Belle bande d'abruti(e)s...
Cyberharcèlement de Rébecca Chaillon : de deux à quatre mois de prison avec sursis pour six personnes
Les prévenus étaient accusés d’avoir publié des messages haineux sur les réseaux sociaux visant la metteuse en scène du spectacle «Carte noire nommée désir», dans la foulée d’une représentation au Festival d’Avignon en juillet 2023.
Des peines conformes aux réquisitions. Le tribunal de Paris a prononcé ce mardi 16 décembre des peines de deux à quatre mois de prison avec sursis à l’encontre de six personnes pour avoir cyberharcelé Rébecca Chaillon, l’auteure de la pièce de théâtre Carte noire nommée désir. Pour quatre d’entre eux, la circonstance aggravante de racisme a été retenue. Le septième prévenu a été relaxé.
A l’issue de l’audience, le 22 octobre, le procureur avait requis de trois à six mois d’emprisonnement avec sursis contre les prévenus, âgés de 45 à 70 ans, accusés d’avoir harcelé la dramaturge entre le 25 et le 28 juillet 2023, peu après une représentation de son spectacle au Festival d’Avignon, dans lequel elle interroge la place des femmes noires dans la société française.
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Racisme décomplexé»
«Je ne sais pas si c’est réparable», avait expliqué à la barre du tribunal correctionnel Rébecca Chaillon, la voix tremblante. Les insultes répétées ont eu de lourdes conséquences : tachycardie, insomnie, peur d’être agressée, de s’approcher de son téléphone et même de créer à nouveau. Les interrogatoires des prévenus, pendant l’audience, ont «réactivé cette violence». Des propos au «racisme décomplexé», a dénoncé l’avocat de la metteuse en scène et performeuse, Raphaël Kempf.
Aucun prévenu n’a vu le spectacle mais une photo extraite de la pièce est au cœur du déferlement de messages haineux sur les réseaux sociaux à l’encontre de son auteure.
Fin juillet 2023, l’ancien eurodéputé d’extrême droite Gilbert Collard dénonce sur Facebook un «racisme anti-blanc» et poste l’image d’une actrice incarnant une «nounou noire» qui embroche des poupons blancs et métisses en plastique. S’ensuit un déferlement de messages haineux sur cette plateforme, parfois sur X, mais aussi, en commentaire d’un article de Libération relayé sur les réseaux sociaux et qui faisait état des violences subies à Avignon par l’équipe de la pièce.
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La peau des corps de ces pseudos artistes vont nous servir de tapis pour marcher sans salir nos semelles», écrit Florence A., 70 ans, à la lecture de cette publication, partagée 1 300 fois. Rien d’«haineux» selon elle, «un tapis est généralement doux et sensuel», tente de justifier l’unique femme jugée, qui a «toujours fait de la provoc».
Par le passé, Florence A. avait déjà appelé à «guillotiner» Anne Hidalgo.
Agressions à Avignon
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Foutez moi toute cette merde hors de mon pays», écrit Marc A., 64 ans, «à chaud» en tombant sur la photo postée sur un groupe Facebook intitulé «Fier d’être français.»
Philippe S., 69 ans, dit s’être laissé emporter par Twitter qui «manipule ses utilisateurs en les provoquant.» «
Ce n’est pas une artiste. C’est une truie, noire, raciste, immonde», avait commenté le juge bénévole au tribunal de commerce à la lecture d’un tweet. Rébecca Chaillon «revendique la provocation», explique Philippe S. à la barre. «Moi aussi je peux être provocateur.»
Les comédiennes avaient déjà fait face lors des représentations à Avignon mais aussi dans les rues à des «agressions verbales et physiques à caractère raciste», poussant le célèbre festival de théâtre à publier un communiqué, pour les dénoncer.
https://www.liberation.fr/societe/polic ... 3ZZTW2AEY/