papibilou a écrit : 16 avril 2022 23:14
Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne. Le conseil constitutionnel peut déclarer incompatibles avec la constitution des dispositions européennes. En ce cas, soit on décide de changer la constitution, soit on exige un changement dans les dispositions européennes. Ce dernier cas s'est produit pour le traité de Lisbonne. Et vous comprenez qu'un traité européen a une force supérieure à une simple loi européenne. En général, il y a un consensus pour que les 2 concordent.
Mais rassurez vous: le changement de la constitution exige les 3/5 des 2 chambres ou un referendum selon qu'il s'agit d'un projet de révision ou d'une proposition de révision.
Je parle dinc en théorie mais en fait
Pour schématiser. Le droit Européen est réduisible à deux grands ensembles :
- Le droit primaire (constitué des traités Européens).
- Le droit dérivé (constitué des "lois Européennes" telles que les réglements/directives/décisions/avis)
Le droit primaire peut etre assimilé à notre constitution. C'est lui qui fixe les principales règles. Pour etre adoptés, les traités se doivent d'etre votés à l'unanimité par les états membres. Si un état membre possède une constitution contraire à certaines dispositions de ce traité, soit il le rejette (ce traité) soit il modifie sa constitution pour l'adapter à ce traité afin de pouvoir le voter (c'est ce qu'il s'est passé en France à de nombreuses reprises, notamment avec le traité de Lisbonne).
Le droit dérivé peut etre assimilé à nos lois et peut etre divisé, lui aussi, en deux sous-ensembles :
- Les actes contraignants (que se doivent impérativement de respecter chaque état)
- Les actes "consultatifs" (qui donnent des recommandations dont le suivi incombe aux états s'ils le désirent).
Le droit dérivé (ce que vous appelez, j'imagine, "les lois Européennes") découle du droit primaire. Ce sont des "lois" qui sont conformes au droit primaire qu'elles "précisent" sur divers points. Parmi ce droit dérivé contraignant, certaines règles intègrent directement le patrimoine juridique des états membres (les règlements) sans qu'il n'y ait besoin de ratifications. D'autres ont besoin de transpositions (directives).
En l'occurrence, la possibilité de pratiquer sa religion en public est définie dans le droit primaire (article 9 charte des droits fondamentaux de l'UE). Mais de toutes façons, que ce soit le droit primaire ou le droit dérivé contraignant, tous ont la suprématie sur les règles nationales. La Pologne l'apprend à ses dépends en devant régler une amende de 1 millions d'euros par jour, jusqu'à ce qu'ils se plient à la volonté Européenne ou que la sanction s'aggrave (mais au vu de la situation avec la Russie, la Pologne ne peut plus se passer de faire partie d'un grand ensemble comme l'UE et va certainement se conformer rapidement au droit de l'UE, si ce n'est déjà fait).
Donc factuellement, pour la 1000 ème fois, une loi contre le port du voile ne peut pas passer en France. D'une part elle serait censurée par la CJUE dont les décisions s'appliquent aux états membres et meme si la France ne s'y conformait pas, les juridictions nationales ont pour consigne, du conseil constitutionnel, d'appliquer le droit Européen lorsqu'il vient en confrontation avec le droit national, donc les femmes voilées auraient systématiquement raison devant nos juridictions (que nos législateurs ou notre président ne peuvent controler). A quoi bon modifier une constitution pour voter des lois qui ne seront pas appliquées.