Ce qui est du racisme, ce qui ne l'est pas, un peu de théories
Posté : 10 septembre 2022 12:57
Le racisme est une forme de discrimination fondée sur l'origine ou l'appartenance ethnique ou raciale de la victime, qu’elle soit réelle ou supposée.
Le racisme recourt à des préjugés pour déprécier la personne en fonction de son apparence physique ; il lui attribue des traits de caractères, des aptitudes ou des défauts physiques, intellectuels qui renvoient à des clichés ou des stéréotypes.
Le racisme cherche à porter atteinte à la dignité et à l'honneur de la personne, à susciter la haine et à encourager la violence verbale ou physique. Il tend à répandre des idées fausses pour dresser les êtres humains les uns contre les autres.
Parfois, il se présente comme une idéologie, une théorie explicative des inégalités entre les hommes et propose alors une hiérarchie entre les groupes humains. Le racisme idéologique s'est développé à partir du XIXe siècle, avec des auteurs comme Vacher de Lapouge, qui ont voulu donner une base biologique au racisme, mais il est devenu un véritable système politique avec l'apartheid en Afrique du Sud et le nazisme du Reich allemand.
Le racisme ne disparait pas par décret. Il se transforme, adopte des formes nouvelles, mais il emprunte, toujours et partout, les mêmes voies : généralisation, essentialisation, infériorisation, discrimination, violences, en mots d’abord, en actes ensuite.
Désormais, on n’ose ni ne peut, du fait de la législation notamment, incriminer – ouvertement - la couleur de peau, le physique ou la « barbarie » congénitale de celle ou de celui que l’on prétend « inférieur ». Le rejet, voire la haine de l’Autre, s’habillent d‘atours, se camouflent derrière quelques subtilités : la différence des cultures remplace la hiérarchie des races ; si l’autre n’a rien à faire ici, c’est qu’il est culturellement inassimilable ; c’est parce qu’il ou elle n’a pas le même rapport au travail, au savoir, aux femmes, à l’éducation, au sacré, à la violence, etc. Désormais, le raciste ne cherche pas à dominer l’Autre, à le soumettre à sa hiérarchie des « races », mais à l’exclure parce que trop différent, culturellement inintégrable. Dès lors, les faits divers ou les données sociologiques ne sont plus analysés sous l’angle des individus ou de logiques socio-économiques mais comme phénomènes ethniques, comme si être noir ou jaune, musulman ou basané, immigré… expliquaient quoi que ce soit des faits. Ces croyances s’exposent aujourd’hui sans complexe ni retenue, jusque dans des théories pseudo savantes, à l’image d’un prétendu « grand remplacement ».
L’ethnicisation de la société n’est pas seulement le fait des courants d’extrême droite, ce sont aussi les petits jeux de la survalorisation des différences et des identités qui peuvent dériver vers de nouvelles formes de racisme, marquées par les logiques conflictuelles de groupes qui ne retiennent pour identité qu’une composante exclusive ou dominante : noir, musulman, hindouiste, arabe, corse, turcs, juif… La guerre des identités, de même que la (juste) dénonciation d’un racisme ou de discriminations subis, peuvent aussi s’égarer dans un racisme contre tout ce qui est autre et/ou oppresseur ; jusqu’à y compris produire un autre discours, une autre forme de racisme, dit « anti-blanc ».
Sous l’effet de nouvelles fragmentations, sous l’effet aussi des hiérarchies, anciennes et nouvelles, le racisme continue de travailler nos sociétés, mais prévient Sophie Bessis, « le rejet du différent mène toujours, sous des formes diverses, au seuil du désastre ».
Quelques chiffres
La conception biologique du racisme recule dans l’opinion publique française : en 2021, le « baromètre racisme » (Ipsos) pour la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH, voir rapport 2021) montre que seuls 8 % des Français (- 3 points) estiment qu’« il y a des races supérieures à d’autres ». Si d’autres indices vont dans le même sens (rejet de la notion de race, condamnation des discriminations, rejet des injures racistes...), d’autres éléments inquiètent les rapporteurs. Ainsi, 62% des Français estiment qu’« aujourd’hui en France, on ne se sent plus chez soi comme avant » et 73 % pensent que « de nombreux immigrés viennent en France uniquement pour profiter de la protection sociale ». Même incrimination en matière d’insécurité.
La CNCDH relève que les actes racistes sont en hausse de près de 40 % en France en 2019. Les personnes noires et maghrébines subissent « plus de discriminations que le reste de la population ». A ce racisme, s’ajoutent les préjugés, stigmatisations et actes racistes contre les Roms et la communauté asiatique, l’hostilité contre l’islam mais pas contre les musulmans, qui, pour 74% des sondés sont « Français comme les autres ».
Selon le Service central du renseignement territorial, les actes racistes sont en augmentation de 38 % en 2019. Ces hausses sont de 27 % pour les actes antisémites (687 actes), de 54 % pour les actes anti-musulmans (154) et de 130 % pour les autres actes racistes (1.142). Selon le ministère de la Justice, 6 600 affaires ont été « transmises en justice » (6 122 en 2018). Et 393 infractions racistes ont été sanctionnées par des condamnations.
L’ « indice de tolérance » des Français a progressé de 13 points entre 2013 et 2019, mais là aussi, la moyenne cache plusieurs réalités, ainsi l'indice est de 79 à l'égard des Noirs et des juifs, de 72 à l'égard des Maghrébins, de 60 à l'égard des musulmans et de 36 à l'égard des Roms.
https://www.histoire-immigration.fr/les ... le-racisme
La définition proposée par le sociologue français Albert Memmi lors des différents débats a suscité beaucoup d’intérêt: «Le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences, réelles ou imaginaires, au profit de l'accusateur et au détriment de sa victime, afin de justifier une agression ou un privilège». (Albert Memmi, Le racisme, Gallimard, 1982).
https://www.humanrights.ch/fr/pfi/droit ... cest-quoi/
et un dossier : https://www.ldh-france.org/wp-content/u ... 3%A9es.pdf
_________________________
Qu'est ce qui est du racisme, qu'est ce qui ne l'est pas ? entre ceux qui veulent dénier qu'ils le sont et ce mot utilisant comme insulte. Le racisme est un mot qui perd tout signification tant il est utilisé à tort et à travers. Ce matin, j'avais besoin un peu de réflexion, un peu d'histoire, et de définir ce qui est du racisme et ce qui ne l'est pas.
Le racisme cherche à porter atteinte à la dignité et à l'honneur de la personne, à susciter la haine et à encourager la violence verbale ou physique. Il tend à répandre des idées fausses pour dresser les êtres humains les uns contre les autres.
Parfois, il se présente comme une idéologie, une théorie explicative des inégalités entre les hommes et propose alors une hiérarchie entre les groupes humains. Le racisme idéologique s'est développé à partir du XIXe siècle, avec des auteurs comme Vacher de Lapouge, qui ont voulu donner une base biologique au racisme, mais il est devenu un véritable système politique avec l'apartheid en Afrique du Sud et le nazisme du Reich allemand.
Le racisme ne disparait pas par décret. Il se transforme, adopte des formes nouvelles, mais il emprunte, toujours et partout, les mêmes voies : généralisation, essentialisation, infériorisation, discrimination, violences, en mots d’abord, en actes ensuite.
Désormais, on n’ose ni ne peut, du fait de la législation notamment, incriminer – ouvertement - la couleur de peau, le physique ou la « barbarie » congénitale de celle ou de celui que l’on prétend « inférieur ». Le rejet, voire la haine de l’Autre, s’habillent d‘atours, se camouflent derrière quelques subtilités : la différence des cultures remplace la hiérarchie des races ; si l’autre n’a rien à faire ici, c’est qu’il est culturellement inassimilable ; c’est parce qu’il ou elle n’a pas le même rapport au travail, au savoir, aux femmes, à l’éducation, au sacré, à la violence, etc. Désormais, le raciste ne cherche pas à dominer l’Autre, à le soumettre à sa hiérarchie des « races », mais à l’exclure parce que trop différent, culturellement inintégrable. Dès lors, les faits divers ou les données sociologiques ne sont plus analysés sous l’angle des individus ou de logiques socio-économiques mais comme phénomènes ethniques, comme si être noir ou jaune, musulman ou basané, immigré… expliquaient quoi que ce soit des faits. Ces croyances s’exposent aujourd’hui sans complexe ni retenue, jusque dans des théories pseudo savantes, à l’image d’un prétendu « grand remplacement ».
L’ethnicisation de la société n’est pas seulement le fait des courants d’extrême droite, ce sont aussi les petits jeux de la survalorisation des différences et des identités qui peuvent dériver vers de nouvelles formes de racisme, marquées par les logiques conflictuelles de groupes qui ne retiennent pour identité qu’une composante exclusive ou dominante : noir, musulman, hindouiste, arabe, corse, turcs, juif… La guerre des identités, de même que la (juste) dénonciation d’un racisme ou de discriminations subis, peuvent aussi s’égarer dans un racisme contre tout ce qui est autre et/ou oppresseur ; jusqu’à y compris produire un autre discours, une autre forme de racisme, dit « anti-blanc ».
Sous l’effet de nouvelles fragmentations, sous l’effet aussi des hiérarchies, anciennes et nouvelles, le racisme continue de travailler nos sociétés, mais prévient Sophie Bessis, « le rejet du différent mène toujours, sous des formes diverses, au seuil du désastre ».
Quelques chiffres
La conception biologique du racisme recule dans l’opinion publique française : en 2021, le « baromètre racisme » (Ipsos) pour la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH, voir rapport 2021) montre que seuls 8 % des Français (- 3 points) estiment qu’« il y a des races supérieures à d’autres ». Si d’autres indices vont dans le même sens (rejet de la notion de race, condamnation des discriminations, rejet des injures racistes...), d’autres éléments inquiètent les rapporteurs. Ainsi, 62% des Français estiment qu’« aujourd’hui en France, on ne se sent plus chez soi comme avant » et 73 % pensent que « de nombreux immigrés viennent en France uniquement pour profiter de la protection sociale ». Même incrimination en matière d’insécurité.
La CNCDH relève que les actes racistes sont en hausse de près de 40 % en France en 2019. Les personnes noires et maghrébines subissent « plus de discriminations que le reste de la population ». A ce racisme, s’ajoutent les préjugés, stigmatisations et actes racistes contre les Roms et la communauté asiatique, l’hostilité contre l’islam mais pas contre les musulmans, qui, pour 74% des sondés sont « Français comme les autres ».
Selon le Service central du renseignement territorial, les actes racistes sont en augmentation de 38 % en 2019. Ces hausses sont de 27 % pour les actes antisémites (687 actes), de 54 % pour les actes anti-musulmans (154) et de 130 % pour les autres actes racistes (1.142). Selon le ministère de la Justice, 6 600 affaires ont été « transmises en justice » (6 122 en 2018). Et 393 infractions racistes ont été sanctionnées par des condamnations.
L’ « indice de tolérance » des Français a progressé de 13 points entre 2013 et 2019, mais là aussi, la moyenne cache plusieurs réalités, ainsi l'indice est de 79 à l'égard des Noirs et des juifs, de 72 à l'égard des Maghrébins, de 60 à l'égard des musulmans et de 36 à l'égard des Roms.
https://www.histoire-immigration.fr/les ... le-racisme
La définition proposée par le sociologue français Albert Memmi lors des différents débats a suscité beaucoup d’intérêt: «Le racisme est la valorisation, généralisée et définitive, de différences, réelles ou imaginaires, au profit de l'accusateur et au détriment de sa victime, afin de justifier une agression ou un privilège». (Albert Memmi, Le racisme, Gallimard, 1982).
https://www.humanrights.ch/fr/pfi/droit ... cest-quoi/
et un dossier : https://www.ldh-france.org/wp-content/u ... 3%A9es.pdf
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Qu'est ce qui est du racisme, qu'est ce qui ne l'est pas ? entre ceux qui veulent dénier qu'ils le sont et ce mot utilisant comme insulte. Le racisme est un mot qui perd tout signification tant il est utilisé à tort et à travers. Ce matin, j'avais besoin un peu de réflexion, un peu d'histoire, et de définir ce qui est du racisme et ce qui ne l'est pas.