Réactions Capture de Maduro au Venezuela : la communauté internationale entre larges inquiétudes et lourdes condamnations, Macron et des Européens détonnent
Surtout appels à la «retenue» et au «respect» du droit et des conventions internationales : l’intervention militaire américaine au Venezuela et la capture de Nicolás Maduro ont suscité de vives réactions à travers le monde.
A l’instar du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, qui estime que l’intervention militaire américaine au Venezuela «contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international», les chancelleries européennes ont d’abord appelé, ce samedi 3 janvier, au respect du droit international.
Dans la matinée, la cheffe de la diplomatie de l’UE, Kaja Kallas, a dit avoir appelé à la «retenue» lors d’un échange au téléphone avec le secrétaire d’Etat américain Marco Rubio, tandis qu’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a déclarée que l’Europe était «solidaire du peuple vénézuélien et [soutenait] une transition pacifique et démocratique. Toute solution doit respecter le droit international et la Charte des Nations unies», a-t-elle ajouté. Antonio Costa, président du Conseil européen qui représente les 27 pays membres, a dit suivre la situation avec «grande inquiétude» et a appelé à la «désescalade».
Ailleurs en Europe, le gouvernement espagnol a proposé de jouer les intermédiaires dans la crise entre le Venezuela et les Etats-Unis, Madrid appelant à la «désescalade et à la modération et à agir toujours dans le respect du droit international». Pour le Premier ministre polonais Donald Tusk, «un événement comme l’attaque américaine d’aujourd’hui contre le Venezuela affecte le monde entier ; nous réagirons et nous préparerons à cette nouvelle situation».
Les critiques contre Maduro de Macron, Merz, Meloni et Starmer
Mais les positions européennes se sont durcies au fil de la journée.
Dans la soirée, Emmanuel Macron, sans un mot sur l’opération américaine menée hors de tout cadre légal, a affirmé que «le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir». Et précise : «En confisquant le pouvoir et en piétinant les libertés fondamentales, Nicolás Maduro a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple. La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien. Nous souhaitons que le président Edmundo González Urrutia, élu en 2024, puisse assurer au plus vite cette transition.» Ajoutant : «La France est pleinement mobilisée et vigilante, notamment pour assurer la sécurité de ses ressortissants en ces heures d’incertitude.»
Sur une ligne similaire à celle d’Emmanuel Macron, Friedrich Merz a jugé peu après que le président vénézuélien avait «conduit son pays à la ruine». Nicolas Maduro a «joué un rôle problématique dans la région», notamment en «impliquant le Venezuela dans le trafic de drogue», a jugé le chancelier, rappelant que l’Allemagne n’a pas reconnu les dernières élections vénézuéliennes, «truquées».
Giorgia Meloni, la présidente du Conseil italien, a pour sa part affirmé «qu’une action militaire extérieure n’est pas la manière de mettre fin aux régimes totalitaires, mais considère dans le même temps légitime une intervention militaire défensive contre des attaques hybrides».
Enfin, le Premier ministre du Royaume-Uni, Keir Starmer, a changé de pied. Après avoir d’abord souligné que tous les pays devaient «respecter le droit international», le responsable britannique a souligné dans la soirée que «Maduro est un président illégitime» et qu’il «ne versera pas de larmes sur la fin de son régime».
«
Grave atteinte à la souveraineté»
Dans le reste du monde, Moscou a condamné l’attaque américaine, estimant que «l’hostilité idéologique» avait prévalu et exigeant des «éclaircissements immédiats», évoquant un «acte d’agression armée contre Caracas». «Les prétextes utilisés pour justifier de telles actions sont intenables», a ajouté le ministère russe des Affaires étrangères. Pékin a également «condamné fermement» l’intervention américaine.
Au Brésil, le président Luiz Inacio Lula da Silva, qui a été un allié important d’Hugo Chávez, le prédécesseur de Nicolás Maduro, a condamné une «grave atteinte à la souveraineté du Venezuela». «Les bombardements sur le territoire vénézuélien et la capture de son président dépassent les limites de l’acceptable» et menacent «la préservation de la région en tant que zone de paix», a déclaré Lula sur X.
Mexico a pour sa part condamné les bombardements, estimant que toute «action militaire met gravement en péril la stabilité régionale». «Le gouvernement du Mexique condamne et rejette avec la plus grande fermeté les actions militaires exécutées unilatéralement ces dernières heures par les forces armées des Etats-Unis d’Amérique contre des objectifs situés sur le territoire de la République bolivarienne du Venezuela», a déclaré le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.
Pays voisin du Venezuela,
la Colombie a annoncé le déploiement de troupes à sa frontière avec le Venezuela, dénonçant une «atteinte à la souveraineté» de l’Amérique latine. «Alerte générale, ils ont attaqué le Venezuela», a écrit sur son compte X le président colombien Gustavo Petro, demandant une réunion «immédiate» de l’Organisation des Etats américains et de l’ONU pour se prononcer sur la «légalité internationale» de cette «agression».
Le ministère
iranien des Affaires étrangères a condamné fermement «l’attaque militaire américaine contre le Venezuela et la violation flagrante de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale du pays». La République islamique entretient des liens étroits avec le régime bolivarien de Caracas.
Le seul appui marqué à Washington est venu de Tel-Aviv, Israël «saluant» l’opération américaine et l’initiative de Donald Trump, «qui a agi en tant que leader du monde libre», a indiqué sur X le ministre israélien des Affaires étrangères. «En ce moment historique, Israël se tient aux côtés du peuple vénézuélien épris de liberté, qui a souffert sous la tyrannie illégale de Maduro. Israël se félicite de la destitution du dictateur qui dirigeait un réseau terroriste et de drogue», ajoute Gideon Saar.
Mis à jour à 21h31 avec la réaction de Keir Starmer.
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