papibilou a écrit : 14 avril 2022 11:20
Si j'ai initié ce fil, c'est bien parce que je pense que l'on peut discuter des modalités d'une réforme. Je crois même avoir rappelé que l'on pouvait jouer sur le taux de remplacement (le % que représente la retraite par rapport au dernier salaire), sur un âge pivot avec décote et surcote, une baisse des bonnes pensions actuelles etc... J'ai simplement rejeté l'idée d'augmenter les cotisations des entreprises car notre économie s'est certes améliorée mais dans une économie mondialisée nous devons être attentifs à ne pas dégrader notre compétitivité. Vous pouvez ne pas être d'accord sur ce point, c'est votre droit.
En revanche penser que le financement de la retraite n'est que politique est faux. Il est économique, social et démographique avant tout. Economique car le terme financement ne touche qu'à ce domaine, social parce qu'il s'agit d'acceptation sociale, démographique pour des raisons que je n'ai pas besoin de vous expliquer. Si on commence par dire, "non pas question de reculer l'âge de la retraite", on élimine une possibilité d'emblée, ce qui est regrettable.
En ce qui concerne la compétitivité, je trouve votre utilisation de ce terme clairement abusif.
C'est un concept que vous comprenez mal mais c'est normal car vous l'utilisez de la même manière que nos hommes et femmes politiques qui n'y comprennent manifestement pas énormément de chose.
Il convient donc de rappeler ce qu'est en réalité la compétitivité. Selon l'OCDE, il s'agit de « la capacité d'entreprises, d'industries, de régions, de nations ou d'ensembles supranationaux de générer de façon durable un revenu et un niveau d'emploi relativement élevés, tout en étant et restant exposés à la concurrence internationale". Il existe également une autre définition similaire de l'OCDE : « la compétitivité est la latitude dont dispose un pays, évoluant dans des conditions de marché libre et équitable, pour produire des biens et services qui satisfont aux normes internationales du marché tout en maintenant et en augmentant simultanément les revenus réels de ses habitants dans le long terme »
Ces définitions mettent en évidence deux dimensions majeures de la compétitivité d'une nation : elle traduit non seulement sa capacité à exporter mais également à accroître le niveau de vie de la population. Ainsi, la compétitivité prendra en compte à la fois les prix (compétitivité-prix) et les coûts (compétitivité-coûts) mais aussi la qualité du produit, l'innovation, l'état de la concurrence et de la réglementation, le capital humain, la cohésion sociale, etc. (compétitivité hors-coûts). Est-ce que la France est donc vraiment moins compétitive que la Chine ? Ca reste à démontrer.
Il y a également l'idée dans vos propos que le commerce international est un jeu à sommes nulles où il y a des vainqueurs et des loosers. Quand Paul Krugman dénonce dans son article « la dangereuse obsession de la compétitivité » de la part de dirigeants et d'économistes en Europe et aux Etats-Unis, il regrette surtout une vision souvent erronée de la compétitivité, principalement perçue à travers le prisme de la balance commerciale et la logique d'une compétition commerciale des nations où s'affrontent des « gagnants et des perdants » à l'échelle internationale. Une confusion existe donc entre la compétitivité des entreprises, où le gain de parts de marché de Coca-Cola se fera au détriment de Pepsi, et la compétitivité des Etats qui fonctionne différemment. Selon la théorie, le commerce international n'est pas un jeu à somme nulle. Un Etat exportateur est un marché pour un autre pays et une meilleure compétitivité des Etats-Unis peut se révéler devenir bénéfique pour l'Europe.
Pour les retraites, je suis désolé mais la question est principalement politique. L'Etat français ne se pose pas beaucoup de questions pour accorder des diminutions de cotisation pour les entreprises ce qui implique un manque à gagner pour l'Etat qui se justifie par un plus à gagner autre part. En ce qui concerne les retraites c'est absolument pareil, il s'agit d'un choix.
Considérons nous les retraités comme étant moins important que les transactions financières sur le marché secondaire ? Si non, alors taxons un peu ces transactions.
Aujourd'hui, notre gouvernement considère l'offre comme étant plus importante que la demande et cela depuis plus de 40 ans avec l'apogée de l'économie de l'offre dans les politiques publiques. On ne voit aucun résultat notable et le manque de résultat serait dû à un "pas assez".
En dépolitisant les questions économiques et sociales, tu deviens un idiot utile. Comme dirait l'autre : "Un despote imbécile peut contraindre des esclaves par des chaînes de fer; mais un vrai politique les lie bien plus fortement par la chaîne de leurs propres idées; c'est au plan fixe de la raison qu'il en attache le premier bout". Autrement dit, cette pseudo rhétorique d'une logique gestionnaire ne tient absolument pas la route d'un point de vue technique. Impliquer une augmentation des cotisations ou des taxes sur certains secteurs ne relève pas d'une réforme incroyablement révolutionnaire, c'est tout le principe même de la cotisation sociale que de jouer au principe des vases communiquant.
C'est comme la théorie du ruissellement, c'est une théorie politique et absolument pas économiquement démontrée. Le discours politique dominant ne peut pas servir à autre chose qu'à légitimer aux yeux des gouvernés sa propre politique, c'est pourtant assez évident.
Il est d'une grande naïveté de penser qu'une politique, parce qu'elle est exercée par un gouvernement, est obligatoirement efficiente.
Une chose restera toujours mystérieuse à mes yeux. Comment est-ce possible d'avoir vécu durant 50, 60 ans et avoir aussi peu d'esprit critique en caractérisant le discours politique hégémonique comme étant nécessairement pragmatique ?
Pour ma part, mon discours n'est pas fondée sur une position politique précise. En revanche ma position politique est clairement fondée par l'étude du social et de l'économique à travers des données empiriques et théoriques.
Je ne fais pas non plus de l'âgisme de kelenner qui me semble sur ce point assez prompt à tomber dans le caricatural du fameux "boomer". Les retraités, toi compris, sont des êtres humains au même titre que les travailleurs, jugés plus utiles car productifs économiquement parlant, et doivent faire l'objet d'une attention pas moins grande. Par contre je reste assez déçu lorsque je constate un vote Macron à 60% chez les plus de 65 ans...