fait la demande d’y assister.
Pour autant, et indépendamment du format de la cérémonie, la mairie « assume de ne pas avoir invité Jordan Bardella », en renvoyant à ses propos tenus la veille au Parlement européen sur le 13 novembre, jugés incompatibles avec la dimension mémorielle de l’événement auquel, rappelons-le, ni Olivier Faure, ni Bruno Retailleau, ni Marine Tondelier, ni Manuel Bompard ou Jean-Luc Mélenchon n’étaient conviés. Assez court, donc, pour crier au scandale. Qui plus est dans un jour aussi grave requérant un minimum de dignité ou, à défaut, de retenue.
Odoul a « honte » des rescapés
Malgré ces explications protocolaires, le parti d’extrême droite n'en démord pas, à l’image du député RN Frédéric Boccaletti, qui dénonce le « sectarisme » des organisateurs de la cérémonie. Il faut dire que, malgré les efforts de dédiabolisation, la tentation de l’instrumentalisation, voire de la provocation, finit souvent par prendre le dessus.
C’est ainsi que Julien Odoul, porte-parole du RN, a exprimé sa « honte » devant une séquence des commémorations. Plus précisément, le moment où le Chœur du 13, une chorale composée de 44 rescapés des attentats, entonnait la chanson Shooting Stars du groupe californien Rival Sons. Un titre dans lequel, en anglais dans le texte, résonnent ces paroles : « Mon amour est plus fort que ta haine ne le sera jamais et ma foi est plus profonde que la tienne ».
Intolérable pour le député de l’Yonne, qui s’interroge sur son compte X : « Où se cache la Furia Francese ? ». Au-delà de l’attaque visant un collectif de rescapés (qui plus est un 13 novembre), Julien Odoul utilise ici une expression italienne décrivant la « fougue » militaire française dans plusieurs batailles emblématiques à travers les siècles. Une référence prisée dans les milieux nationalistes groupusculaires, qui a aussi inspiré le titre d’une revue d’extrême droite, menacée de disparition après une plainte pour incitation à la haine raciale.
Députée siégeant au sein du groupe RN à l’Assemblée, Anne Sicard s’est pour sa part jointe à la croisade lancée par l’influenceur identitaire Damien Rieu à l’encontre de la compagne de Karim Benzema, Lyna Khoudri, qui a lu un texte de Charlotte Delbo lors des hommages.
Soit un rappel de la filiation du parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen, incapable de se joindre à un recueillement national sans essayer d’en tirer profit politiquement. Ce jeudi 13 novembre, plusieurs groupuscules d’extrême droite, de l’Action française aux Natifs à Paris, ont organisé des actions visant à instrumentaliser la haine malgré les commémorations. En cédant à l’indécence en ce jour précis, le RN s’est retrouvé plus proche d’eux que des autres partis siégeant au Parlement."
https://www.huffingtonpost.fr/politique ... 57141.html