«Si à l’antenne, on plaide pour [la peine de mort], on est sanctionnés. On ne peut pas non plus plaider pour ça»Corvo a écrit : 10 octobre 2025 08:30 En même temps qui pourrait être surpris.
Panthéonisation de Badinter : CNews tortille entre hommage forcé et élucubrations gênantes
La chaîne de Vincent Bolloré a retransmis en partie, ce jeudi après-midi 9 octobre, la cérémonie d’entrée au Panthéon de l’ancien garde des Sceaux. Sur son plateau, ses commentateurs marchaient sur une ligne de crête glissante.
Il a, entre autres, aboli la peine de mort, dépénalisé l’homosexualité, développé les peines alternatives à la prison, abrogé des lois liberticides comme la «loi anticasseurs» de 1970 et la loi «sécurité et liberté» de 1981 et, globalement, pourfendu pendant toute son existence les idées d’extrême droite… Tout le monde s’accorde à dire que Robert Badinter, panthéonisé ce jeudi 9 octobre, a légué un bel héritage à la France. Tout le monde ? Peut-être pas tout à fait. Qu’est-ce qu’on en pense du côté de CNews, première chaîne d’information – d’opinion ? – en continu ?
Manifestement pas que du bien. Preuve en est, pour cet événement historique, la chaîne de Vincent Bolloré a fait le service minimum. Contrairement à ses concurrentes, elle n’a pas choisi de retransmettre en entier la cérémonie qui se déroulait au Panthéon à partir de 18h30. Pendant ce temps-là, TF1, France 2, LCI et BFM TV y consacraient, elles, l’intégralité de leur antenne pendant près de deux heures.
«On écoute “la Marseillaise”»
Ce n’était pas le cas de CNews. A 18h35, autour du plateau animé par Laurence Ferrari, les invités parlent d’autre chose. Le journaliste du service politique de la chaîne, Gauthier Le Bret, se désole que Donald Trump ne soit pas vraiment considéré pour le prix Nobel de la paix, décerné vendredi, malgré son brillant bilan diplomatique. Bon, on savait où on mettait les pieds en regardant la 14 mais ça va vite empirer.
Vers 18h50, Emmanuel Macron arrive sur les lieux. Les images en direct, fournies par TF1 et France Télévisions, s’affichent à l’écran. Sur le plateau, Laurence Ferrari, plus pondérée que d’habitude, interrompt tout le monde : «On écoute la Marseillaise. Ça me fait du bien de voir ces images. […] De voir que l’armée est là», s’attendrit la présentatrice, qui décourage globalement son plateau contre toutes les critiques trop prononcées à l’encontre du défunt garde des Sceaux. C’en est presque surprenant.
Procès de Nuremberg et suicide de Hitler
Mais, heureusement, il est 19 heures. L’heure où l’illuminée en cheffe Christine Kelly, encore traumatisée par la condamnation de Nicolas Sarkozy, prend le relais. Le ton change. Pendant que le cénotaphe du grand homme remonte la rue Soufflot sur toutes les autres chaînes, les chroniqueurs y vont chacun de leurs petites réflexions à propos de l’héritage de Badinter. Gabrielle Cluzel, de l’extrême droitier Boulevard Voltaire, trouve que, de nos jours, on glorifie les coupables et on oublie leurs victimes.
Elle donne l’exemple de Philippe Bertrand, enfant jadis tué par Patrick Henry, criminel à qui Badinter évitera la peine de mort. Contrairement à l’enfant de 7 ans qu’il a tué, «il bénéficie d’une vraie notoriété», expose-t-elle, se désolant qu’on en sache si peu sur sa victime : «Je ne sais pas ce que sont devenus ses parents et son frère.» Si seulement quelqu’un était journaliste sur ce plateau, il aurait pu se renseigner…
Mathieu Bock-Côté, incontournable rouage zemmouriste de la machine Bolloré, fait semblant de ne pas y toucher mais va encore plus loin, se risquant à une évocation hasardeuse du procès de Nuremberg et du suicide de Hitler pour démontrer que l’opposition à la peine de mort peut varier selon les circonstances historiques. Périlleux quand on connaît le passé de la famille Badinter, décimée par la Shoah.
Tant et si bien que Christine Kelly se sent obligée de rappeler des bases légales. «Si à l’antenne, on plaide pour [la peine de mort], on est sanctionnés. On ne peut pas non plus plaider pour ça», rappelle la présentatrice, l’air déçu. Avant d’enchaîner tout de même avec sa petite outrance personnelle. «Aujourd’hui, parmi les conséquences de toute cette abolition de la peine de mort […], on arrive au point de ne plus mettre [personne] en prison. […] Est-ce qu’il faut abolir la prison ?» fait-elle mine de s’interroger.
Heureusement, le calvaire prend fin : le Président va prendre la parole. Et, une fois n’est pas coutume, on est heureux de voir Emmanuel Macron commencer un discours. Ça a le mérite de couper la chique au plateau de CNews. Pour quelques minutes, au moins.
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Et bien ça prouve que la liberté démocratique est limitée dans notre pays...
