Et voici le petit compte rendu que je m'en étais fait à l'époque :
"Dans un court opus mais très dense et facile à lire, l’écrivain juif Avraham B. Yehoshua propose des réponses dans son livre « Israël, un examen moral » (un essai qui a fait débat comme l’explique Denis Charbit dans la postface du livre qu’il intitule « Avraham B. Yehoshua, un penseur sur la corde raide ».)
Allons-y !
1) L’auteur rappelle d’abord – et c’est un constat objectif qu’il semble établir là, on ne peut qu’être d’accord avec lui sur ce plan - que l’antisémitisme a été une constante troublante au fil des siècles et des millénaires (et ce en dépit de la variété des circonstances, de la variété des Juifs et des peuples qui l’ont haï).
« Voilà un phénomène humain d’une aussi grande diversité dans ses manifestations comme dans ses motifs et d’une incroyable longévité. Un phénomène humain dont les origines remontent à l’Antiquité, qui persiste depuis des millénaires et témoigne d’une stabilité et d’une permanence au sein d’un monde qui ne cesse pourtant de changer.
Voilà une hostilité, sinon une haine, qui a affecté des civilisations et des peuples si différents les uns des autres, des religions parfois concurrentes et rivales entre elles, comme, par exemple, le christianisme et l’islam. »
2) L’auteur avance ensuite qu’il y a longtemps déjà, dans l’Antiquité », les principes qui régissent la haine des Juifs ont été formulés avec une clarté, une précision et une concision surprenantes et ce, bien avant l’apparition du christianisme et de l’islam et bien antérieurement à l’antisémitisme moderne, le nazisme et le conflit israélo-arabe.
L’auteur les trouve précisément dans un récit antique devenu canonique, un récit rédigé par un scribe juif pour des Juifs. Il s’agit du récit d’Aman, fils d’Ammedatha, tiré du Livre d’Esther dans la Bible hébraïque.
Dans ce Livre d’Esther, il s’agit des paroles d’Aman, fils d’Ammedatha, figure littéraire du persécuteur créée par des Juifs bien des siècles avant le christianisme, qui fournissent une première clé pour discerner ce fondement de la haine des Juifs.
Ce récit parle d’un peuple ET d’une religion - les deux termes ne coïncident pas précise l’auteur et ce sera important pour comprendre sa thèse plus loin – d’un peuple et d’une religion donc de dispersion et de division, mais aussi de l’insertion du peuple juif dans le tissu social et national des autres peuples. Il évoque le refus des Juifs de se plier aux lois établis par les rois souverains et réclament enfin l’extermination de ce peuple.
« Alors Aman déclara au roi Xerxès : Il y a un peuple éparpillé et divisé au milieu des populations dans toutes les provinces de votre royaume. Leurs lois diffèrent de celle de tout peuple : quant aux lois du roi, ils ne les observent pas ; il n’est pas opportun que le roi les ménage. Si cela plaît au roi, qu’on ordonne par écrit de les faire périr. »
L’auteur remarque que le Livre d’Esther réserve une sacrée surprise à savoir que le nom de Dieu n’y est jamais mentionné. Dieu ne semble pas concerné par cette histoire tout entière bâtie sur une auto-analyse que les juifs se font de leur situation géographique et historique à partir de leurs conditions d’existence réelles. L’intérêt de ce texte -selon l’auteur – est de nous renseigner sur la manière dont les Juifs essayent alors de s’expliquer à eux-mêmes la haine qu’on leur vouait.
Les savants datent ce texte entre la fin du IV° et le II° siècle avant l’ère chrétienne, mais ne trouvent pas de preuve attestant de l’historicité de l’événement rapporté dans le Livre d’Esther. L’auteur lui-même ne propose pas une analyse historique et philologique de ce texte mais il essaie surtout de montrer comment ce texte a été compris, lu et étudié par des générations de Juifs qui lui ont toujours attribué une signification, une pertinence dépassant largement le cadre historique et géographique de la royauté de l’Empereur Assuréus.
3)
À partir de ce texte fondateur, l’auteur dégage deux concepts qui pourraient être fondateurs de la haine du peuple juif d’abord après la doctrine sioniste : d’une part, il est éparpillé, dispersé mais vivant parmi d’autres peuples, au sein de plusieurs états. D’autre part, ce peuple est lui-même divisé ce qui soulève une difficulté supplémentaire pour tenter de l’identifier.
« De fait, en fonction du lieu où ils se trouvent, les Juifs ont pris, avec le temps, des traits physiques, des habits, des noms différents, (les Juifs changent leur nom d’origine pour des patronymes locaux) conformes aux coutumes du pays. »
Et ce n’est pas tout.
« Les Juifs ont changé à maints égards au cours des siècles, dans leur structure comme dans leur attitude : on trouve des religieux et des laïcs, des nationalistes et des assimilé, certains vivent isolés, d’autres en communauté ; sociologiquement parlant, leurs mœurs, leurs occupations professionnelles, leurs lieux de résidence sont loin d’être restés les mêmes à travers l’Histoire ; et leur degré d’intégration au sein des sociétés où ils se sont établis a également évolué. »
4)
Mais dans un chapitre suivant Avraham B. Yehoshua, souligne la faiblesse de l’explication sioniste qui, selon lui, ne suffirait pas à expliquer la cause profonde de l’antisémitisme. Pour une simple et bonne raison : c’est que le rassemblement d’une partie importante du peuple juif dans sa patrie n’a pas donné lieu à la disparition de l’antisémitisme même en dehors du conflit israélo-arabe car des positions antisémites avaient été proférées bien avant l’occupation de 1967 et antérieurement à la création de l’État d’Israël en 1948.
Alors quoi ? Il faut aller plus loin et continuer d’explorer.
Avraham B. Yehoshua a écrit :
Non. A la racine de la folie et du délire antisémites, on trouve quelque chose de plus fort : c’est la peur . Une peur viscérale et absurde. La peur et non la jalousie. Les Juifs eux-mêmes ont du mal à l’admettre ; ils préfèrent imputer l’antisémitisme à la jalousie, qu’elle soit liée à des motifs religieux puisqu’ils prétendent être élus de Dieu, ou à des motifs laïques, du fait de leur réussite et de leur mérite.
Mais quelle est la nature profonde de cette peur folle et absurde dont nous percevons l’écho, aujourd’hui, du côté du monde musulman ? Qu’y aurait-t-il à l’origine de cette peur ?
C’est ce que vous apprendrez vous -mêmes en vous plongeant dans ce petit essai certes très controversé mais courageux, audacieux, passionnant !
Edit :
Ouvrage qui aborde dans un chapitre suivant la question épineuse du droit historique du peuple juif sur la terre d’Israël où, là encore, l’auteur déconstruit méthodiquement les thèses et les justifications habituelles sionistes en avançant l’idée ambitieuse qu’historiquement parlant, il n’y aurait jamais eu de diaspora réelle du peuple juif à travers les âges et que ce peuple aurait eu mille fois l’occasion de revenir dans "sa terre" après les périodes du Premier puis du Second Temple.
Pourquoi ne l’aurait-t-il alors pas fait ? Là encore à vous de jouer si vous faites l'effort !
Ouvrage qui se termine sur les limites du sionisme (l’auteur démontrant en quoi le sionisme n’est pas une vraie révolution car cette idéologie ne fait que promouvoir un retour au passé sans véritable perspective d’avenir. Un avenir qui reste à inventer si les Juifs acceptaient enfin de résoudre eux-mêmes la racine qui est au coeur de la peur qu’ils inspirent depuis la nuit des temps et dont l’auteur donne une clé dans le premier chapitre de cet essai. ) "
"Israël : un examen moral" (Avraham B. Yehoshua)
Fin du compte rendu
