Bertrand a écrit : 21 avril 2020 13:26
Dictature ou démocratie c'est pas 0 ou 1.
Disons que si 1 c'est la dictature totale stalinienne et 0 la démocratie parfaite la Chine est à 0,8 et la France à 0,4.
En sachant que les chinois sont 1,4 milliards et nous 67 millions soit 0,067 milliards pour un PIB à peu près comparable, vous comprenez?
Oui je suis assez d'accord.
Le plus difficile est de s'entendre ensuite sur les modalités de démocratisation. On peut toujours instaurer un multipartisme et une liberté de la presse. Mais si les médias sont aux mains de quelques oligarques, qu'il n'y a pas ou peu de protection sociale, c'est autant d'opportunité pour des chefs d'entreprises plus ou moins mafieux de devenir des seigneurs féodaux. Le Japon par exemple ne se considère pas comme une démocratie (sans blague ils ne se considèrent vraiment pas comme tel, et cela ne fait pas parti de leurs valeurs). En revanche c'est un état de droit contrairement à la Chine qu substitut au droit l'administration bureaucratique...
C'est la différence entre état de droit et institutions démocratiques. Le Mexique a des institutions démocratiques mais n'est pas un état de droit.
A l'heure actuelle c'est cela l'objectif de la Chine, petit à petit en devenir un. Hong-Kong là dedans, typiquement, était un état de droit non démocratique (la formule n'est pas de moi). La ou ça devient compliqué, c'est que la "société civile" hong-kongaise à envie de devenir plus démocratique. Mais elle n'a jamais vécu sous ce régime,n'a aucune culture politique, et les milieux d'affaires s'y opposent depuis toujours. Dans ce contexte, la Chine s'appuie sur les milieux d'affaires qui ne veulent pas d'une démocratisation du pays car ils ont déjà accès directement au pouvoir de la ville, et constitue à la fois sont élite financière et politique.
Et puis ne rêvons pas, aucune nation asiatique n'est démocratique. Aucune ne voit d'un bon œil la monté en puissance d'une société civile hong-kongaise inspirée des modèles européens. Surtout pas Taïwan, le Japon et la Corée du Sud.
Voila pourquoi en ce qui me concerne, je pense que la meilleure chose pour Hong-Kong, c'est de "faire le dos rond" (pas le choix), et de s'efforcer de capitaliser sur son soft power à l'égard en particulier de la population du Guangdong et du monde cantonnais, plus, apprendre à parler le communiste pékinois pour infuser dans la société entière. Cela en vue d'accompagner gentiment, patiemment, la création d'un état de droit en Chine. Ce ne sera sans doute pas un état de droit démocratique, ne révons pas, mais ce sera déjà pas mal si la Chine atteint le niveau de Hong-Kong ou de Singapour sur cette question.
En outre, le parti communiste chinois intègre de plus en plus d'entrepreneurs, et se professionnalise très vite. A terme il aura vocation à devenir une filière d'excellence permettant aux élites chinoises de progresser d'une manière rationnelle et vaguement méritocratique (peut-être, les dirigeants s'y emplois en tout cas car c'est nécessaire pour maintenir la croissance économique) au sein de la société. Il s'agira alors d'une gigantesque machine à promouvoir des élites...autant dire qu'en terme de méritocratie, de brassage des élites, d'égalité des chances, la Chine aura un atout sur pas mal de pays. Elle a déjà cet atout "démocratique" d'ailleurs c'est pour cette raison que le parti se maintien en 2020 avec une population parmi les mieux formés du monde...et ne rêvons pas...qui sait très bien comment ça se passe ailleurs.