"Découvrez la nouvelle chronique de Salomé Saqué, journaliste (Blast) et autrice, sur l'appel au boycott de Leroy Merlin orchestré par le média d'extrême droite Frontières à la suite de la suspension de leurs publicités sur le site de la marque d'éléctroménager.
En novembre 2025, un tweet de l’entreprise Leroy Merlin atteint les… 23 millions de vues sur X (ex-Twitter). Un score singulièrement élevé pour une enseigne de bricolage.
Et pour cause, les quelques lignes qu’il contient ont provoqué une polémique nationale. Il s’agit d’une réponse au collectif citoyen Sleeping Giants qui interpellait alors l’entreprise : « Votre pub apparaît sur le site abject Frontières, obnubilé par l’immigration, qui vend du merch avec le slogan xénophobe du FN/RN et de Génération identitaire (...) ».
Comme beaucoup d’enseignes, Leroy Merlin utilise probablement des régies publicitaires et du ciblage programmatique, si bien que ses bannières peuvent s’afficher sur des milliers de sites selon les algorithmes. L’entreprise n’avait ainsi peut-être pas consciemment choisi de placer des annonces sur les pages du média identitaire (ex-Livre Noir), proche de l’extrême droite zemmouriste.
La réponse de l’enseigne a été immédiate : « Votre alerte a bien été prise en compte. Le site mentionné a été immédiatement ajouté à notre liste de blocage publicitaire. Nous ne cautionnons en aucun cas les propos tenus sur cette plateforme, ni les messages qu’on a pu y voir relayés. »
Chronique issue de notre n°73, disponible en kiosque, en librairie, à la commande et sur abonnement.
Les dessous d’une polémique montée de toutes pièces
Et pour cause, le site Frontières est un média d’extrême droite parmi les plus radicaux en France, n’hésitant pas à prophétiser une « guerre civile », à publier des listes des personnes « coupables » d’organiser l’« invasion migratoire » (face à l’ampleur des menaces de mort envoyées à des avocats après la publication d’une de leurs « listes », le Conseil national des barreaux a récemment dû saisir le parquet1), ni à s’asseoir sur la déontologie journalistique.
Le « média » cumule une vingtaine de plaintes, et une condamnation en première instance par la justice pour injures raciales2 à l’automne 2025. Une étude approfondie des contenus du média Frontières, menée en mars 2025 par la Fondation Jean-Jaurès3, conclut : « La République est de nouveau confrontée à des menaces explicitement antilibérales et antidémocratiques portées par des publications d’extrême droite, parmi lesquelles Frontières occupe – tant sur le fond que sur la forme – une position centrale d’avant-garde, au sens militaire du terme. »
Peu étonnant, donc, qu’une enseigne de bricolage n’ait pas spécialement envie d’être associée à ce projet. Ce qui l’est plus, c’est la secousse médiatique que cela a créé. Immédiatement, les « journalistes » de Frontières crient à la censure, expliquent être « victimes d’une opération de déstabilisation »4 par ce collectif citoyen et par… La France insoumise (bien que celle-ci n’ait fait que relayer l’interpellation de Sleeping Giants).
Ils sont repris par de nombreux responsables politiques d’extrême droite sur les réseaux sociaux, avant de trouver un large écho dans les médias appartenant à Vincent Bolloré, du Journal du dimanche (JDD) à Europe 1, en passant par CNews, bien sûr. Leroy Merlin y est associé sans réserve à l’« extrême gauche », un appel au boycott est lancé. Le député RN Jérôme Buisson interpelle Leroy Merlin : « Vous venez potentiellement de perdre 11 millions de clients »5, associant donc sans ambiguïté les électeurs du RN aux lecteurs du site identitaire Frontières. Bref, l’objectif des détracteurs est clair : dissuader les annonceurs de se retirer des sites d’extrême droite.
Cet épisode permet de prendre la mesure du renversement à l’œuvre. Là où, il y a encore quelques années, être associé à des sites identitaires ou racistes pouvait provoquer un mouvement de boycott, et discréditer une entreprise, les médias et acteurs politiques d’extrême droite travaillent à inverser la situation : ce serait désormais de refuser d’apparaître sur un site identitaire qui serait devenu « honteux » ! Cette affaire montre que les entreprises ne peuvent plus éviter d’affronter la question de la montée de l’extrême droite. Leurs décisions, même purement commerciales, ont des répercussions politiques.
Dans de nombreux cas, ne rien faire, c’est laisser faire – au risque de financer la propagation d’idéologies dangereuses. Agir selon des principes éthiques, c’est s’exposer à la colère d’une partie de la clientèle chauffée à blanc par les leaders d’extrême droite.
Les entreprises face à la polarisation
Il semble essentiel, vu la période que nous traversons, de rappeler le rôle des entreprises face aux mouvements autoritaires. Elles contrôlent des flux financiers et des investissements publicitaires pouvant soutenir ou au contraire asphyxier les organisations et médias d’extrême droite. Or les dirigeants d’entreprise tendent souvent à soutenir le camp politique qui protège le mieux leurs bénéfices.
Et l’extrême droite – malgré une rhétorique parfois « antisystème » – sait se rendre acceptable en promouvant un programme économique libéral compatible avec les attentes du patronat. Le RN a d’ailleurs multiplié les gages en ce sens ces dernières années, promettant baisses d’impôts, dérégulation et soutien aux grosses industries. Nombre de chefs d’entreprise y voient un « moindre mal » par rapport à des partis de gauche susceptibles d’augmenter les taxes ou de renforcer les protections sociales. C’est en tout cas ce que conclut l’enquête du journaliste d’investigation Laurent Mauduit parue sous forme de livre aux éditions La Découverte à l’automne 2025 : Collaborations.
Le cofondateur de Mediapart révèle que les milieux d’affaires sont de plus en plus disposés à collaborer avec un gouvernement d’extrême droite. Il rapporte ainsi la confidence troublante d’un ancien PDG du CAC 40, Henri Proglio : « Tous les PDG les plus connus, je dis bien tous, ont eu, comme moi, des contacts avec Marine Le Pen, mais sans le dire. Dans ce domaine, il n’y a que de l’hypocrisie. »
On aurait tort de s’arrêter aux cas des milliardaires Vincent Bolloré ou Pierre-Édouard Stérin, qui assument un projet idéologique. Le journaliste rappelle que d’autres grandes fortunes sont bien plus compatibles que ce que l’on ne pourrait penser avec l’extrême droite. Par exemple, officiellement, Bernard Arnault, le patron du groupe de luxe LVMH, n’est pas d’extrême droite. Mais selon Laurent Mauduit, il appuie en sous-main son « ami » Bolloré dans son offensive médiatique droitière : lors de la crise du JDD à l’été 2023, il s’est par exemple gardé de le critiquer et a même soutenu financièrement ses projets. Il accepte ainsi de racheter Paris Match pour environ 120 millions d’euros, un prix « largement supérieur »6 à la valeur réelle du journal.
En payant si cher un titre non stratégique pour Bolloré, Arnault lui facilite son opération sur Lagardère et lui apporte un soutien financier visible. De plus, il accepte d’injecter de la publicité dans le JDD nouvelle formule. Loin de s’inquiéter de la diffusion d’idées haineuses par CNews ou Europe 1, Arnault semble considérer Bolloré comme un allié. Ce même Arnault était par ailleurs l’invité d’honneur7 de Donald Trump lors de son investiture en janvier 2025, et entretient un lien privilégié avec lui au point de lui rendre une visite privée8 avec son fils au printemps pour négocier directement les droits de douane le concernant.
Après cette longue enquête, Laurent Mauduit rappelle, en s’appuyant notamment sur les travaux de l’historien Johann Chapoutot, le rôle décisif joué historiquement par les patrons dans l’accession de l’extrême droite au pouvoir : « Ce fut le cas en Allemagne en 1933, où les grands groupes financiers et industriels ont soutenu Hitler avant de profiter des avantages criminels que celui-ci leur a offerts en retour ; ce fut aussi le cas, dans une moindre mesure, en France, où de nombreux chefs d’entreprise connus ont financé les ligues d’extrême droite avant, le plus souvent, de collaborer avec l’occupant et de soutenir le régime de Vichy. Bref, l’extrême droite ne parvient jamais au pouvoir sans que les milieux d’affaires y consentent, d’une manière ou d’une autre. »
La question étant désormais : va-t-on laisser les grandes entreprises prendre la décision d’y consentir, ou les citoyens et citoyennes peuvent-ils décider de réagir avant ? "
https://www.socialter.fr/article/salome ... neutralite
Affaire Leroy Merlin « Les entreprises face à l’extrême droite : la neutralité n’existe pas »
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Affaire Leroy Merlin « Les entreprises face à l’extrême droite : la neutralité n’existe pas »
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Re: Affaire Leroy Merlin « Les entreprises face à l’extrême droite : la neutralité n’existe pas »
Ben oui, les grands entrepreneurs se mobilisent pour essayer de sauver le pays. Vous voulez les excommunier ??
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Re: Affaire Leroy Merlin « Les entreprises face à l’extrême droite : la neutralité n’existe pas »
Le RN a d’ailleurs multiplié les gages en ce sens ces dernières années, promettant baisses d’impôts, dérégulation et soutien aux grosses industries.
les trous duc populo qui veautent pour eux vont se prendre un retour de bâton qu'ils ne sont pas prêt d'oublier.
mais Leroy merlin, a été victime d'un montage publicitaires et des algorithmes, c'est une société multiculturelle dans laquelle on y voit des gens venant de tous pays, puisque cette enseigne est une multinationale implantée partout en Europe et dans le monde, ce qui permet aux salariés de se faire muter en France s'ils le souhaitent.
Ils font comme bardella avec trump, ils cirent les pompes de la multi-récidiviste, mais il n'y a pas besoin, elle ne sera pas élue et oignon de printemps non plus, il va se faire dégonder en trois minutes.
tout ça n'est que du business.
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mais Leroy merlin, a été victime d'un montage publicitaires et des algorithmes, c'est une société multiculturelle dans laquelle on y voit des gens venant de tous pays, puisque cette enseigne est une multinationale implantée partout en Europe et dans le monde, ce qui permet aux salariés de se faire muter en France s'ils le souhaitent.
Ils font comme bardella avec trump, ils cirent les pompes de la multi-récidiviste, mais il n'y a pas besoin, elle ne sera pas élue et oignon de printemps non plus, il va se faire dégonder en trois minutes.
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Re: Affaire Leroy Merlin « Les entreprises face à l’extrême droite : la neutralité n’existe pas »
Fonck1 a écrit : 06 janvier 2026 18:53 Le RN a d’ailleurs multiplié les gages en ce sens ces dernières années, promettant baisses d’impôts, dérégulation et soutien aux grosses industries.
les trous duc populo qui veautent pour eux vont se prendre un retour de bâton qu'ils ne sont pas prêt d'oublier.
mais Leroy merlin, a été victime d'un montage publicitaires et des algorithmes, c'est une société multiculturelle dans laquelle on y voit des gens venant de tous pays, puisque cette enseigne est une multinationale implantée partout en Europe et dans le monde, ce qui permet aux salariés de se faire muter en France s'ils le souhaitent.
Ils font comme bardella avec trump, ils cirent les pompes de la multi-récidiviste, mais il n'y a pas besoin, elle ne sera pas élue et oignon de printemps non plus, il va se faire dégonder en trois minutes.
tout ça n'est que du business.
Ben oui mais le business c'est ce qui fait tourner la France. Les trous duc populo qui veautent encore pour ce centre mou qui a plombée la France peuvent bien rester dans leur petit monde étroit, l'important c'est que de plus en plus de citoyens intelligents et lucides soutiennent le RN.
Beaucoup de chefs d'entreprises ont déjà compris et franchis le pas en se positionnant du coté du Rassemblement National.
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Re: Affaire Leroy Merlin « Les entreprises face à l’extrême droite : la neutralité n’existe pas »
La descente va être dure mon pauvre fais toi y vite déjà rendez vous dans quelques jours pour le définitif de la condamnation de la multirécidiviste.
Faut passer à la caisse quand on triche on paye .
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Re: Affaire Leroy Merlin « Les entreprises face à l’extrême droite : la neutralité n’existe pas »
J'espère que les médias vont les interroger sur l'ingérence de leur pote sur leur procès. Parce qu'ils ont été bien rapide pour condamner l'enlèvement de Maduro, mais bien silencieux sur les menaces de D. Trump contre les juges.Fonck1 a écrit : 06 janvier 2026 23:25 La descente va être dure mon pauvre fais toi y vite déjà rendez vous dans quelques jours pour le définitif de la condamnation de la multirécidiviste.
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Re: Affaire Leroy Merlin « Les entreprises face à l’extrême droite : la neutralité n’existe pas »
C'est de la naïveté ou du gros foutage de gueule ?gare au gorille a écrit : 06 janvier 2026 18:43 Ben oui, les grands entrepreneurs se mobilisent pour essayer de sauver le pays. Vous voulez les excommunier ??
Les grands entrepreneurs ne se mobilisent que pour générer le plus de dividendes possible dans leur porte monnaie. Le reste c'est hors sujet les concernant. Sauf pour les rares qui se payent des médias pour diffuser de la propagande, mais ça n'est a priori pas le cas ici.