Dans laquelle nous apprenons que le santon (mais pas des pieds) de Marseille s'aime d'amour
Il y a plus cruel encore qu’une biographie : une autobiographie. Le désormais célébrissime Didier Raoult vient de publier la sienne, et si l’on en croit les bonnes feuilles, il s’agit d’une merveilleuse histoire d’amour.
Une merveilleuse histoire d’amour, celle qu’il entretient avec lui même, une histoire qui dure depuis 71 ans. Comme on dit, s’il commettait un suicide, ce serait un crime passionnel. Voici quelques phrases citées par le journal La Provence : «
Au moment où je suis entré dans la vie professionnelle, j'avais déjà conscience du potentiel hors du commun qui était le mien, même si j'avais attendu la préparation du concours de l'internat pour commencer d'en explorer les limites ».
A toutes ces qualités, Didier Raoult pourrait en ajouter une autre, la franchise. Car parmi ces intellectuels, célébrités et autres femmes et hommes de pouvoir, l’égo trip est bien souvent le plus beau des voyages, toutefois, la plupart du temps il se fait discret, il ne montre pas le bout de son nez aussi clairement.
Oui, mais voila, pour Didier Raoult, même son immodestie devrait susciter l’admiration, si l’être humain n’était pas aussi mesquin, puisque, comme il le dit, «
Chez moi, le moi est effectivement surdimensionné. Je le constate, parfois je le regrette, car aussi loin que je me souvienne, cela a souvent suscité les pires jalousies à mon égard ». Et, au cas où on n’aurait pas compris le mystère Raoult, autrement dit le mystère lié à la fascination qu’il exerce auprès du genre humain, le professeur donne une clé de compréhension : il est un « mâle alpha »... Alors, je sais bien que la meilleure façon de croire en soi c’est de le décider, à la manière de Malraux qui disait que Gide avait décidé de s’établir un jour dans le génie. C’est probablement aussi le signe d’une psychanalyse inaboutie, à moins, au contraire, qu'elle ait parfaitement réussie.
Le souci, le seul, mais il est d’importance, c’est que l’amour inouï dont maman Raoult a dû entourer le petit Didier lui a donné la certitude que ce qu’il disait était certain, que la vérité scientifique, généralement limitée et relative, était chez lui absolue et indubitable, tout questionnement confinant au blasphème. Et l’on pense évidemment à ce célèbre aphorisme de Nietzsche : « Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou ».
https://www.radiofrance.fr/francecultur ... 23-8557343