le scandale des prothèses PIP, qui va payer?

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Patrick_NL
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Re: le scandale des prothèses PIP, qui va payer?

Message par Patrick_NL » 19 avril 2013 20:57

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MARSEILLE - Plein d'assurance et gardant son sens de la provocation, Jean-Claude Mas, fondateur de la société PIP, a vigoureusement défendu vendredi ses prothèses mammaires frauduleuses devant le tribunal correctionnel de Marseille, s'attirant les foudres des plaignantes.

Pendant cette première journée d'audition, ses co-prévenus, anciens cadres de PIP, ont décrit une usine où tout le monde savait et oscillait entre peur du patron et peur du licenciement.

Dans la matinée, M. Mas avait défendu son gel maison: Je prétends que je n'ai pas fait prendre de risques, a déclaré le septuagénaire, jugé pour tromperie aggravée et escroquerie pour avoir, dans les années 2000, rempli les prothèses d'un gel de silicone industriel non autorisé.

Au niveau cohésivité, je suis certain, j'affirme qu'il était supérieur au Nusil (le gel conforme, ndlr), a-t-il répété, montrant parfois un léger agacement.

Dans l'après-midi, l'agacement a franchi un cran, quand le procureur Jacques Dallest l'a interrogé sur ses déclarations en garde à vue, dans lesquelles il traitait les plaignantes de femmes fragiles en quête de fric.
Beaucoup de femmes dans la clientèle de la chirurgie esthétique ne sont pas bien dans leur peau, sont fragiles, a répondu Mas, provoquant un brouhaha dans la salle et s'attirant un connard venu des sièges des victimes.

Vêtu de son large blouson marine, regardant la présidente, droit, les yeux écarquillés, il a expliqué avec assurance tenir la formule de son gel d'un chirurgien plasticien varois, pour qui il avait travaillé au début des années 80.

Il a redit que oui, il s'estimait compétent pour proposer ce gel, en dépit d'un parcours divers: bac maths élém, vendeur d'assurances-vie, visiteur médical, employé dans les diamants, représentant en vins. J'ai toujours bien vécu, note-t-il.

S'il avait pu obtenir un statut de formulateur, il l'aurait fait, a-t-il affirmé. Malheureusement, il fallait un million d'euros pour avoir une unité pour devenir formulateur, a-t-il dit, alors que les finances de l'entreprise, défaillantes (perte du marché nord-américain, provisionnements pour procès à l'étranger...), ont fait l'objet de nombreuses questions.

L'enquête a montré que l'usage du gel non conforme au lieu du Nusil avait permis à la PME un gain annuel d'un million d'euros.

Selon les autorités sanitaires, un quart des prothèses retirées des porteuses étaient défectueuses (perspiration du gel, rupture des enveloppes), générant notamment des réactions irritantes.

Interrogé après lui, son ex-bras droit, Claude Couty, a admis avoir permis la vente de lots non homologués. Mais je n'ai jamais eu conscience du danger, assure-t-il, costume sombre et chevelure argentée.

A propos de Mas, il souligne qu'il vit dans son monde. Il pense avoir la science infuse (...) assez souvent on était en désaccord sur la gestion, dit-il, devant Mas qui sourit.

Tous les salariés de l'entreprise connaissaient l'existence de ce gel, mais Mas imposait sa volonté, a affirmé un autre prévenu, Loïc Gossart, 39 ans, ex-directeur production. Selon lui, 100% des salariés, hors les commerciaux France, étaient au courant.

Il relève que le retour au gel conforme qu'envisageait Claude Couty déplaisait aussi aux syndicats car, plus cher, il aurait entraîné un surcoût et des risques de licenciements dans un contexte de difficultés économiques de la société de 120 salariés.

Pourquoi ne pas avoir eu un sursaut citoyen ?, l'interroge alors le procureur. On essaie de partir, de chercher un emploi à côté... je n'ai pas démissionné car ça reste difficile, lui a-t-il répondu.

Autre prévenu, Thierry Brinon, 53 ans, directeur technique depuis 2006. Les plaintes de chirurgiens en 2008 ont commencé à me faire douter de la culture de l'entreprise, a-t-il dit. Quand Mas lui demande de travailler sur le gel et qu'il refuse, il confie cette mission à mon ingénieur.

L'ex-directrice de la qualité, Hannelore Font, entrée en 1999, à 22 ans, chez PIP, assure que dès 2004 elle pensait que les choses pouvaient changer. Mais c'est en 2009 qu'elle bloque la sortie de lots.

Très vite, elle s'effondre. Je tiens à m'excuser de n'avoir pas été à la hauteur, sanglote-t-elle.

Parmi la centaine de plaignantes encore présentes vendredi, la colère s'exprimait.

Avec quel mépris il (Mas) s'adresse à la cour, avec quelle désinvolture il parle de nous, avec quelle insouciance il parle des prothèses !, disait Hélène Muriel, sortie avant la fin.

Plus de 5.250 femmes, Françaises pour l'essentiel, ont porté plainte (pour environ 30.000 porteuses de ces prothèses en France, et plus encore à l'étranger). L'Agence du médicament (ANSM), la Ligue contre le cancer sont parties civiles, ainsi que le certificateur TÜV.

Le procès doit durer jusqu'au 17 mai. Lundi, les témoins du parquet interviendront (notamment TÜV et l'ANSM), mardi ceux des prévenus.

Les cinq prévenus encourent cinq ans de prison.
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prothèses PIP : un rapport épingle l'Agence du médicament

Message par tisiphoné » 02 octobre 2013 10:33

Le site d'informations Mediapart a fait état mardi d'un rapport interne très critique de l'Agence du médicament (à l'époque Afssaps) sur l'absence d'alerte de l'agence concernant les prothèses PIP contenant du gel de silicone non conforme, et qui aurait été dissimulé au ministre de la Santé de l'époque. Le professeur Dominique Maraninchi, patron de l'Agence du médicament ANSM, "dément toute dissimulation". Selon lui, "le document évoqué a été écrit par un salarié deux mois après la remise du rapport officiel rendu public" le 1er février 2012.

Pour sa part, Mediapart affirme que ce rapport a été rédigé au 1er trimestre 2012, puis saisi lors d'une perquisition au siège de l'Agence du médicament en avril 2012 à la demande de la juge d'instruction Annaïck Le Goff. Selon le site, "la direction de l'agence n'a pas divulgué ce document interne dont elle avait connaissance, mais a diffusé un rapport officiel, remis à Xavier Bertrand en février 2012, expurgé des informations les plus gênantes pour l'Afssaps".
"L'Afssaps aurait dû réagir dès 2007" (rapport interne)

D'après le rapport cité par Mediapart, "l'augmentation des ruptures pour les prothèses PIP est amorcée dès 2006" et "l'Afssaps aurait dû réagir dès 2007 et au plus tard en 2008", alors que la recommandation d'un retrait préventif pour toutes les femmes a été annoncée par les autorités sanitaires françaises fin 2011. Pour l'ANSM, "ce n'est que deux mois après la remise publique du rapport officiel qu'un salarié de l'ANSM a remis de sa propre initiative à la direction générale une analyse personnelle et rétrospective établie sur la base des mêmes données toxicologiques et de matériovigilance que celles figurant dans le rapport remis au ministre de la Santé d'alors (Xavier Bertrand) le 1er février 2012".

"Il est donc inexact d'alléguer que le rapport officiel rendu public deux mois plus tôt aurait été expurgé des éléments contenus dans ce document", soutient l'agence. "Une instruction judiciaire étant ouverte sur ce dossier, l'agence a spontanément remis au juge en charge de l'instruction le document élaboré par son salarié", assure l'ANSM. Réagissant aux affirmations de Mediapart, Me Philippe Courtois, avocat des victimes PIP, a estimé que l'agence n'a "rien fait pendant deux ans". "Avec un tel rapport, la mise en examen de l'agence doit être opérée rapidement. On est exactement dans la même situation que le Mediator", a-t-il déclaré.
7 186 implants défectueux

Plus de 16 000 femmes se sont fait retirer leurs prothèses mammaires PIP contenant un gel de silicone frauduleux, selon le dernier bilan arrêté fin mai par l'ANSM. Le taux de "défaillance" constaté sur les implants PIP retirés est "à ce jour de 25,4 %", avec 7 186 implants défectueux sur les 28 276 retirés chez 16 426 femmes. Le nombre de femmes porteuses de prothèses PIP en France est estimé à environ 30 000. Les retraits préventifs avaient commencé après la suspension de la commercialisation de ces implants en mars 2010.

Ils se sont accélérés à partir du début 2012, après la décision du ministère de la Santé de proposer des explantations, même en l'absence de signes cliniques de détérioration de l'implant. Un procès s'est déroulé en mai devant le tribunal correctionnel de Marseille contre le fondateur et patron de PIP, Jean-Claude Mas, qui nie la dangerosité de ses produits. Le jugement doit être rendu le 10 décembre.

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