Interview Top 50 des personnalités préférées des Français selon le «JDD» : «Chez Bolloré, avec les sondages aussi, il y a un projet idéologique très assumé»
Le sociologue Hugo Touzet, auteur de «Produire l’opinion», revient sur le classement des personnalités préférées des Français publié par «le JDD», qui fait apparaître Philippe De Villiers et Marion Maréchal. Pour obtenir ce top dominé par l’extrême droite, Vincent Bolloré a commandité son propre institut, le CSA, et abandonné l’Ifop.
Dans son Top 50 des personnalités préférées des Français, l’hebdomadaire bolloréen jubile de voir Jordan Bardella se hisser «à la quatrième place et Marine Le Pen à la septième». «A 30 ans, le président du Rassemblement national (RN) s’installe durablement dans l’opinion, se hissant entre Omar Sy et Florent Pagny», enchaîne le Journal du dimanche. Un classement différent de celui publié par l’Ifop, partenaire historique de l’hebdomadaire depuis 1988 écarté par le directeur général de la chaîne CNews, Serge Nedjar, également à la tête du JDD. Le sondeur a officié cette année pour TF1 et LCI, et aucun homme politique ne truste les dix premières places du classement. Le quatrième préféré des Français, c’est Omar Sy.
Le JDD, lui, a cette fois compté sur l’institut CSA détenu par Vincent Bolloré pour concocter son top de personnalités. Si Jean-Jacques Goldman est comme à son habitude arrivé en tête, Philippe de Villiers et Marion Maréchal font leur entrée dans un baromètre dominé par l’extrême droite. Le sociologue Hugo Touzet, auteur de Produire l’opinion. Une enquête sur le travail des sondeurs (Ed. de l’EHESS), rappelle comment les sondages peuvent être utilisés pour s’offrir une assise «pseudoscientifique» et servir des intérêts.
Vincent Bolloré a abandonné l’Ifop, partenaire historique du magazine, à l’approche de la présidentielle, c’est un hasard ?
C’est un tournant. Ça rappelle que les sondages, qui sont souvent présentés comme un instrument de mesure neutre, sont avant tout le résultat des questions de relations commerciales entre des clients et des commanditaires. On a l’impression de manière plus générale que Bolloré essaye de mettre de la cohérence dans toutes ses acquisitions pour créer des synergies assumées, ce qui n’était pas forcément le cas jusqu’alors. CNews, par exemple – pour le gros rendez-vous sondagier que constitue la présidentielle – ne travaillait pas avec l’institut CSA mais avec l’institut Ifop en 2017 et OpinionWay en 2022. Les instituts sont des entreprises privées, donc possédées selon leur taille, soit par des propriétaires, parfois des actionnaires… en l’occurrence CSA est un gros institut qui appartient à Bolloré. Ce n’est pas le cas de tous les propriétaires de médias, mais chez lui, qui utilise les sondages, il y a un projet idéologique très assumé. On va retrouver des bouquins édités dans sa maison d’édition, dont la promotion est faite sur ses médias, dont les livres sont ensuite vendus dans ses lieux de distribution, comme les Relay.
https://www.liberation.fr/economie/medi ... 5LUBRG3S4/


