Les cinq voies pour réduire de 15 % en cinq ans “les retraites géantes des boomers”
Posté : 21 septembre 2026 21:49
Comment faire concrètement pour mettre les boomers à contribution ? Voici un article instructif, qui détaille cinq moyens possibles :
SOURCE : LE FIGAROJean-Pierre Robin : «Les cinq voies pour réduire de 15 % en cinq ans “les retraites géantes des boomers”»
CHRONIQUE - La désindexation des pensions ne permettrait de faire de réelles économies que si elle frappe la majorité des 17,2 millions de retraités.
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Synonyme de déroute militaire et de cessation d’activité, c’est l’un des mots les plus tristes de notre langue. Et pourtant les Français n’ont que lui à la bouche. Ils considèrent la retraite comme l’apothéose idyllique et méritée d’une vie de labeur et ils sont pressés de la prendre. D’où la réforme avortée de 2023 visant à reporter l’âge de départ à 64 ans. Et maintenant, ce sont les pensions qui excitent les passions. Après deux années d’une campagne effrénée de stigmatisation des « retraités aisés » et de leurs « pensions géantes », émanant de « Nicolas qui paie » et consorts, Sébastien Lecornu a tranché : les retraites seront la figure emblématique « des efforts demandés à tous » afin d’endiguer la folle dérive des comptes publics.
Au total, le premier ministre prévoit que « l’effort sera inférieur à 6 milliards d’euros » pour les retraités. Un euphémisme. À ce stade, il reste dans le flou sur la méthode et laisse le choix au Parlement. Aux élus d’arbitrer entre « une réduction de la niche fiscale (l’abattement de 10 % sur le revenu NDLR) ou un gel partiel des pensions (leur désindexation sur l’inflation) ». Tout en soulignant qu’« aucune pension ne diminuera » (en nominal) et que « les petites retraites seront protégées », Sébastien Lecornu s’abstient d’en donner une définition chiffrée.
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La douloureuse apparaît en tout cas moins salée comparée aux cinq pistes d’économies débattues ces dernières semaines. À savoir, la désindexation, l’abattement de 10 %, l’augmentation de la CSG, le gel du barème de l’impôt sur le revenu, et, last but not least, l’instauration d’une « TVA sociale » qui pénaliserait les retraités. Mis bout à bout, ces cinq dispositifs aboutiraient à une perte de pouvoir d’achat pouvant atteindre 15 % en quatre ou cinq ans pour les « retraités aisés », la bête noire des réseaux sociaux qui forment l’opinion publique.
La désindexation est officiellement recommandée par le Comité de suivi des retraites, un groupe d’experts indépendants qui conseille Matignon et que préside Franck von Lennep, conseiller maître à la Cour des comptes. Jugeant la situation « alarmante », son avis annuel publié le 9 juillet préconise de sous-indexer « de deux points au moins » les pensions sur l’inflation entre 2027 et 2030.
Pour sa part, la suppression de l’abattement de 10 % sur le revenu imposable fait l’objet d’une polémique acharnée. « Qu’un retraité bénéficie d’une exonération fiscale pour frais professionnels, c’est contre-nature et aberrant », répète à l’envi le président du Medef. La vérité est qu’il s’agit d’une mesure d’équité, datant de 1977, et qu’elle est plafonnée à 4 439 euros, par foyer fiscal de retraités (contre 14 555 euros pour chaque salarié). Pour un couple de pensionnés, dont le taux marginal d’imposition est de 30 %, l’abattement représente un gain de 1 332 euros. Sa suppression, qui a la faveur du ministre des Comptes publics, rapporterait entre 5 et 6 milliards au fisc. À l’inverse cela constituerait une perte de pouvoir d’achat de 2,6 % pour un couple dont le revenu fiscal est de 50 000 euros.
Le troisième levier est la CSG, dont le taux « normal » est actuellement de 8,3 % pour les 4,6 millions de retraités les plus riches – les autres étant exemptés ou bénéficiant de taux moindres. L’alignement sur la CSG des salariés (de 9,2 %) est un thème récurrent, même s’il ne figure pas dans les projets de l’exer cice 2027.
De même le premier ministre exclut formellement « un gel du barème de l’impôt sur le revenu », ce qui serait une façon pour l’État d’alimenter ses comptes, et pas seulement aux dépens des retraités.
En revanche ces derniers seraient les premiers touchés par la mise en place d’une « TVA sociale » visant à financer une baisse des cotisations sociales en faveur des salariés par une hausse de la TVA payée par les consommateurs. Les retraités n’auraient, quant à eux, aucune compensation. Telle est la cinquième voie pour faire la poche aux boomers se la coulant douce. Un dispositif étrangement œcuménique, allant du Medef à François Hollande, qui préconise une hausse de 4 points de la TVA afin de réduire les cotisations sociales.
Sans préjuger des débats parlementaires, les mesures ciblées au détriment « des retraités aisés », qui semblent se prévaloir du bon sens, se heurtent à deux difficultés. De principe, tout d’abord : la retraite par répartition est un système contributif, les prestations sont proportionnelles aux cotisations. Et techniquement, où placer le curseur ? Alors que la pension moyenne est de 1 850 euros net par mois, et de 1 650 pour la médiane, ne désindexer que celles qui dépassent 3 000 euros (8 % du nombre de retraités) rapporterait à peine 1 milliard d’euros, selon le ministère des Affaire sociales. Triste à dire, mais le théorème d’Alphonse Allais (l’humoriste) se vérifie : « Il faut prendre l’argent là où il se trouve, chez les pauvres. D’accord, ils n’en ont pas beaucoup mais ils sont si nombreux ! »
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