frais de scolarité en hausse au Canada pour les français?

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frais de scolarité en hausse au Canada pour les français?

Message par tisiphoné » 12 mai 2014 18:51

L'émigration de jeunes Français vers le Canada pourrait connaître un ralentissement si l'accord franco-québécois de 1978 sur l'éducation était rompu.

Depuis un accord bilatéral signé en 1978, les étudiants francophones, notamment les Français, paient les mêmes frais de scolarité que les Québécois, contrairement aux autres étudiants étrangers. Or, le gouvernement nouvellement élu songe à "revoir la tarification pour les étudiants étrangers", selon le plan budgétaire 2014-2015 de son prédécesseur, le Parti québécois. Ce projet vise à combler le déficit du Québec, la province la plus endettée du Canada. L'argent ainsi récupéré serait réinvesti dans les universités, dont le budget est en diminution ces dernières années.

Si la loi est votée, les frais de scolarité tripleront presque pour les étudiants français : à l'université de Montréal, ils passeront du tarif des Québécois, 2 224 dollars par an (1 458 euros), au tarif des Canadiens non québécois, 6 235 dollars par an (4 088 euros). Cela resterait néanmoins inférieur aux 15 000 à 20 000 dollars (9 844 à 13 124 euros) exigés des étudiants internationaux, comme le rappelle Olivier Marcil, vice-principal aux communications et relations externes de l'université McGill, à Montréal, contacté par Le Point.fr. Représentant près de la moitié des étudiants étrangers du Québec, les 12 000 étudiants français - un chiffre qui a presque doublé depuis 2006 - sont donc particulièrement menacés par cette hausse des frais d'inscription.

Devant les réactions inquiètes, la ministre de l'Enseignement supérieur québécoise, Christine Saint-Pierre, a déclaré le 6 mai qu'elle "ne comptai[t] pas mettre en l'air [les] relations avec la France", ce dont s'est félicité Frédéric Lefebvre, le député des Français d'Amérique du Nord, joint par Le Point.fr. Pascal Ouellet, du ministère de l'Enseignement supérieur, confirme que des "échanges continus [ont lieu] entre les autorités québécoises et françaises en cette matière". Selon l'AFP, la question devrait être réglée d'ici la visite de François Hollande dans la Belle Province, à l'automne.

Une inquiétude légitime?

Depuis un peu moins d'un mois, les étudiants français se mobilisent. Une pétition lancée par Michael Pilater, suppléant de Frédéric Lefebvre, compte 3 046 signatures. Selon lui, "de nombreux étudiants, ainsi que leurs parents, sont inquiets [...], et ceux actuellement dans les universités québécoises se demandent même s'ils pourront assumer financièrement la fin de leurs études". Étudiante en sciences politiques à l'université McGill, Julia Denis, une Française, espère que cette mesure ne sera pas présentée au Parlement afin qu'elle ne se sente plus comme une "envahisseuse qui coûte cher" et qu'elle puisse éventuellement envisager un master dans la province à la fin de sa licence.

Mais les étudiants français ne sont pas seuls à être préoccupés. Certains Québécois se demandent également quelles seront les conséquences d'une telle décision pour leur province. Une partie estime qu'il y a un déséquilibre dans cet accord bilatéral, car ils sont huit fois moins nombreux à aller étudier en France. Mais il ne faut pas oublier que la population de la France représente huit fois celle du Québec. Critique de l'entente, Alain Dubuc, de La Presse, explique cette asymétrie par le fait que le système universitaire française est moins bon que le québécois : les professeurs sont inaccessibles, les classes bondées ; et par le fait que les écoles de commerce, par exemple, en France sont "onéreuses et difficiles d'accès".

Au contraire, Chantal Bouchard, professeur de littérature française à l'université McGill contactée par Le Point.fr, explique qu'elle s'oppose vivement à ce projet. Elle estime qu'il romprait un accord "ayant permis à des milliers d'étudiants québécois de faire des études supérieures en France depuis cinquante ans". Notamment dans les premières décennies, quand le réseau universitaire québécois était moins développé.

Olivier Marcil doute quant à lui d'une baisse significative de l'immigration étudiante française si la loi venait à passer. Des universités comme McGill ou l'université de Montréal sont en effet parmi les meilleures du monde et resteraient donc très attractives, même à 6 000 dollars l'année.

Un apport non négligeable


Mais si ces universités sont aussi reconnues, c'est aussi, selon Chantal Bouchard, grâce aux étudiants étrangers qui apportent une ouverture et un enrichissement "pour la circulation des idées et des savoirs".

Au-delà de l'apport intellectuel, Frédéric Lefebvre rappelle la plus-value économique d'un tel accord. Si les étudiants français sont moins nombreux à venir étudier au Québec, le manque à gagner pourrait être important. Cela ferait des frais de scolarité en moins, mais aussi la perte de consommateurs. Le député résume ainsi l'affaire : "Il ne faut pas simplement regarder le coût des exemptions pour les étudiants français, mais globalement ce qu'ils rapportent à l'économie."

Chantal Bouchard signale une autre incohérence sur le plan économique dans la proposition du Parti québécois. "Le Québec perdrait probablement une certaine portion d'immigrants très désirables, très instruits, déjà bien intégrés, jeunes et dynamiques, alors qu'il dépense beaucoup d'argent à recruter à l'étranger des immigrants, puis à les intégrer à notre société via la francisation et/ou une formation complémentaire", explique-t-elle. L'immigration est en effet nécessaire à la province, puisque, d'après un rapport de l'Institut de la statistique du Québec paru en 2003, la population vieillit : les 65 ans et plus seront plus de deux fois plus nombreux en 2050 (30 % de la population), alors que les 0 à 24 ans ne représenteront plus que 23 % (contre 30 % aujourd'hui).

Enfin, Frédéric Lefebvre considère que l'abolition de cet accord risquerait d'avoir des conséquences négatives pour la Belle Province. Cela irait à l'encontre de l'accord de libre-échange en passe d'être appliqué entre l'Europe et le Canada, et contribuerait à réduire la mobilité plutôt qu'à l'encourager. Il conclut par une mise en garde : "Attention à ne pas casser l'attractivité du Québec !"

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