Darmanin est-il un nouveau Sarkozy?
Posté : 10 juillet 2020 21:28
Comment Gérald Darmanin a arraché Beauvau
Darmanin ne cache guère ses ambitions. Il a tout de l'Iznogoud à vrai dire. Je le pense plus malin encore que Sarkozy et comme il n'a que 37 ans il a tout son temps.RÉCIT - L’ancien lieutenant de Nicolas Sarkozy, qui ne cache pas ses ambitions, a fait pression de tout son poids pour obtenir sa promotion.
Par Mathilde Siraud
Publié le 7 juillet 2020 à 20:20, mis à jour le 7 juillet 2020 à 20:20
Passation de pouvoir, visite d’un commissariat des Mureaux puis d’une brigade de gendarmerie du Lot-et-Garonne, premier échange avec les syndicats de la police attendu «au plus tard jeudi»… Gérald Darmanin rêvait du costume de premier flic de France. Il n’a donc pas traîné à l’étrenner, au lendemain de sa nomination Place Beauvau. Pour son premier discours en tant que ministre de l’Intérieur, le sarkozyste a assuré aux forces de l’ordre son «soutien total» alors que depuis un mois, la police ne décolère pas après que Christophe Castaner a annoncé une «tolérance zéro» contre le racisme.
À 37 ans, le plus jeune ministre de l’Intérieur de la Ve République s’installe donc dans une maison fragilisée, et devra se montrer capable de renouer un lien de confiance avec les forces de l’ordre. «Qu’ils ne doutent jamais que je serai toujours le premier d’entre eux», a insisté l’ancien ministre du Budget, lors de la passation de pouvoir.
La nomination Place Beauvau de ce proche de Xavier Bertrand n’avait rien d’acquis. Son sort s’est même scellé au tout dernier moment, selon plusieurs proches du chef de l’État. Le président et son premier ministre ont choisi de promouvoir celui qui a été réélu maire de Tourcoing (Nord) dès le premier tour lors du traditionnel déjeuner du lundi. Jusqu’à ce moment-là pourtant, c’est plutôt Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, qui était pressenti pour succéder à Christophe Castaner. L’intéressé avait même fait savoir qu’il était «prêt à le faire».
«Le président était initialement parti sur Blanquer, et pour mettre Darmanin là où il voulait aller, c’est-à-dire au Travail et aux retraites. Il a bloqué, ce qui a retardé l’annonce de la nomination du gouvernement», confie un proche du président. «C’est simple, Darmanin a fait des pieds et des mains, abonde un responsable bien informé, qui a suivi les tractations. C’était Beauvau ou bien il se jetait du pont de l’Alma!»
Le conseil de Jacob
Quelques jours avant sa promotion, l’ancien lieutenant de Nicolas Sarkozy laissait effectivement entendre qu’il était tout à fait possible «de faire de la politique sans être ministre». Sous-entendu, qu’il pouvait aisément quitter le gouvernement s’il n’obtenait pas ce qu’il voulait. Un chantage à la démission auquel n’a pas cédé Jean-Michel Blanquer, qui a vu le poste lui échapper. «Ce sont vraiment des sales méthodes», critiquent certains macronistes, peu emballés par l’arrivée à Beauvau de cet élu de droite remuant et ambitieux. «Je suis interrogatif sur cette présence en plus du dispositif global», euphémise un historique de la campagne présidentielle, selon qui le casting gouvernemental penche trop à droite.
«Gérald peut mettre sous pression le président, qui ne peut pas se permettre une crise gouvernementale, redoute un autre, qui voit derrière lui l’ombre de l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy, passé de Beauvau à l’Élysée. Il accède à Beauvau dix ans plus tôt que Sarkozy, mais n’a rien à lui envier, poursuit-il. En 2007, c’était Sarkozy, en 2027, ça peut être Darmanin. Il va jouer sa carte droite populaire et s’il réussit, il peut être en position.»
La promotion du nouveau ministre a toutefois été émaillée de manifestations de militantes féministes qui ont dénoncé, mardi, « un remaniement de la honte »
Darmanin s’est imposé comme une pièce maîtresse du quinquennat Macron. Au point que certains, qui se méfient, l’imaginent, parfois malgré eux, en présidentiable. Christian Jacob a d’ailleurs invité le président, dans Le Parisien, à «se méfier» de son ministre qui porterait en lui «les gènes de la trahison».
La promotion du nouveau ministre a toutefois été émaillée de manifestations de militantes féministes qui ont dénoncé, mardi, «un remaniement de la honte», alors que Gérald Darmanin fait toujours l’objet d’une plainte pour viol. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a invoqué la «présomption d’innocence» lors de son tout premier compte rendu du conseil des ministres.