Faut ilen rire ou en pleurer ?

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«Nicolas liberté !» : avant l’entrée de Sarkozy à la Santé, une manif de soutien aux airs de rassemblement d’anciens combattants
Avant que l’ex-président de la République ne se rende au centre pénitentiaire parisien pour être incarcéré, ce mardi 21 octobre au matin, une petite foule à la moyenne d’âge élevée l’attendait près de son domicile parisien pour témoigner de sa sympathie.
Ce mardi 21 octobre au matin, devant la villa Montmorency dans le XVIe arrondissement de Paris, le peuple sarkozyste s’agglutine. 100 à 200 personnes venues soutenir leur champion devant son domicile, avant son départ vers la prison de la Santé. Le dispositif policier est maous. Les voltigeurs de la Brav-M font même pétarader leurs moteurs avenue Mozart. «Nicolas, on est avec toi !», scandent quelques personnes rassemblées. Des drapeaux tricolores floqués du mot «Vérité» sont en vente. 20 euros. Dans la foule, Omar, la soixantaine. Pourquoi est-il là ? «Parce qu’après Sarkozy on a eu que des nullards ! La France, c’est la catastrophe.» Comme les autres, il est venu à l’appel de Louis Sarkozy, le fils aux appétits politiques, pour «un rassemblement silencieux et digne». De fait, l’ambiance est même pépère.
«On le considère comme un délinquant»
Mathias, 53 ans, chef d’entreprise, regrette la décision des juges d’avoir placé Sarkozy en détention : «Le cours judiciaire de cette affaire n’est pas fini, il aurait fallu attendre l’appel. On le considère comme un délinquant. Quelle image ça donne de la France…» Et ce même si un mandat de dépôt est prononcé dans 89 % des cas où la peine supérieure à deux ans. Mireille, 70 ans, qui a toujours voté Sarkozy, enfonce le clou : «On dirait que les lois ne sont pas les mêmes pour tout le monde. Il est emprisonné alors que des criminels courent toujours.» Elle est interrompue au loin par un gars qui gueule : «Sarkozy, on n’oublie pas ! 2005, Zyed et Bouna !» Il est hué par les attroupés. «Dégage connard ! Que la police le vire !» L’homme repart, sans violence.
Parmi la foule devenue plus dense, près des journalistes et leurs caméras, des voix s’élèvent : «Mediapart, collabos !» Puis les slogans reprennent : «Sarkozy président ! Sarkozy président !» Un septuagénaire porte un tee-shirt «les jeunes avec Sarkozy». Vestiges du temps, cœur battant du sarkozysme ou de ce qu’il en reste. C’est aussi cela que les seniors, en nombre dans le rassemblement, viennent célébrer ce matin : le deuil de leur passé de sympathisant, ces quarante années de soutien à Sarkozy, de Neuilly à l’Elysée, du XVIe à la Santé. Un dernier témoignage pour la route.
Une playlist facétieuse
Une Marseillaise est entonnée. Puis on entend Another One Bites the Dust de Queen, sans qu’on puisse distinguer la provenance du son. Un voisin ? L’ambiance retombe. Les gens attendent, sans savoir même ce qu’ils attendent : une prise de parole, une prise de la Bastille, une prise de tête ? Suspense. Va-t-il se passer quelque chose ? «On attend le départ de M. Sarkozy. On ne va certainement pas le voir, on est là en soutien», précise une dame. Henri Guaino passe dans la foule, il est applaudi. On entend Smooth Criminal de Michael Jackson. Un gars lance : «Bon ben moi je vais bosser.» Il repart après un soutien de vingt minutes. Une perf moyenne.
Soudain dans les enceintes, les Portes du pénitencier par Johnny. «Mais qui a fait ça ? C’est l’organisation ?» De qui que ça vienne, l’effet est réussi. «Et c’est lààààà que je finirai ma vie, comme d’autres gars l’ont finie…» Puis d’un coup tout le monde hurle «Nicolas Nicolas !» «Il est là ?» Un gars perché sur une grille : «Oui, il vient de sortir de chez lui !» «Bah euh… je le vois pas», dit un autre… Des supporteurs regardent CNews en direct sur leur portable. «Non il est pas sorti… c’est son frère.» On ne voit rien. La rue est étroite et légèrement en pente. Les gens devant les grilles font barrage. Une Marseillaise de nouveau, puis encore des hurlements : «Nicolas liberté ! Nicolas liberté !» C’est lui. C’était. Il est passé, Carla Bruni à ses côtés, a fait coucou avant de filer en voiture. La masse l’a à peine entraperçu. «
Voilà… On était là», sourit tristement une dame en repartant.
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