ellememe a écrit : 04 décembre 2019 16:10
tu es psychiatre?
non, il suffit de faire preuve de curiosité
http://www.slate.fr/story/172521/etats- ... s-feuilles
Bérengère Viennot — 22 janvier 2019 à 7h32 — mis à jour le 9 avril 2019 à 12h01
La langue de Trump est un miroir implacable: du président lui-même, de l'Amérique et de notre époque.
Donald Trump à la Maison-Blanche, le 19 janvier 2019 à Washington, D.C. | Jim Watson / AFP
Temps de lecture: 12 min
Le 45e président américain a fait exploser les codes de la parole politique.
Sa langue est vulgaire et confuse, truffée de fautes de syntaxe et de phrases sans queue ni tête, de sarcasmes et d'invectives –un casse-tête pour les personnes chargées de le traduire. Bérengère Viennot est justement traductrice, pour Slate, mais pas seulement. Ce défi que répresente Trump, elle le raconte dans un livre, La langue de Trump (éditions Les Arènes), et s'interroge: comment glisse-t-on de la violence des mots à la violence de la politique? En quoi est-ce un symptôme de l'état de la démocratie? Pourquoi sommes-nous tous concernés? Slate.fr en publie en avant-première les bonnes feuilles (les intertitres sont de la rédaction).
Donald Trump est le premier président à avoir fait de Twitter un outil de communication prédominant de son mandat. Twitter est né en 2006, et si Barack Obama s’en est servi pendant sa première campagne présidentielle, il a avoué n’avoir jamais écrit aucun message lui-même à l’époque.
Trump en est totalement fan («Twitter est une chose merveilleuse pour moi, parce que je fais passer le message... Je ne serais peut-être pas là à vous parler en tant que président si je n’avais pas un moyen honnête de faire passer mon message», a-t-il déclaré à Fox News le 15 mars 2017), et il y déverse une véritable logorrhée. Il semble s’y coller dès son réveil et trouve toujours des tas de choses à dire sur une foule de sujets. Et quand il n’en trouve pas, il reste toujours: «MAKE AMERICA GREAT AGAIN!»
Twitter fournit un excellent moyen d’observer la façon de parler de Donald Trump. Le fameux «Despite the constant negative press covfefe» («Malgré la constante covfefe négative par la presse») (oui, covfefe est féminin), posté le 31 mai 2017, illustre à quel point il a le tweet impulsif.
Twitter est le mode de communication idéal pour lui: c’est un média de l’instant, utilisé et lu par des millions de personnes. Sa brièveté forcée permet de marteler petites phrases et slogans et d’exprimer à la perfection un style de pensée haché et succinct. Dans leur livre How Trump Thinks, Peter Oborne et Tom Roberts se sont astreints à établir un lexique du langage de Trump sur Twitter. Ils commencent par y expliquer les codes de ponctuation utilisés par Trump:
« guillemets » –cynisme
????? –incrédulité
!!!!!!! –incrédulité extrême
tout en majuscule –colère
Ils rangent ensuite par catégorie le nombre de mots qui reviennent le plus souvent. Dans la catégorie «pour attirer l’attention et signer le tweet», on a par exemple «Wow!», qu’ils ont relevé 300 fois (les auteurs précisent que les chiffres ont été arrondis. Par ailleurs, leur travail s’est arrêté en avril 2017, il a donc davantage valeur d’illustration que de preuve mathématique). Dans la même catégorie, «sad!» («triste!») revient 250 fois.
Dans la catégorie «Louanges (en général auto-décernées)», on trouve l’incontournable «great» («formidable») et son superlatif «greatest» («le plus formidable») quelque... 4.400 fois. Parmi les autres catégories, dans celle des «Regrets» comprenant les formules «je regrette», «je suis désolé» et «je m’excuse», les auteurs relèvent malicieusement zéro occurrence.
Communiquer du ressenti
Au-delà de la moquerie facile, on constate que Twitter est le meilleur moyen de communiquer du ressenti comme si c’était des faits.
C’est le royaume des tripes qui parlent, du café du commerce, du cliché à deux balles et des petites phrases creuses et décontextualisées. Fort de la position d’autorité qui est la sienne, Trump peut y asséner ses vérités et ses réactions, dictées par les émotions et les premières impressions et non par une véritable réflexion.