Elle est loin l'époque où Gainsbourg se permettait de dire à une grande chanteuse américaine, en direct, en public, dans une grande émission de télé :
"JE VEUX TE BAISER !"
Et là, les choses étaient claires : ce ne pouvait être en aucun cas de la rumeur.
Oui mais là c'est quoi ? De la rumeur ! Et rien qu'une simple rumeur !
Tout, dans cette nouvelle triste affaire, n'est basé - pour le moment en tout cas - que sur une simple rumeur, ne l'oublions pas.
Relayée par Rokhaya Diallo :
https://youtu.be/7S8T7fhpulY?t=7
Et aussitôt démentie par LFI qui assure dans un communiqué n'avoir reçu aucun signalement concernant un comportement inapproprié d'Éric Coquerel à l'égard des femmes.
https://www.rtl.fr/actu/politique/accus ... 7900169067
Mais, quoiqu'il en soit, le mal est fait. La vérité, on s'en fout. Ce type - qu'on l'apprécie ou pas et personnellement, je ne l'apprécie pas du tout pour ses prises de décisions politiques- ce type est fichu.
Et, comme par hasard, cette rumeur se propage au moment où Eric Coquerel vient d'être élu Président de la Commission des Finances, un poste clé du gouvernement, nomination insupportable pour beaucoup d'adversaires politiques mais aussi de vrais faux amis du député.
Déjà, une certain Beaumarchais, au XVIII ° dénonçait avec talent la manière dont la rumeur pouvait naître comme une simple petite flammèche, puis se développer comme un incendie ravageur :
BAZILE. La calomnie, Monsieur! Vous ne savez guère ce que vous dédaignez; j'ai vu les plus honnêtes gens près d'en être accablés. Croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté, pas d'horreurs, pas de conte absurde, qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande ville en s'y prenant bien: et nous avons ici des gens d'une adresse!... D'abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l'orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l'oreille adroitement. Le mal est fait; il germe, il rampe, il chemine, et rinforzando de bouche en bouche il va le diable; puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'oeil; elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au Ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait?
(Le barbier de Séville ou la Précaution inutile
Acte II scène 8 )
Elle pouvait donc faire déjà très mal, la rumeur, à l'époque !
Aujourd'hui, à l'ère phénoménale des réseaux sociaux, en un seul clic de souris, basé sur rien, on peut détruire la vie d'un homme dès qu'il est un peu exposé.
Il y a eu déjà un petit bruit qui avait circulé sur la prétendue homosexualité de Macron dont l'épouse - bien plus âgée que lui - n'aurait été qu'une "couverture".
Mais, bien plus grave cette affaire là, souvenons-nous de l'affaire Dominique Baudis, l'ancien maire de Toulouse :
Affaire Baudis : le rouleau compresseur de la rumeur
Au début des années 2000, l’ancien journaliste et maire de Toulouse Dominique Baudis a été soupçonné d’être impliqué dans une sombre affaire autour du tueur en série Patrice Alègre. À travers de nombreux témoignages, retour sur les tenants et les aboutissants d’une rumeur qui a défrayé la chronique bien au-delà des murs de la Ville rose. Dans « La Case du siècle », dimanche 31 octobre à 22.40 sur France 5.
https://www.francetelevisions.fr/et-vou ... riere-8541
Et l'on sait à présent que tout cela n'était basé que sur du vent.
Je pense qu'un peu de réflexion et de recul s'avère utile à ce sujet :
Rappelons que le Web 2.0 a pour vocation de mettre l'internaute au centre du réseau : de consommateur d'informations soigneusement présentées par des éditeurs de sites web plutôt responsables, il a le pouvoir de devenir auteur. Auteur indirect, sur les sites des autres en y déposant des commentaires ; auteur audiovisuel en déposant ses œuvres (photos, vidéos) sur des sites de partage ; auteur masqué (sous pseudo) rédigeant, modifiant ou annotant des notices d'une encyclopédie en ligne comme Wikipedia ; auteur principal en créant en quelques clics son blog pour raconter sa vie et clamer ses opinions à la face du monde.
Comme l'a très bien remarqué un commentateur de notre dossier Web 2.0 sur une liste professionnelle : "Ce n'est pas parce qu'on a un porte-voix qu'on a quelque chose à dire"… L'énorme apport de la démocratisation et de la mondialisation de la liberté d'expression présente là son revers : une quantité d'informations sans intérêt. Allons plus loin : une part non négligeable d'informations et de propos tenus par des personnes plus ou moins responsables, plus ou moins au fait des limites de la liberté d'expression.
C'est une des raisons pour lesquelles l'e-réputation prend depuis peu des aspects plus dangereux que toute publication encadrée réalisée par des professionnels.
Une production d'information en expansion constante
L'autre risque est celui de l'inflation informationnelle et l'accélération du rythme des publications. Aujourd'hui si une entreprise veut surveiller son image sur Internet, il lui faut suivre les choses au jour le jour et bien s'assurer que rien ne lui échappe.
Le dernier risque majeur, inhérent aux techniques du Web 2.0, est la rapidité de propagation d'un bruit, d'une rumeur, d'un propos négatif, par le biais de la syndication de sites, des flux RSS. De sorte qu'une information lancée à un instant "t" peut se propager et être relayée sur des dizaines de sites en quelques dizaines de minutes, et sur des milliers de sites en quelques heures.
Nous sommes loin du travail d'artisan de Basile, imaginé par Beaumarchais. Aujourd'hui, le moindre propos hostiles peut faire le tour du monde en quelques instants.
https://www.les-infostrateges.com/artic ... n-negative
Remarquons donc une chose : que l'on le veuille ou non, nous les Internautes nous pouvons tous être, à un moment ou à un autre, le co-auteurs irresponsables de rumeurs et de calomnies.