SOURCE : LE FIGAROLes ambitions grandissantes de l’omniprésente Sarah Knafo
DÉCRYPTAGE - Promise à une traversée du désert après les élections législatives de juin 2024, la députée européenne de Reconquête, compagne d’Éric Zemmour, a réussi à sortir son parti de l’ornière.
Sarah Knafo est partout. À la une du magazine JDNews ce mercredi, dernier né de la galaxie des médias de Vincent Bolloré, sa chevelure brune tombante, le sourire en coin. « Ils détournent votre argent », accuse-t-elle pour mieux cibler l’audiovisuel public, France Télévisions et France Inter en tête, sa dernière cible. On ne compte plus les articles décrivant son « ambition ». Il y a quelques semaines, début octobre, elle était carrément en couverture d’un hors-série, un numéro spécial de l’hebdomadaire Valeurs actuelles. Pas moins de 68 pages pour décrire sous toutes les coutures, de « A à Z » comme c’est écrit, Sarah Knafo, 32 ans, compagne d’Éric Zemmour, vice-présidente de Reconquête, députée européenne depuis dix-huit mois à peine. Un carton en kiosque.
« Ce phénomène commercial devient une information politique », lance sur le réseau social X Tugdual Denis, le patron de la rédaction de Valeurs actuelles, après avoir annoncé une réimpression du numéro. Et ce n’est pas tout : mardi soir, elle était l’invitée, à 19 h 30, de Franceinfo. Dans sa loge, elle découvre un modeste panier de fruits. « Alors même qu’il y a 36 000 euros par jour de frais de cocktails et de réceptions, dans nos loges, ils ont mis ça », dit-elle dans une vidéo publiée sur les réseaux, sans craindre de gonfler les chiffres affichés dans le budget de la télévision publique. « Ils ont peut-être commencé le plan d’économie. » Et puis à 20 h 36, les téléspectateurs de CNews pouvaient la voir, face à Pascal Praud, demander la privatisation de l’audiovisuel public.
Il est loin le temps où Sarah Knafo voulait absolument rester dans l’ombre, trop consciente des dangers d’une exposition publique trop précoce, traquant sans relâche les propos qui lui étaient rapportés dans la presse. Il est aussi loin le temps où les stratèges politiques, ou les médias, prédisaient, à elle et à Éric Zemmour, une traversée du désert qui n’en finirait plus, après la primaire sauvage avec Marine Le Pen lors de la présidentielle 2022 et une campagne des européennes compliquée. Les législatives de juin 2024, qui ont suivi la dissolution, ont été un désastre pour Reconquête, après le divorce violent avec Marion Maréchal : 238 934 électeurs avaient glissé le bulletin du parti nationaliste dans l’urne - 0,75 % des suffrages - et aucun candidat n’avait été élu. En face, le Rassemblement national (RN) mené par Jordan Bardella, et Marine Le Pen, avait presque touché du doigt les portes de l’hôtel Matignon. « Quand on compare la situation de Sarah Knafo à celle de Marion Maréchal aujourd’hui, il faut se préserver des prédictions », juge un ancien cadre de Reconquête, en référence aux difficultés de la nièce de Marine Le Pen avec son ex-parti, qui cherche à l’étouffer.
Le bon filon de l’économie
Qu’est-ce qui a sauvé Éric Zemmour, Sarah Knafo et Reconquête de l’invisibilisation ? « Je suis de nature optimiste », confie la principale intéressée, qui préfère croire que le temps donnera raison à ses idées. Mais ce n’est pas que cela. Il y a d’abord le filon trouvé par la députée européenne : celui de l’économie, et notamment la manière dont l’argent public est dépensé. « Nous montrons que notre discours, ce n’est pas seulement l’immigration et la sécurité », dit celle qui avait choisi la Cour des comptes à sa sortie de l’ENA. Ses cibles ? L’Agence française de développement, France Travail et maintenant, donc, France Télévisions et Radio France. Un discours qui a trouvé un écho médiatique immédiat, alors que les gouvernements successifs, comme ceux de Michel Barnier ou de François Bayrou, faisaient face au mur de la dette française, et sonnaient l’alarme. Quand Éric Zemmour philosophe sur l’avenir de la civilisation française, ou encore la religion chrétienne, Sarah Knafo joue les duettistes avec Jean-Philippe Tanguy, le monsieur finances de Marine Le Pen.
Mais c’est surtout le serpent de mer de la primaire de la droite qui a rappelé à tout le monde que Reconquête avait encore un (petit) poids électoral. « Les électeurs de Zemmour, c’est autour de 6 %. Pour un candidat de la droite, ce n’est pas négligeable », juge un stratège LR. Alors autant les ramener à la maison. C’est le pari de Laurent Wauquiez, patron des députés LR, qui propose une primaire allant de « Gérald Darmanin à Sarah Knafo ». Une aubaine tombée du ciel pour Reconquête et ses deux figures. Une victoire politique et idéologique aussi. Cette idée de primaire ramène Reconquête dans le giron de la droite après avoir été relégué par Marine Le Pen à son extrême droite. « Cela remet Éric Zemmour dans le positionnement qu’il souhaitait prendre en 2022, à équidistance entre LR et le RN », décrypte un observateur des droites. Le couple est persuadé que dans cette compétition - aujourd’hui hypothétique - ils ont les cartes pour l’emporter et incarner la droite à la prochaine présidentielle.
Le casse-tête de la candidature
Mais qui sera le candidat de Reconquête ? Éric Zemmour ou Sarah Knafo ? La question est dans toutes les têtes des états-majors politiques, comme cette ministre qui s’enquiert des ambitions de l’eurodéputée, ou ce cadre RN qui n’aimerait pas que les municipales à Paris deviennent un tremplin pour la compagne de l’ancien journaliste. Le couple, lui, joue l’ambiguïté. « Je m’y prépare, j’observe », disait Éric Zemmour en octobre dernier sur BFMTV, après avoir affirmé : « La candidature ne se déclare pas comme cela à un micro. » Et à propos de Sarah Knafo, il se réjouit : « Je remarque qu’il y a un an, elle n’était connue que des initiés. Aujourd’hui, on la met déjà dans la présidentielle, c’est formidable. » En interne, on précise : « La décision reviendra à Éric, et à lui seul. »
Entre-temps, Sarah Knafo doit prendre une décision cruciale. Se lancera-t-elle dans la bataille de Paris ? L’eurodéputée attend de voir comment les débats budgétaires se termineront, si le premier ministre Sébastien Lecornu arrivera à échapper à une censure, et si Emmanuel Macron ne sera pas forcé de prononcer une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale. « Cela écraserait la campagne des municipales », juge un de ses soutiens. Et cela priverait Sarah Knafo de l’espace médiatique dont elle a besoin pour faire connaître sa candidature. Mais est-ce que son avenir se limite à Paris ? Sarah Knafo affirme : « Ma grande ambition, c’est l’union de la droite. » Cela ne veut pas dire que c’est sa seule ambition.
Et si c'était elle, l'avenir de la droite ?


