"Le service minimum du RN dans son soutien aux agriculteurs en colère
Après être restés en retrait, Marine Le Pen et Jordan Bardella se sont ralliés du bout des lèvres à la cause des éleveurs mobilisés contre l’abattage systématique des troupeaux.
Une gêne, quelle gêne ? Depuis plusieurs jours, le RN semble se tenir à bonne distance de la contestation agricole qui s’exprime partout en France. Les actions de blocage se multiplient, la colère couve, mais les cadres du parti d’extrême droite regardent ailleurs. Ou, du moins, de façon moins spontanée et passionnée que lors de précédentes mobilisations d’agriculteurs.
Tout juste Marine Le Pen a-t-elle répondu à une poignée de journalistes dans les couloirs de l’Assemblée nationale ce mardi 16 novembre. Pour, en plus, ne rien dire qu’on ne savait déjà. La patronne des députés RN a notamment appelé la ministre de l’Agriculture Annie Gevenard à « faire son travail ».
Mais encore ? « Il faut réunir les autorités sanitaires et les représentants des éleveurs pour sortir de cette crise et éviter que la situation s’aggrave », a esquivé Marine Le Pen. Bien tenté, alors que la ministre a annoncé quelques heures plus tôt la tenue d’une « cellule de dialogue scientifique », qui réunirait « des experts en santé animale » et des représentants des agriculteurs. Dans le week-end, c’est Jordan Bardella qui avait annoncé « ne pas aimer cette méthode », mais sans non plus opposer une opposition nette aux protocoles sanitaires.
Habituellement aux côtés des agriculteurs quoiqu’il arrive, et notamment de ceux mobilisés sous le bonnet jaune de la Coordination rurale, pour certains proches des milieux d’extrême droite, le Rassemblement national a cette fois tâtonné. D’abord parce que la raison du déclenchement de la crise offre peu de prises politiques. Les paysans s’opposent à l’abattage systématique des troupeaux dès lors qu’un animal est contaminé par la dermatose nodulaire (DNC).
Si Marine Le Pen décidait de s’y opposer aussi, elle devrait expliquer ce qu’elle propose à la place. Or elle n’a pas l’expertise scientifique et médicale nécessaire pour mettre sur la table une alternative. Un embarras qui s’est manifesté le 15 décembre sur le plateau de TF1 lorsque le député RN Laurent Jacobelli était bien en peine de dessiner un autre chemin aux agriculteurs, contraint d’admettre qu’il n’était « pas vétérinaire ».
Dans cette séquence, le RN en est réduit à s’opposer au gouvernement sans vraiment apporter de solution. « Il faut se mettre à la place des agriculteurs et trouver, dans la concertation, une solution », martèle Marine Le Pen depuis l’Assemblée, omettant de dire ce qu’elle préconise si un accord n’était pas trouvé entre scientifiques et éleveurs. Il y a bien des élus RN qui, localement, se mobilisent sur le sujet, mais en s’exposant à des sorties de route sur le plan scientifique. À l’image de la députée RN de la Bresse, Valérie Deloge, qui reprend un raccourci trompeur concernant les vétérinaires et l’euthanasie des animaux.
Ménager deux bouts de l’électorat
L’autre raison pour laquelle le parti d’extrême droite soutient difficilement la contestation agricole est à chercher du côté des images qui ont tourné le week-end dernier. On y voit des affrontements parfois violents avec la police, et des paysans prêts à en découdre pour défendre leurs bêtes. D’autant que des organisations liées à la gauche, comme la Confédération paysanne ou Les Soulèvement de la Terre, sont présentes sur les points de blocage, sur lesquels se pressent aussi des élus LFI.
Au RN, de telles images peuvent effrayer une partie de l’électorat, et tailler en pièces le discours systématiquement favorable aux forces de l’ordre. D’où l’appel de Marine Le Pen à « éviter la brutalisation » partout où c’est possible. « Nous avons terriblement été choqués par les images de confrontations entre ceux qui nous protègent et ceux qui nous nourrissent », a-t-elle assuré, résumant là l’ambivalence de son discours et le nécessaire pas de deux auquel elle s’adonne pour ne perdre aucun des deux bouts.
L’ordre d’un côté, la contestation contre les décisions du gouvernement de l’autre. D’autant que plane sur les mobilisations en ligne le soupçon de manœuvres étrangères visant à déstabiliser la France, ce qui peut aussi expliquer cette prudence. Finalement, le RN tente au maximum d’écarter les débats autour de l’abattage des troupeaux et de la contagiosité de la maladie... au profit de ceux autour du Mercosur, beaucoup plus confortable politiquement. Ainsi l’ex-candidate à l’élection présidentielle considère que « l’épidémie est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase » mais qu’il y a « aussi le Mercosur, la concurrence déloyale, l’augmentation des engrais ». On appelle ça détourner l’attention."
https://www.huffingtonpost.fr/politique ... 58289.html
"La valeur ne dépend pas de la religion, mais de l'amour qui nous fait considérer l'autre comme un frère ou une sœur"
Sœur Emmanuelle
"Notre vraie nationalité est l'Humanité" Herbert Georges Wells